‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 28 sur 55 · CARPE DIEM · texte numérisé non relu

CARPE DIEM

1 an t que la froide mort, vipère inassouvie, Ne nous a pas frappés, amie, il faut jouir ! Il faut avec le vin laisser couler la vie, Ou dans un long baiser mourir !

Crois-moi : telle est la vraie et Punique sagesse. Pour vivre sans ennui dans ce mortel séjour, Toujours calme et joyeux il faut goûter l'ivresse, Qu'elle soit de vin ou d'amour!

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SONNET

H ier. soir comment, devant une femme, Mon malheureux cœur a-t-il donc cédé:. . Depuis lors sans cesse ai-je demandé :

Comment ai-je pu vous aimer, Madame?

Contre vous j'avais cuirassé mon âme ;

A vous résister j'étais décidé.

Mais lorsque sur moi vous avez dardé

Ces beaux, yeux où brille une étrange flamme,

Ces yeux noirs qui font pleurer tant d'amants Et lorsque j'ai vu ces attraits charmants, Coquets enchanteurs que chacun courtise.

Devant vous il m'a bien fallu plier :

De vous adorer j'ai fait la sottise, Mais j'aurai l'esprit de vous oublier!

SONNET

KJ h ! que d'amour perdu pendant les nuits d'été ! Que de joyeux instants, fertiles en caresses, Consumés sans retour dans de vaines ivresses! Que de courage à bas, que de bonheur gâté!

Dans les spasmes mortels d'une âpre volupté, Que de talents, hélas! dans vos molles paresses. Vous nous avez flétris, sombres enchanteresses, Chaudes et folles nuits, ô nuits d'impurelé !

Que de soleils éteints, que de fraîcheur fanée ! Que de cœurs de poète, — ô morne destinée ! Dans vos bras à jamais vous avez engourdis !

O voas que j'aimai tant, ô nuits, pour tant de crimes, O nuits d'amour, ô nuits d"été, je vous maudis: Nuits de mort! vous faut-il de si nobles victimes!

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SONNET

ARON DE MORINEAU

Les Cuirassiers sont là : leur groupe étincelani Prend, aux rayons du soir, des teintes sanguinaires; Ils font luire au couchant leurs sabres légendaires, Et manoeuvrent d'un pas majestueux et lent.

Bientôt ils s'abattront sur l'ennemi tremblant, L'œil en feu, tout chargé de sanglantes colères; De Mars et de la Mort ardents missionnaires. Ils vont -tout renverser de leur choc accablant.

Salut, salât à vous, guerriers au regard sombre, Vous qui ne redoutez la force ni le nombre ! Pour charger au combat vous êtes sans rivaux!

Salut, remparts géants, vivantes citadelles ; Chaque fois que le sol tremble sous vos chevaux, Vous couronnez vos fronts de palmes immortelles!

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