PREFACE
pour prouver que Charles Read était poète. Poète artiste, poète amoureux de son art, s'exerçant à toutes ses ressources. Qu'il s'agisse de peindre un sentiment ou d'exprimer une pensée, c'est dans le choix déjà raffiné des épithétes, c'est dans la coupe variée du vers qu'il trouve l'expression cherchée. Il possède les premiers secrets de cet art infini qui consiste à donner aux mots leur valeur par la place qu'ils occupent, art de tout point comparable à celui du peintre qui crée la couleur par le contraste savant des voisinages.
Aussi comme il comprend, comme il aime ses maîtres et ses devanciers dans cet art : les très grands comme Baudelaire, et les très délicats comme Sully Prudhomme ! Cette admiration se trahit par des imitations fréquentes : imitations, non pas copies. D'ailleurs la personnalité du jeune poète y perce déjà, et dans ces réminiscences d'un art grandiosement dépravé ou savamment raffine, la droiture de ce cœur de vingt ans et sa profonde virginité s'entrevoient.
Pauvre cher enfant disparu ! Il me semble
que je le vois, que je l'entends encore, que je sens encore sa main dans la mienne ! Mais bientôt d'ailleurs nous irons tous le rejoindre. Quelques mois, quelques années! Qu'est cela! Et dans la grave paix du tombeau nos yeux s'ouvriront sans doute à quelque lumière nouvelle, et nous saurons alors pourquoi les enfants meurent avant d'avoir vécu, et pourquoi les fleurs se fanent avant de lleurir. Pensée de la mort, pensée consolante et qui soutient au milieu des dégoûts et des tristesses de cette vie, qui met une sourdine à nos gaietés passagères, mais aussi un tempérament a nos plus profondes douleurs.
Paris, mai 1878.
Paul HAAG.
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