‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 32 sur 76 · GENESE · texte numérisé non relu

GENESE

Or, rÉteniel, voyant la ]iuussi(jre des mondes , Qu'enfermait le chaos dans l'orbe do ses flancs. Jeta la flamme au sein de ces gouftVes immondes Pour les purifier par ses baisers brûlants; Alors, comme au milieu d'une fournaise immense Dans les creusets profonds s'unissent les métaux, Les éléments épars formèrent alliance.

Cependant, l'infini dormait dans le silence, Et l'esprit du Seigneur se mouvait sur les eaux.

Dés le commencement, un embryon informe Dans l'abîme , au hasard flottait, fétus difforme

Que l'ave agio chaus dans ses replis cunr'oit ;

La nuit pétrifiait l'ébauclie colossale,

En roulant sur ses flancs sa robe glaciale;

Mais le Créateur dit : « Que la lumière soit ! »

Et la lumière fut!

Comme une vierge pâle , Elle sortit du gouffre où dormait l'Univers; Sa première lueur d'une teinte d'opale Colora doucement le vaste sein des mers ; L'abîme frissonna sous sa caresse vague; Pour mieux sentir l'efTet de sa tiède moiteur, Un mouvement se fit. — Et fa première vague Vint bondir écuniante aux pieds du Créateur!

Les Ténèbres, couvrant la face de l'alnme Du voile opaque et lourd de l'immobilité , Se virent déchirer par le rayon sublime Qui venait féconder l'aride immensité.

Elles luttaient en vain. — Leur suaire funeste Se fondit en vapeur devant l'ordre céleste: Dieu dit: « Vous régnerez sur le ciel tour à tour « Ténèbres, soyez nuit; lumière, sois le jour! »

Cela se fit —

Alors, s'élancant à sa place , L'élément lumineux vint envahir l'espace. Et la nuit disparut à l'horizon lointain.

F.T POl'Ml'S.

Ce fui le premier soir et le premier matin Ce fut le premier jour.

Dans la vague étendue La lumière flottait, au hasard répandue, Principe sans moteur, germe sans aliment; Le Créateur lui dit; « Pour devenir féconde , « Concentre ton foyer, deviens l'àme du monde !« — Et le soleil surgit au front du firmament.

Alors , comme les cils qui bordent la paupière, On vit autour de lui les germes de lumière Qui dans l'ombre essayaient leur incertain essor ; Dans ce foyer géant tous ils se rassemblèrent , Sortirent ranimés de son sein , et formèrent De leurs larges rayons son diadème d'or!

Soudain l'attraction, force innée et féconde,

Du sein de l'astro en feu jaillit au sein de l'onde

Pour unir et grouper les éléments divers;

Sous les plis montueux des flots du gouffre immense.

Les atomes épars s'unirent en silence,

Et la loi sympathique enfanta l'Univers !

Le Monde était créé.

La nuit étant venue, L'ombre s'épaississait dans l'iMimensité nue;

Dieu voulul modérer la morne ol)S(.'iiriLé : Il dit, et, du soir triste envahissant l'arène . La lune déploya, mélancolique reine , Les longs plis rayonnants de son voile arwnlé. Ce fut le seeonil jour.

« Sors de ton lit lunuide, « Étincelanl soleil; que ta flamme splendide « Inonde de clartés le front de l'Orient ; '< Fais resplendir des mers la mouvante ceinture : « Pour la première fois révèle à la n.iture K Laugustc majesté de son matin riant! »

Ainsi dit le Seigneur dans sa toute jiuissauce, Et le monde apparaît en sa magnilicence , Et la vague bondit comme un coursier sans frein. Le rayon plonge au fond du lac bleu qni l'accueille; L'Univers attentif devant Dieu se recueille. Car il attend son souverain!

Or, l'Eternel pensif, le maître du Tonnerre , Prend dans ses larges mains le limon de la terre :

Il en pétrit l'argile inanimé, De muscles et de chairs il revêt le squelette , Son souffle donne une âme à l'ébauche incomplète , Et le premier homme est formé!

