Poésies posthumes. Avec une notice
Qu'il nous soit permis d'abord de remercier les sympathies qui ont si cordialement répondu à notre appel; do toutes celles que nous espérions, aucune n'a fait défaut : merci donc à tous au nom de l'amitié qui peut accomplir enfin la promesse faite à une tombe; merci au nom du poète dont la mémoire est consolée, car ce ne sera pas le moindre honneur d'Edmond Roche d'avoir laissé derrière lui tant d'affections et de regrets.
Parmi ceux qui nous ont apporté leur offrande, plusieurs n'ont qu'imparfaitement connu notre ami et ne sont pas entrés dans le secret de cette existence toute de travail et de lutte : c'est pour ceux-là que nous écrivons ces lignes. Le livre que nous publions aujourd'hui leur fera connaître l'artiste : nous allons tâcher de leur faire connaître l'homme.
Edmond Roche naquit à Calais le 20 février 1828. Il y passa les premières années de son enfance, courant les dunes, gravissant les falaises, vivant avec la mer dans une sorte de mystérieux commerce, s'enivrant de solitude et dehberté;
années heureuses entre toutes, dont le souvenii- Je consolait encore aux plus mauvaises heures de ses plus mauvais jours. Dans ce lointain horizon où Calais lui apparaissait comme un rêve, il retrouvait avec bonheur ses jiremiers jeux, ses premiers travaux, cette grande mer, à la voix douce et profonde, qui avait hercé son enfance. Et quelle joie quand il pouvait s'échapper, ne fût-ce que pour quelques heures, revoir son « cher petit trou natal, » où tout lui était cher en effet! «Je marche au hasard, écrivait-il à un ami, y> tout à coup un cher souvenir d'enfant, resté là » depuis mon départ, m'apparait avec son sou- » rire pur et ses mains tendue? ; il ne se plaint » pas de mon oubli, il n'accuse pas mon indiffé- )> rence ; non, résigné, calme et doux, il me » frappe sur l'épaule et me dit : Je t'attendais »
La fréquentation de la mer imprime à tous ceux qui ont vécu leurs premières années sur ses rives et qui l'ont contemplée de bonne heure avec amour je ne sais quel caractère spécial, et très-reconnaissable pourtant, à leurs traits et surtout à leurs regards : c'est une certaine tendresse vague et rêveuse, un peu maladive peut-être, un peu triste, mais pleine de charme. Toute la i)hysionomie de Roche est dans ces quelques mots ; un éclair subit de gaîté illuminant tout cela pour disparaître presque aussitôt, et il me semble qu'il revit à nos yeux !
Il vint trop tôt, le jour où il fallut dire adieu à tout cela, et nous le trouvons à quatorze ans
au Conservatoire de musique, dans la classe d'Habeneck, dont il est un des bons élèves. Entre tous les instruments, Roche avait choisi le violon : le violon n'est-il pas en effet l'instrument par excellence ? Il a une âme comme l'artiste, une âme qui le comprend et lui répond dans cette langue plus qu'humaine, qui n'est déjà plus de ce monde et qui sait exprimer des sentiments que nos misérables paroles seraient impuissantes à traduire I Qu'il se passionne avec Mozart ou se lamente et gronde et se révolte avec Beethoven, le violon ajoute à l'œuvre du maître cette personnalité secrète dont Roche avait si vivement conscience et qui fait de l'interprète un créateur (1). Il ne chantait pas encore, mais son violon chantait pour lui, et c'était le commencement de la poésie.
Mais le culte assidu des grandes œuvres de la musique classique ne suffisait qu'aux besoins intellectuels de l'artiste, et notre pauvre ami avait à compter de bonne heure avec les tristes nécessités de la vie matérielle. Son violon sous le bras, il se met courageusement en campagne : ne se trouvera-t-il pas dans quelque théâtre un modeste pupitre à l'orchestre pour un musicien qui a déjà fait ses preuves? Roche n'aspire ni à l'Opéra, ni à l'Opéra-Gomique ; mais on chante au Vaudeville, on chante au Gymnase, dans les comédies de Scribe, de Bavard, de Théaidon, o\
(i) Voir la belle étude sur Stradivarius.
les refrains de Doche ont encore une allure musicale; d'ailleurs Roche demande si peu : de quoi vivre î . . .
