‹ Poésies posthumes, 1874-1876Chapitre 46 sur 55 · A EMILE SALON E · texte numérisé non relu

A EMILE SALON E

Il est digne d'amour, le Dieu juste qui t'aime.

Et qui t'a destiné A languir tristement, dès le jour du baptême,

Mortel infortuné ;

Qui fait qu'à chaque pas tu doutes de toi-même,

Maudit, abandonné ; Le Dieu bon qui t'a fait le visage si blême

Et l'esprit si borné !

Assez longtemps, devant sa puissance suprême

Humblement prosterné, Tu portas des douleurs le fatal diadème

Dont il t'a couronné!

: ES PO-THl'MK-.

11 est temps, il est temps; jette enfin le blasphème

Au Dieu qui t'a damné, Et, par un éternel et terrible anathème,

Venge-toi d'être né!

SONNET

1 out passe dans la vie, et le temps dans son cours Emporte toute chose : il passe aussi lui-même. On voit fuir ce qu'on cherche et mourir ceux qu'on aime La plus pure beauté ne dure pas toujours !

Le sentier de la vie aux ténébreux détours Semble ouvert et riant, et, le bonheur suprême, Vous le tenez enfin, quand la mort, la mort blême, Vous ravit tout à coup l'objet de vos amours.

POESIES POSTHUM1-. I 1 <J

La douleur disparaît et le plaisir nous quitte, L'une trop lentement pour nous, l'autre trop vite ; Les chauds baisers s'en vont, et les tendres appas.

La vie aussi s'envole, et, quand l'homme succombe, Ce qui reste de lui disparaît dans la tombe. Tout passe... Mais l'amour, hélas ! ne passe pas !

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