0 prodige divin! ô merveille sublime!

Sous le souffle de Dieu le squelette s'anime ,

KT POK.MHS. 109

La iionséc entre au front ot. la lumièro aux yeux; Se-* pieds frappent le sol qui devient sa conquête, Sa poitrine s'emplit d'air vital , et sa tète Se dresse intelliiîente eteontemple les eieux !

A celte vue, il veut les fraucliir.— Jl s'élance Vers l'austère sommet d'une montagne immense,

Escalade les rocs et les pics do granit;

11 monte, il monte encore, il marche jilein de jide, I/horizon s'agrandit, s'clargit, se déploie. Et partout son regard rencontre l'infini!

Alors, il redescend triste vers son domaine.

Il comprend qu'un destin impérieux l'enchaîne .

11 se soumet sans plainte aux lois de l'Eternel,

Et, ])romenant pensif sa longue rêverie,

Le premier exilé de la voûte infinie,

A peine sur la terre, aspire à voirie ciel.

Cependant tout l'admire et tout lui rend hommage: Les tigres , les lions , de leur antre sauvage Sortent, suivent ses pas dans les sentiers frayés, Et, lui léchant les mains, l'accompagnent en foule; Le Ilot des vastes mers devant lui se déroule. S'avance sur la grève, et vient haiser ses pieds!

l'^t l'jiomme, en l'ecevantces premicies caresses SenI tressaillir eu lui la lilire des tendresses:

Il cherche , il interroge : on ne lui répond pas ; Rien ne vient comploter ce sens qui se révèle, Et les êtres créés que du geste il appelle Se couchent à ses pieds lorsqu'il leur tend les hras.

Le soleil disparaît dans les vagues profondes,

11 étend radieux sur la cîme des ondes

Des reflets empourprés, de larges flammes d'or;

Le voile de la nuit enveloppe la terre ,

La lune brille au ciel, et l'homme solitaire.

Le cœur plein de désirs inapaisés, s'endort.

Le rêve vient planer sur son âme oppressée . Et le maître des cieux qui lit dans sa pensée Manifeste pour lui son auguste bonté :

De la chair de sa chair , de l'àme de son âme. 11 prend une partie, il en forme la femme, Dont les flancs vont bientôt porter l'humanité.

Un long frémissement agite la natui'o, Le monde a tressailli d'un transport inconnu : La femme, Eve , paraît , belle , timide, ] ure, Sous l'or de ses cheveux abritant son sein nu ! Elle écoute, elle attend, la grande vierge blonde Ses pieds ont effleuré le sein mouvan-t de l'onde. Et le flot, qui déjà se hâtait d'approcher, Se recule anssitCt, n'osant pas la toucher!

ET POEMES lil

Elle reste immobile, elle cherche, elle ignore, Le flot revient, s'avance, et se recule encore ; Dans l'omlire de la nuit se plonge son regard, Elle quitte la grève, elle marche au hasard. Attentive à tout bruit, curieuse, ingénue; Ses pieds touchent le sol: soudain, la terre nue Se couvre de gazon, craignant de les meurtrir; On voit , pour préserter son front de la rosée , Le feuillage pousser et les fleurs s'entr'ouvrir 1 L'amour vient féconder la nature embrasée ; Les germes font bondir les flancs de l'univers; La 'sève ardente monte, atteint les rameaux verts, Déborde en longs ruisseaux dont les vagues fécondes Enivrent les forêts, désaltèrent les mondes; La femme a révélé le sens de la beauté : L'extase du bonheur trouble les atmosphères; Pour louer le Seigneur, le cantique des sphères Fait d'accords inlinis vibrer l'immensité 1 L'univers est saisi de transports sympathiques. Les fleurs ont commencé leurs unions mystiques. En semant leurs pollens dans l'air tiède du soir, Et, lorsqu'Ève s'endort, l'âme pleine d'espoir, De la discrète nuit perçant les chastes voiles, Les mondes lumineux, les tremblantes étoiles Au front du firmament se penchent pour la voir !

24 Mara 18.2

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