Un directeur daigne enfin l'accueillir, et le voilà installé à Torchestre... de la Porte-Saint- Marlin. Quelle chute! Des fugues de Bach, des menuets d'Haydn, des sonates de Mozart, des symx)honies de Beethoven, des sommets radieux de la musique, tomher aux trémolo du mélodrame ! Mais sur ces planches l'attendaient encore des maîtres. C'était la belle époque de l'école moderne : Hugo et Dumas régnaient au théâtre avec Georges et Dorval, avec Bocage et Frederick. Un monde de sensations nouvelles se révéla au jeune musicien de l'orchestre. Il avait essayé déjà quelques poésies légères qui, lues chez sa mère, on cercle intime, au coin du feu, lui avaient valu des encouragements et des éloges. Au contact de CCS œuvres vigoureuses vigoureusement rendues, Roche sentit naître et se développer en lui l'instinct de la conception dramatique et cette passion du théâtre qui ne vous lâche jjas, une fois qu'elle vous tient. C'est alors qu'il écrivit les premiers vers de sa tragédie gauloise, Vellcda. Il les écrivait à l'orchestre même, au choc des émotions qu'éveillait en lui la hcauté du drame ou le jeu du comédien, sous le regard inspirateur de la Muse tragique, qui semblait avoir réservé ces grands artistes pour ces grands poètes. Il nous a bien souvent raconté en riant cette étrange façon rTécrirp,tTdédoul)loment de lui-même qui juxta-
posait l'écrivain à l'exécutant, sans les embarrasser ni l'un ni l'autre. L'archet et le crayon se succédaient dans sa main, mais pas une minute n'était perdue pour le travail : tout en jouant, il cherchait la rime, et dès qu'il avait posé le violon sur le pupitre, il griffonnait le vers qu'il venait de trouver. « J'étais chef d'attaque, nous disaitil, et j'avais fini, à force d'habitude, par ne plus entendre de toute une pièce que les répliques du violon. J'écrivais dans les intervalles. Le drame que j'avais vu cent fois ne me préoccupait plus guère, j'étais tout entier à mes druides et à mes bardes ; tout à coup venait la réplique, mon oreille exercée la saisissait au passage : vite à mon poste, et j'attaquais!.,. Et jamais, ajoutait-il, je ne manquais la réplique. »
Avec cet emploi le soir au théâtre, il cumulait, pendant le jour, les fonctions de surnuméraire à l'administration des Douanes ; c'était, on le voit, un cumul peu lucratif et qui lui rendait à peu près impossible tout travail sérieux. Aussi s'empressa-t-il d'abandonner le pupitre du chef d'attaque le jour oà l'administration des Douanes voulut bien l'admettre au nombre des bienheureux qui émargent. L'émargement était modeste, mais c'était au moins un peu de loisir, et le loisir c'était le travail. Roche avait, dans ses fonctions administratives, la régularité de l'om- I)loyé classique. Il faisait sa besogne en conscif^nce, besogne aride cniro toutes : uiècesà moltrp
en ordre, bordereaux à vérilier, comptes ù établir ; mais le soir, quand il avait secoué la poussière du bureau, il redevenait poète ; quelques préludes sur son violon suffisaient pour le ramener dans le monde de l'idéal cl du rêve ; il écrivait alors, il écrivait beaucoup, et parfois même fort avant dans la nuit. Une partie des poésies que nous publions date de cette époque. Ce fut d'abord un petit volume, Les Algues (1), écho de ses plus jeunes souvenirs, puis deux études musicales, l'une sur Mozart, l'autre sur Stradivarius ("?). En même temps, il travaillait avec ardeur à sa Velléda, dont les trois [iremiers actes étaient achevés. Il écrivait, pour un anniversaire de la. naissance de Molière, cette charmante petite comédie d'une allure si vive et si poétique, qu'il avait appelée d'abord La Comédie des Ombres, et que nous publions sous son titre définitif : La Dernière Fourberie de Scapin. 11 écrivait en outre un drame en prose suivi d'un épilogue en vers, et dont le personnage principal était Bernard Palissy. Peut-être dans la vie de ce héros du travail Roche avait-il voulu personnifier et sa propre existence et l'existence de tous
(1) Quelques-unes des pièces du volume que nous publions ont été prises pai- nous dans les Algues : la Vague sainte, la Dune, le Phare, le Départ.
