HIVER
A AUGUSTE HERST.
Le ciel est gris, la terre est blanche , Le brouillard monte lentement, Le givre enveloppe la branche, La neige craque sourdement ; Le soleil, de l'étang de glace Fait briller le lerne miroir, h?ur la furet plane et croasse Le corliean noir.
Le vent gémit, âpre et rigide.
Dans les arbres silencieux ; Sur le chemin ])as une ride.
Ta? un nuage sur les cieux;
Si loin (juG mon regard so porto, Mon cœur se sent respirer seul:
La nature a l'air d'une morte Dans son linceul 1
J/aiistérité dos perspectives.
Des sentiers l'immobile aspect Me causent des terreurs furtives Et m'enveloppent de respect ; Cette implacable quiétude Agit comme un opouvantail; Je comprends que la solitude Est on travail !
A mesure que je m'avance , Je crois ouïr les buissons roux Ghuchotter au sein du silence , Comme des vieillards en courroux; Le rameau sec que mon pied brise En cédant semble protester, Et je sens la main de la bise Me souffleter!
La neige (jui crie et se la^se Sous mon talon qui la meurtrit.
Garde sur son sein blanc la trace L)e rinsolent qui la flétrit;
ET POEMKS 123
Elle conserve à la vengeance Un indice de mon chemin :
Le jour s'en va , la nuit s'avance , Los loups ont faim !
Apaisez-vous, puissances mornes, Buissons trapus, chênes hautains.
Ciel, dont les horizons sans hornes Présagent de meilleurs destins :
Pèlerin, vers ma Thébaïde Je marche, au hasard emporté; Je hais le monde, et j'ai pour guide La liberté !
Les austères douleurs ont besoin de silence ;
La solitude règne où le deuil a passé;
L'âme que vient d'atteindre une douleur immense,
Délaissant le présent , retourne à son passé.
Elle refait alors ces beaux jours pleins de fêtes , Où la joie éclatait, où l'on était à deux... (^)ue lui fait l'avenir, ciel morne où les prophètes Cherchent, en tâtonnant, des astres hasardeux?
Le présent lui rappelle hélas! sa peine amere ; Pour elle le bonheur n'est plus dans l'avenir; Mais le passé béni, consolante chimère.
S'illumine aux clartés vives du souvenir.
Le matin, des (jiio je te quitte, Songeant aux longs ennuis du jour.
Je dis au soir ; » Oli ! reviens vite , « Et ramène-moi mon amour ! »
Va iiendanl touie la journée .
Ton dernier mot d'adieu me .suit , Et dans mon àme abandonnée J'entends ce mystérieux liruit:
Bruit d'adieu que mon eœur sonore Sent à ses parois attaché, (lommo un cristal qui vibre eneiu'e Longtemps après qu'on l'a touché.
Il I é viicr ië6n.