‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 17 sur 76 · L'ENCENSOIR · texte numérisé non relu

L'ENCENSOIR

\ Li;ON JOL'RNAULT.

Do l'encensoir d'argent la légère fumoo Condensait dans les airs ses tlooons vaporeux ; La prière, suivant cette route embaumée, Ouvrait ses aîles d'or pour monter vers les cieux ; Et cependant l'Encens , sur la braise enflammée . De l'ardente chaleur subissant le pouvoir, A travers l'hymne saint faisait gémir sa plainte : « Que me sert, ù mon Dieu, d'entourer l'ostensoir,

« Où trône ta majesté sainte ,

« D'un voile diaphane et pur?

« Que me font les vitraux dont l'éclat me colore . '( Et l'orgue dont les chants m'emportent vers l'azur.' « L'implacable brasier sans cesse me dévore; « Je souffre, et nul ici ne connaît ma douleur; .> Quand mon parfum vers toi s'élève avec lenteur,

« On le contemple , on l'envie , on l'admire, " Et personne, Seigneur, necomprend raonmartyrc ! •> — Une voix lui répond :

« Tu te plains vainement ; « Je ne puis ni ne dois adoucir ton tourment ; « Ton destin est ainsi : respecte ce mystère , CI Et sache désormais et souffrir et te taire. »

L'àme d'un grand artiste est comme l'encensoir : Elle laisse échapper les beautés idéales Comme un parfum suave aux magiques spirales; On l'admire ; mais nul ne peut apercevoir

L'ardent brasier du désespoir Consumant son bonheur, son amour solitaire; Lui seul , de son destin comprenant le devoir, Cache à tous les regards ce terrible mystère. Et, sans se plaindre à Dieu, sait souffrir et se taire.

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