(i) C'est pour nous un devoir de rendre hommage aux hommes de hien qui ont voulu faciliter à Edmond lîoclie ses premiers pas dans la carrière poétique : à M. Geofifroy-Chàteau . il M. Raillard. à M. Vuilliaume. à qui les .\lgues. le Mozart cl le Siradivarius mil du ilc voir le jour.
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ceux qui cherclient, qui souffrent et qui croient. Le travail n'a-t-il pas en effet dans Palssy son plus admirable symbole? L'histoire du travail, qui est l'histoire même de l'humanité, n'a rien à proposer de plus beau que cette foi sereine qui marche droit devant elle à travers les dégoûts et les obstacles, ferme et calme, sûre de son but, l'œil fixé sur l'avenir.
Le jour où je vis Roche pour la première fois, il était triste, rêveur, préoccupé. Evidemment son âme n'était pas toute présente à ce qui se disait autour de lui, et son œil regardait plus loin, là où regardent ceux qui ne veulent plus voir la réalité lugubre. Au nom de Palissy que je prononçai par hasard, je le vis soudain s'animer ; son œil brillait, sa joue se couvrait d'une rougeur subite. Un amant devant qui l'on eût prononcé tout à coup le nom de sa maîtresse n'eût pas tressailli d'une émotion plus soudaine. Or, nous aimions tous deux en même lieu. Moi aussi je m'étais passionné pour le bonhomme dans mes jours de lutte ; moi aussi j'avais ma pièce en vers sur Palissy, reçue à l'Odéon, puis refusée, puis reçue et jamais jouée. Et nous voilà tous deux à causer poterie, et faïence, et vernis, et fondants, et émail blanc, avec le bonheur et la passion de gens qui auraient soufflé le fourneau du grand homme et se seraient avec lui coupé les doigts aux débris de ses fournées. Cette vieille amitié commune nous fit du premier coup vieux amis, et je ne me rappelle pas sans un triste sourire
que toute l'ambition du pauvre poète, ce jour-là, le rêve de ses rêves, c'était de devenir assez riche pour acheter à quelque vente un de ces beaux plats à anguilles que Palissy a dû faire pour les poètes et qui n'ont jamais été que pour les riches.
Du reste le patronage de Palissy a cela de bon qu'il encourage et fortifie : le moyen de se décourager avec un pareil guide I Roche a connu la vie assez âpre pour avoir ses heures d'ébranlement ; jamais nous ne l'avons vu terrassé ni même abattu. C'était une de ces âmes qui répugnent au doute ; de là chez lui cette égalité d'humeur et ce fonds de gaîté insouciante que rien ne pouvait épuiser. Il vivait dans l'espoir et se laissait doucement aller aux bonnes inpressions du moment. Un rien le charmait et le touchait; il jouissait de tout comme un enfant, car sa nature était restée naïve comme celle des enfants qu'il adorait, en même temps qu'elle était ouverte aux aspirations les plus généreuses. Sa conversation était comme lui un heureux mélange d'enjouement et de gravité : il passait sans effort de la plaisanterie folle à la discussion sérieuse, et les nombreux articles écrits par lui dans la presse musicale ont prouvé que, par une exception rare, le critique, chez Roche, était à la hauteur de l'artiste. C'est avec l'autorité de cette double compétence qu'il traitait les grandes questions d'art et de poésie, et avec quelle verve, quelle passion, quel enthousiasme, quel oubli
des misères de riieure présente 1 Comment d'ailleurs ne les eiit-il pas ouMiées? Aux sympathies ardentes, aux flatteuses prédictions de ses amis venaient se joindre d'éminents suffrages. Un artiste aimé, Got, avait lu en j)iLblic l'étude sur Stradivarius; Sainte-Beuve avait recommandé lui-même la Comédie des Ombres au Théâtre-Français ; Béranger soutenait le jeune poète de son affection et de ses conseils. Mais les théâtres s'obstinaient à lui fermer leurs portes, et la poésie, en l'an de grâce où nous sommes, ressemble à une monnaie qui n'a plus cours. Et puis Roche n'avait plus à travailler pour lui seul : il venait d'associer à son existence celle de la vaillante femme qui a la douleur de lui survivre ; il lui fallut, tout souffrant de cette vie malsaine du bureau, si contraire à sa poitrine délicate, reprendre l'archet et le violon, non comme les interprètes de l'art, mais comme les instruments du métier, redescendre aux démonstrations banales, aux tyrannies mesquines du professorat vulgaire.
