H POÉSIES POSTHUMES
Souvent, seule ici-bas elle sait nous comprendre; Seule, elle nous soutient, compatissante et tendre : En partageant les maux, on peut les soulager. Ainsi qu'elle prend part à toutes nos souffrances, Elle partage aussi nos douces espérances, Et c'est doubler l'espoir que de le partager.
La femme, c'est l'avis d'une voix innocente, L'inépuisable don d'une main bienfaisante, L'amour tranquille et pur, le calme du foyer, Le centre bienveillant des paisibles pensées, Le confident des maux et des peines passées, L'ami discret à qui Ton peut tout confier.
Son cœur s'ouvre toujours à l'amant infidèle Qui se repent; sans crainte il peut aller vers elle : Il est sûr d'y trouver la paix et le pardon. Dans les cruels moments où l'on maudit la vie Auprès d'elle on est bien, auprès d'elle on oublie. Auprès d'elle on est brave, auprès d'elle on est bon.
L'homme construit, détruit, reconstruit, ensemence Et moissonne sans cesse; il lutte, il crée, il pense; Son esprit inquiet s'agite nuit et jour. La femme aime; puissante et noble créatrice, C'est elle qui soutient nos efforts dans la lice : Car ce qui fait la force, ici-bas, c'est l'amour !
Quand le génie à bas dans le repos sommeille, C'est elle qui l'excite, elle qui le réveille, Et, loin de le tenir servile à ses genoux, C'est elle qui le pousse, et, lui rendant ses ailes, Le fait monter, superbe, aux sphères éternelles. D'où, lumineux et grand, il va planer sur nous
SONNET
Je l'avais oublié: c'est aujourd'hui ta fête. Toi qui sais mon amour, qui connais mon ardeur, Pendant que tout le monde à te fêter s'apprête, Tu m'accuses sans doute et blâmes ma froideur!
Chacun t'offre un présent; chacun, selon son âge. Te donne des bonbons ou t'apporte un bouquet ; Et moi, moi qui t'adore, hélas ! pour tout hommage Je t'offrirais mon cœur, si je ne l'avais fait !
O Jeanne, ne crois pas que je t'aie oubliée; Sache bien que mon âme à ton âme est liée Par les liens puissants d'éternelles amours!
D'autres, quand vient ta fête, amants par politesse, Peuvent t'aimer une heure, ô ma belle maîtresse : Mais moi, pauvre amoureux, moi, je t'aime toujours !
Juin 1875.
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