‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 31 sur 55 · PARDON · texte numérisé non relu

PARDON

1 u n'as pas voulu, pour m'aider à vivre. Tu n'as pas voulu me donner ton cœur, Tu n'as pas voulu m'aimer et me suivre Au pays où règne un parfait bonheur !

Ah ! si tu savais, ma perfide amante, Combien autrefois j'ai versé de pleurs, Quand je te voyais, cruelle et charmante, De mon doux printemps effeuiller les fleurs

Hélas ! j'ai passé mes belles années

A te désirer de mes vœux constants ;

Et puis, maintenant, elles sont fanées,

Les fleurs sans parfum de mon court printemps

Mais le noir malheur enfin t'a frappée, Tu sais à ton tour ce qu'est la douleur ; Tu reviens, pleurant une amour trompée, L'âme déchirée et la mort au cœur !

POÉSIES POSTHOMES. 79

Ne te souvenant que de ma tendresse, Oubliant, pour moi, tes cruels mépris., Tu viens dans mon cœur mirer ta détresse, Et dans mes deux yeux tes deux yeux meurtris-

Et moi, maintenant, je devrais te dire : « — Passe ton chemin, je ne t'aime plus ; Femme, tu voudrais encor me séduire, Tes efforts sont vains, tes pleurs superflus !

Dans le monde entier, sans pouvoir t'atteindre,

Je n'avais jamais désiré que toi ;

Et ce vif amour que tu fis éteindre,

Tu voudrais encor le trouver en moi ? — »

Mais non ; j'aime mieux mille fois te dire : a — Aimons-nous, ma belle ; aux douces amours, Le printemps passé, l'été peut suffire : Tu ne m'aimais pas ; je t"aime toujours ! »

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