Une fois pourtant, le destin parut se lasser et lui fournir cette chance de salut, presque toujours unique dans la vie des artistes, et qu'il faut savoir enfourcher au passage et mener bon. train, sous peine de retomber au fossé. — Un jour que Roche travaillait tristement dans son très lugubre liurcau do l'administration des Douanes, son attention fut éveillée par le bruit d'une discussion assez vivo soulevée à quelques
pas de là ! — Un nouveau débarqué, un étranger, un Allemand, se débattait à grand'peine au ■ milieu de ces mille formalités que l'administration française accumule sous les pas du voyageur. Roche intervient : l'étranger se nomme Wagner ! Roche s'incline, se met à sa disposition, le garde dans les bureaux, aplanit toutes les difficultés, et quand Wagner le remercie de la peine qu'il lui donne : « Je suis trop heureux, répond Roche, d'avoir obligé un grand artiste. » — «Vous me connaissez?» s'écrie Wagner, surpris de voir son nom si ])ien connu à la Douane française. — Roche sourit, et, pour toute réponse, fredonne quelques morceaux du Tannhauser et de Lohengrin. — « Ah ! dit Wagner ravi, c'est un
signe d'heureux présage le premier Parisien
que je rencontre connaît et apprécie ma musique. Je vais de ce pas l'écrire à Liszt Mais
nous nous re\ errons. Monsieur.» Et ce disant, il tire de sa malle cinq ou six morceaux de musique, et les présente à Roche avec cette dédicace : « A M. Edmond Roche, à la Douane. »
Ce fut là le commencement de leurs relations ; elles devinrent bientôt plus étroites. Wagner apportait à Paris sa partition du Tannhauser^ pour laquelle il cherchait un traducteur : Roche était l'homme de ce travail. Très sympathique au génie poétique et musical de Wagner, il avait en outre, aux yeux do ce compositeur exigeant, lo mérite immense d'être rompu à toutes les difficultés de la versification française. La musique
de Wagner est, en effet, d'une précision toute particulière, et l'on peut presque dire que, dans son œuvre, chaque syllabe du texte allemand, écrit par Wagner lui-même, est en communauté de sentiment avec la note qui lui correspond. Il s'agissait, au moyen d'un travail qui ne sacrifiât pas trop l'élégance à l'exactitude, de faire passer dans la traduction française cette étroite connexité de la musique et du poème.
La traduction du Tannhauser prit à Roche une année entière du travail le plus assidu, le plus exténuant; il y prodigua ses jours et ses nuits. Il faut l'avoir entendu raconter tout ce que lui faisait souffrir l'exigence de ce terrible homme, comme il l'appelait. Le dimanche, jour de repos à la Douane , était naturellement celui que Wagner accaparait pour sa traduction. — Quel congé pour le pauvre Roche ! — « A sept heures, me disait-il, nous étions à la besogne, et ainsi jusqu'à midi, sans répit, sans repos : moi courbé, écrivant, raturant, et cherchant la fameuse syllabe qui devait correspondre à la fameuse note, sans cesser néanmoins d'avoir le sens commun; lui debout, allant, venant, l'œil ardent, le geste furieux, tapant sur son piano au passage, chantant, criant, et me disant toujours : AlleZj allez! — A midi, une heure quelquefois, et souvent deux heures, épuisé, mourant de faim, je laissais tomber ma plume et me sentais sur le point de m'évanouir. — « Ou'avez-vous? me disait Wagner tout surpris. » — « Hélas ! j'ai faiml » — « Oh!
