PRIERE DE I/ARTISTE
A LÉON JOUnNAULT.
Amour du Beau, rayon suprême , Plus pur que le rayon du jour, Flamheau gardé par Dieu lui-même, Idéal , ô mon seul amour !
Mon âme a déployé ses aîles , Prenant son vol vers l'infini, Comme au printemps les hirondelles Qui viennent retrouver leur nid :
Oh ! guide-la dans son voyage Vers le sillon de ta clarté, Vers le ciel pur et sans nuage Où resplendit la vérité!
La vie est un chemin aride
Où les meilleurs tremblent toujours;
Le moindre pas coûte une ride
Et le moindre effort coûte un jour;
En vain je cherche la lumière :
Sur chaque front elle pâlit :
Au seuil désert de l'art austère
L'ombre s'étend, le jour s'enfuit
Seigneur, ma voix entend la vôtre, Seigneur, venez me soutenir, Car j'ai la foi qui rend apôtre Et la ferveur qui rend martyr!
Et vous, élus, qui dans votre âme, Comme un trésor venu du ciel , Gardez la pure et sainte flamme, Auréole de l'Eternel, Venez à moi ! Suivons la route Des maîtres de l'art vénéré :
Plus de faiblesse et plus de doute!
Nous atteindrons le but sacré; Semons la parole féconde , De l'avenir divin flambeau :
Faisons germer au sein du monde L'amour du Vrai, l'amour du Beau!
ET rOEMES. 79
PRIERE DU VIEILLAKl)
A AUCHAIMJAUD.
Sois béni, Dieu puissant! Mon front chargé de rides Se courbe devant toi, plein de sérénité; J'ai vu passer les ans, les mois, les jours rapides, Et mon pied chancelant touche à l'éternité. Vers la nuit du tombeau je n'ai plus qu'à descendre, Mais la foi dans mon cœur va toujours grandissant : L'âme ira vers le ciel, la terre aura la cendre.... Sois béni, Dieu puissant!
Sois béni, Dieu jiuissant! Des jours de ma jeunesse J'ai gardé saintement plus d'un doux souvenir; J'ai vu grandir mes fils, orgueil de ma vieillesse, Et c'est à leur foyer que je vais m'endormir. La nuit vient, tout pâlit, près de moi tout s'efïace. Mais je vois s'ontr'ouvrir ton ciel resplendissant : A mon dernier regard tu dévoiles l'espace.,.. Sois béni, Dieu puissant!
TIllSTESSK
Les gciznns sont néiri.s. cl le.s leuilles rouillée^ Jonchent l'ctroit sentier où j'aimais à rêver; Tout se meurt, et déjà les branches dépouillées Se courbent sons le vent qui vient de s'élever:
Voici venir l'hiver, el les longues veillées. Et les chemins déserts, où nous allons trouver Les oiseaux morts de froid, que leurs aîles souillées Dans l'air ne pourront plus désormais enlever :
Oh! triste est la nature, et plus triste est mon âme, Car clic a vu pâlir ses tendresses, sa flamme, Ses doux rêves d'amour à tout jamais perdus....
Vienne le renouveau; les beaux jours vonti'enaître.
Les feuillages pousser et les fleurs reparaître
Mais le printemps de l'âme hélas! no revient plus.
21 Sop:€mbi-c lSo3.
EMIGME
Quel poète écrira ce poème sublime Dont nous avons chacun une syllabe au cœur.' Quel esprit francliira la redoutable cime, Pour dérober au sphinx l'énigme du bonheur?
Quand doncsortira-t-il des mains du créateur Un homme assez hardi pour s'offrir en victime, Et pour jeter son âme au fond de cet abîme. Afin d'en mesurer l'immense profondeur ?
Ce poème divin, le monde entier le chante! Dans la courbe du flot, dans le sein de la plante On le sent se mouvoir, on l'aperçoit germer :
Ce secret qui brisa tant de nobles génies.
Cet hymne universel aux strophes infinies,
Un seul mot le contient, et ce mot, c'est: aimer.