LA VAGUE SAINTE
Et ayant reriTnyé le peuplo, il monla sur la mnr.tagne pour prier; et le soir étant venu, il était là, seul.
Cependant la barque élait agilf'e par les flnts BU milieu de la mer, car le venl était contraiie.
Et à la quatrième veille de la nuit, il vint à eux marchant sur la mer.
[Evangile selon saint Mattkicu.)
Jésus, ayant prié, descendait la montagne Lentement, pas à pas, il rêvait. — La campagne Endormait dans la nuit ses austères grandeurs ; Le ciel noir semblait pris de terreurs instinctives. Par instants, des forêts aux longues perspectives L'éclair illuminait les vagues profondeurs.
Los voix tristes du soir errant, par intervalles Faisaient fuir le silence au Lruit de leurs sanglots ; Le vent impétueux déchaînait ses rafales, Il courbait la forêt et soulevait les flots!
Or, le divin Jésus aux lueurs de l'orage S'avançait solitaire. — Arrivé sur la plage, Il s'arrêta, le front penché, grave, rêvant; Mais tout à coup , surpris il releva la tète : Il entendait malgré les voix de la tempête Ses disciples aimés l'appeler dans le vent.
Car ils étaient en mer, i)erdus au sein des ondes; L'éclair creusait au ciel ses sillons tortueux, L'abime se cabrait, les vagues furibondes. Dans la lirume, gonflaient leurs lianes tumultueux!
« Allons les secourir, dit-il. » —
A ces paroles Les vagues, se dressant orgueilleuses et folles. Envahirent la plage, é])iant son désir; Et secouant au vent son humide crinière, Chacune s'elforçait d'arriver la première, Chacune se disait : « C'est moi qu'il va choisir! »
Toutes, multipliant leurs formes, leurs allures, l'our lixer son regard cherchaient à se grandir; Sur la grève mouvante essayant leurs postures. Connue un troupeau folâtre on les voyait bondir!
ET POEMES 1
Une seule, n'osant briguer l'honneur insigne, Se tenait à l'écart. — Jésus lui lit un signe : « Les humbles sont, dit-il, par mon cœur préférés, « Viens! » — Les autres alors lui livrèrent passage. Et la vague à sa voix vint au bord du rivage, En frissonnant d'amour baiser ses pieds sacrés 1
Les disciples pourtant se troublent, s'épouvantent; Ils gouvernent, perdus dans l'horreur de la nuit, Leur barque, dont les flancs ébranlés se lamentent Et dont le mât tremlilant craque et penche avec bruit! Tout est fini. Déjà, la mort, pâle, hagarde. Brise le gouvernail, met la voile en lamlieaux. Puis s'assied à l'avant immolnle, et regarde Les vagues s'entrouvrir comme de froids tombeaux! A l'horizon lointain, rien!... — Tout est solitude. Tout est deuil et terreur sur l'altîmo en courroux! Ils invoquent le Christ, ces hommes au front rude; Aux lueurs de l'orage ils tombent à genoux. Jésus pour les sauver sur la vague s'élance , Dompte des éléments l'homicide transport. Apaise leur fureur, et grâce à sa puissance Fait avancer la barque et reculer la mort !
Je te salue, ù Vagiio sainte!
Comme un symbole protecteur, Tes plis ont conservé l'empreinte Des pieds du divin Rédempteur !
A ton pré tu viens siu' la grève. Jamais l'autan ne te soulève ; Quand l'orage au ciel noir se lève, A son courroux tu mets un frein ; La mer à se révolter prête Contient sa fureur inquiète, Quand tu lèves dans la tempête Ton front superbe et souverain 1
Elle a servi de nobles causes, Protégé de saints dévoûments ; Elle a ravi de grandes choses A la fureur des éléments :
Quand Colomb, égaré sur l'onde, Interrogeant la nuit profonde, Cherchait en vain le nouveau monde.
ET POEMES
Et (lemandait trois jours encor, On la vit sur la mer douteuse Guider sa nef aventureuse Et bondir superbe et joyeuse.
Quand il cria : « Voilà le port!
Invisible à celui qui nie, Toujours de son divin pouvoir Elle a protégé le génie, Elle a protégé le savoir :
Quand Gamoëns, l'âme flétrie, Triste, regagnait sa patrie, La mer brisa, daus sa fiu-io , Le vaisseau qui l'avait porté; Elle, dans ce moment suprême, Mit le poète et le poème Sur la rive, où tremblante et blême.
Attendait l'Immortalité!
Plus tard, sur l'Océan plus calme que la terre. Quand le Vengeur, Itravant la Hotte d'Angleterre,
Contre trois vaisseaux luttait seul, Au moment où tous prêts pour leur trépas sublime, Les matelots martyrs s'enfonçaient dans l'abîme. On la vit du grand màt franchir la haute cime. Et retomber sur eux comme un vaste linceul!
Ilùlas! depuis ce temps on ne l'a point revue, La l'oi u'.i pu toucher nos cœurs lilasés et fiers, L'Espérance en pleurant remonte vers la nue , La Vague sainte habite au plus profond des mers ! Marchons donc, ù croyants, guidés par les étoiles, Attendons sur le bord. — Nous la verrons venir Le jour où voguera vers nous à plernes voiles L'esquif mystérieux ([uï porte l'avenir.