c'est juste, je n'y songeais pas. Eh LienI mangeons un morceau vite, et continuons. » — On mangeait donc un morceau, vite, et le soir venait, et nous surprenait encore, moi anéanti, abruti, la tête en feu, la fièvre aux tempes, à moitié fou de cette poursuite insensée à la recherche des syllabes les plus baroques... et lui toujours debout, aussi frais qu'à la première heure, allant, A='enant, tapotant son infernal jiiano, et finissant par m'épouvanter de, cette grande ombre crochue qui dansait autour de moi aux reflets fantastiques de la lampe, et qui me criait, comme un personnage d'Hoffmann : «.Allez toujours, allez! y) ^ en me cornant aux oreilles des mots cabalistiques et des notes de l'autre monde ! »
Et toutefois, ce labeur assidu et plus pénible Pour lui, chétif, que pour tout autre. Roche l'acceptait avec courage, car derrière cette peine infinie, il y avait l'espoir ! Et quel autre à sa place ne se fût pas permis de caresser un beau rêve dont la réalisation semblait si prochaine? Ne tenait-il pas enfin l'occasion si longtemps attendue? En admettant que le public parisien jugeât sévèrement l'œuvre de Richard Wagner, le moindre succès auquel cette œuvre pût prétendre était assurémeut un succès de curiosité. Roche attendait mieux, mais il ne demandait pas davantage : c'était assez polir attirer la publicité sur son nom, pour fonder sa réputation, sinon de poète, du moins de versiHcateur habile; et si du coup il n'atteignait pas à la gloire, il avait la sécurité. On
sait comment il suffît de trois soirées pour renverser toutes ces espérances. Roche n'eut pas même la vaine satisfaction de voir une seule fois son nom sur l'affiche.
Notre ami reçut là un de ces coups qui ne pardonnent pas. Il voulut pourtant continuer la lutte, mais la force lui faisait défaut : on le sentait brisé. Vers le milieu da mois de novembre 1861, il éprouva tout à coup une vive douleur à la poitrine, et un flot de sang s'échappa de sa bouche. On crut un moment que l'accident n'aurait pas de suites. Roche avait repris son travail; il écrivait alors l'Eventail de Suzette : « Est-ce assez Watteau? y> nous disait-il avec un sourire. De nouveaux accidents se manifestèrent. Il prit le lit dans les premiers jours de l'hiver. Le 16 décembre, il avait rendez- vous avec moi ; il essaya de se lever; mais, à peine debout, il dut y renoncer; il m'écrivit de ne pas l'attendre, et huit jours après il était mort. Il avait trente-quatre ans.
Un dernier mot :
Les amis d'Edmond Roche ont osé croire que la sympathie publique sanctionnerait de sa voix souveraine la haute opinion qu'ils se sont faite de l'œuvre du poète si prématurément frappé. Une telle sanction serait le plus précieux adoucissement aux regrets laissés par cette noble et chère mémoire.
Nous avons la conviction que leur espérance ne sera pas trompée.
Victorien- SARDOU.
L'ÉDAUCIIE
Dans ratp]ior , dî'S Tanljo, est entré le sculpteur. Le voyez-vous pétrir à pleines mains la glaise , Et joyeux , souriant , emporté , l'àme à l'aise , Procéder hardiment comme le Créateur?
11 laisse agir en lui l'esprit inspirateur, Il grandit ou retomhe, il s'anime ou s'apaise: De force et do faiblesse énergi([ue antithèse , L'œuvre fait reculer l'ignorant amateur.
Tandis qu'à critiquer les détails il s'essouffle, L'artiste tout en lièvre, envahi ])ar le souffle, Sent palpiter la vie en ce grossier contour.
Mûres, vous l'éprouvez aussi sa joie immense, Quand vous sentez, la nuit, dansTombre elle silence, Tressaillir on vos lianes le fruit de votre amour I
L'enfantement d'une œuvre est un labeur austéro, Plein de chagrins navrants , plein d'efforts ignorés ; Qui sait combien l'artiste au sein de ce mystère Pousse }»arfôis au ciel de cris désespérés?
Il brise du bonheur les liens adorés;
ICgoïsle lutteur, il lutte solitaire;
Egoïste martyr et martj'r volontaire,
Il cache à tous les yeux les jileurs qu'il a pleures!
Prisé par l'action et brisé par le rêve,
Pendant le jour, pendant la nuit, sans paix ni trêve,
11 se recueille, il cherche, il écoute, il pressent;
11 abrège sa vie en ce travail aride ;
Pour lui chaque pensée est le prix d'une ride,
Chaque mot est le prix d'une goutte de sang!