‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 43 sur 55 · A LEON COGNIET · texte numérisé non relu

A LEON COGNIET

i Anch' io.

t n bas, dans le jardin, on circule à l'entour Des bustes froids et nus, et le gros de la foule Bat, comme des rochers que vient fouetter la houle, Les sculptures au blanc et sinueux contour.

Dans les salles, bruyante et calme tour à tour, La masse du public à flots pressés s"écoule; Compacte, elle s'avance avec lenteur, et roule Vers les tableaux aimés des favoris du jour.

to8

Et pendant ce temps-là, devant moi, solitaire Et pensif, sur un banc, les yeux baissés à terre, Noble vieillard, par l'âge et le travail lassé,

Un favori d'hier, un grand peintre d'histoire, Voyant avec orgueil revivre son passé, Songe qu'il eut aussi ses heures de victoire.

31 mai 1876.

SONNET

LJ e puis longtemps, dis-tu, ma Muse n'a chanté, O ma Jeanne, et tu crois qu'elle est déjà flétrie, Que mon souffle est éteint et ma veine tarie, Puisque nul vers de moi n'a redit ta beauté !

Tu t'imagines donc que toi seule as dicté

Tous mes vers d'autrefois, que mon âme meurtrie

Par ton unique amour avait été guérie,

Et que -tu régnais seule en mon cœur enchanté !

Ne te figure pas que tes yeux seuls m'inspirent, Belle et naïve enfant, que sans cesse ils m'attirent, Et que je pends mon luth après tes cotillons.

Nous n'avons pas toujours en tête une amourette; Sur bien d'autres sujets, Jeanne, nous travaillons, Et jamais l'amour seul n'a pu faire un poète!

Page 1