‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 39 sur 76 · HIVER · texte numérisé non relu

HIVER

A AUGUSTE HERST.

Le ciel est gris, la terre est blanche , Le brouillard monte lentement, Le givre enveloppe la branche, La neige craque sourdement ; Le soleil, de l'étang de glace Fait briller le lerne miroir, h?ur la furet plane et croasse Le corliean noir.

Le vent gémit, âpre et rigide.

Dans les arbres silencieux ; Sur le chemin ])as une ride.

Ta? un nuage sur les cieux;

Si loin (juG mon regard so porto, Mon cœur se sent respirer seul:

La nature a l'air d'une morte Dans son linceul 1

J/aiistérité dos perspectives.

Des sentiers l'immobile aspect Me causent des terreurs furtives Et m'enveloppent de respect ; Cette implacable quiétude Agit comme un opouvantail; Je comprends que la solitude Est on travail !

A mesure que je m'avance , Je crois ouïr les buissons roux Ghuchotter au sein du silence , Comme des vieillards en courroux; Le rameau sec que mon pied brise En cédant semble protester, Et je sens la main de la bise Me souffleter!

La neige (jui crie et se la^se Sous mon talon qui la meurtrit.

Garde sur son sein blanc la trace L)e rinsolent qui la flétrit;

ET POEMKS 123

Elle conserve à la vengeance Un indice de mon chemin :

Le jour s'en va , la nuit s'avance , Los loups ont faim !

Apaisez-vous, puissances mornes, Buissons trapus, chênes hautains.

Ciel, dont les horizons sans hornes Présagent de meilleurs destins :

Pèlerin, vers ma Thébaïde Je marche, au hasard emporté; Je hais le monde, et j'ai pour guide La liberté !

Les austères douleurs ont besoin de silence ;

La solitude règne où le deuil a passé;

L'âme que vient d'atteindre une douleur immense,

Délaissant le présent , retourne à son passé.

Elle refait alors ces beaux jours pleins de fêtes , Où la joie éclatait, où l'on était à deux... (^)ue lui fait l'avenir, ciel morne où les prophètes Cherchent, en tâtonnant, des astres hasardeux?

Le présent lui rappelle hélas! sa peine amere ; Pour elle le bonheur n'est plus dans l'avenir; Mais le passé béni, consolante chimère.

S'illumine aux clartés vives du souvenir.

Le matin, des (jiio je te quitte, Songeant aux longs ennuis du jour.

Je dis au soir ; » Oli ! reviens vite , « Et ramène-moi mon amour ! »

Va iiendanl touie la journée .

Ton dernier mot d'adieu me .suit , Et dans mon àme abandonnée J'entends ce mystérieux liruit:

Bruit d'adieu que mon eœur sonore Sent à ses parois attaché, (lommo un cristal qui vibre eneiu'e Longtemps après qu'on l'a touché.

Il I é viicr ië6n.

Page 1