LEUE.NDHS KT PUE.MES
Vos cheveux relovés, rejetés en arrière . Gomme un flot indocile et que rien no contient . Dans leur lil)re désordre et leur allure fière S'échappent du tissu qui forme \onv lien,
Et la tresse soyeuse et le tissu de soie Enlacent à l'envi leurs courbes et leurs nœuds . Et sur votre cou blanc la boucle folle ondoie , En jetant sur la peau des retlots lumineux !
Dans ce deshabillé plein do grâce hardie . Heureux, cent fois heureux celui qui put \ous voir , Des langueurs de la nuit encor tout attiédie, Entr'ouvrir vos beaux yeux devant votre miroir,
Et vous envelopper, nonchalante et coquette, Dans cette draperie aux plis amoncelés.
Retenue a demi par votre main fluette Aux beaux ongles de nacre, aux longs doigts effilés !
Quand je pense comment je vous ai rencontrée! (Voilà pourtant où va ce que nous adorons!) Vous étiez dans la rue, inconnue, ignorée , Exposée à la pluie , à la boue , aux afîxonts !
!?•! Li;c.K.NDi:s i;t pommks
p]t ley bourgeois épais, et les matrones sèches Vous insultaient du rire ou vous montraient du doigt. Kt les abbés gourmés prenaient ces airs revèches Dont poufïViient si gaiement les abbés d'autrefoi ;
Mais je vous aperçus, et, d'une àmc pieuse, J'essuyai la poussière épaisse avec ma main ; Si j'eus en ce moment l'allure dédaigneuse , Ce n'était, croyez-moi, ni froideur ni dédain!
Le marchand m'observait au seuil de sa boutique . l*rèt selon mon visage à surfaire son prix : Je suis pauvre, il fallait user de politique . Et contenir ma joie et mes regards épris.
Je réussis!... Alors, libre de toute crainte. Triomphant, mon regard d'ivresse étincela . Puis, vous enveloppant d'une amoureuse étreinte, Je gagnai ma demeure, où, depuis ce temps-là...
Dans mon petit salon, au-dessus de la glace . Madame , vous trônez dans votre cadre d'or ; Parmi tous mes tableaux c'est la meilleure i)lacc: FU'ine ])iir la beauté, là vous régnez encor!
LA RÉVOLTE DESCHKNES
A AUGUSTE HERST.
Vainement, ô forêt, le soir tu te recueilles, Vainement vous cessez, lentes inflexions ; Le vent glacé des nuits se lève , et dans les feuilles Précipite, jaloux, ses détonations.
Des chênes on entend les imposants murmures :
« L'étoile du repos au ciel vient de briller;
» Gomme de vieux guerriers dormant sous leurs armures,
» Ne pourrions-nous en paix un moment sommeiller ?
B Nos bras se sont tordus en d'horribles Lourmente>; » La bise a dispersé nos feuillages flétris ; » Les bourrasques du nord, brutales, véhémentes. » Sur notre front auguste ont épuisé leurs cris.
mo LEGENDES
» Sous l'aciion do ITige a flrrlii notre force ,
» Siirnos cimes les ans posent leur pied vainqueur;
» La foudre a ravagé notre quadruple écorce,
» Et son glaive de feu nous a frappés au cœur.
» Pondant que dos autans la sombre violence » Nous assiège, à nosjiieds tout unmonde s'endort: » La clochette s'incline indolente, et balance » Dans son pavillon bleu l'insecte aux ailes d'or;
» Pendant que la tompéle aux haineuses secousses )) Nous étreint,nous oiqn'csse etnous vient accabler, » Le ver luisant, glissant sous le velours des mousses, » Regarde au fond de l'eau les étoiles trembler;
» Pendant que nous luttons, enlacés branche à branche, » Mornes contemplateurs des horizons blafards, » Au bord de l'étang vert l'humble roseau se penche, » Et les flots assoupis bercent les nénuphars.
•> C'en est assez : contions , ô nature marâtre,
» Notre vieil ennemi, ce grondeur acharné .
» Qui peut voir , quand au ciel passe l'éclair bleuâtre ,
» Se courber sous ses C(ni]is notie front indigné ;
» Ou, lassés dj3 voilier des veilles éternelles,
» LasKés de nous roidir dans un stérile effort,
» Tu nous verras tomber, couuno dos sentinelles
» Quo leur posl(> faial (K' signe pour la mort.
ET POEMES 131
» Entends enlin, entends nos trop justes murmures!
I) L'étoile du repos au ciel vient de hriller,
» Et nous voulons ce soir un moment sommeiller,
» (iDUime de vieux guerriers dorment sous leurs armures, u
— « Redressez vous , mes fils, en votre majesté, » J^eprend la grande voix qui sur les forêts plane, « Ou les étoiles d'or et la blanche Diane » Vont se voiler le front et crier : lâcheté !
» La révolte vous trouble, elle vous rend injustes; » La sève de l'orgueil monte jusqu'à vos cœurs; » Vous n'avez plus pitié de mes frêles arbustes: » Mes chênes maintenant sont jaloux de mes fleurs !
» Pourtant, quand monte l'aulte aux pâles auréoles,
» Ne respirez-vous pas , ô despotes jaloux ,
)) Dans l'air frais du matin, ces parfums des corolles,
» Qui, pour venir àmoi, montent d'abord vers vous?
» N'est-ce donc plus pour vous que les brises k'-gères
" Des Ilots calmes du lac font frissonner les eaux ?
'' N'est-ce donc plus pour vous qu'éclosent les bruyères?
" ?N'est-ce donc plus jxiur vous que chantent les oiseaux?
'■ Les grands, les forts se plaindre ainsi : c'est une honte 1
1) Eh bien ! soit ! succombez, rendez-vous lâchement !
» yia. patience est lente et ma justice est prompte :
>i L'homme se characi-n du soin du châtiment.
l;^? I.KGHNDES
'■ Car mon vouloir précis règle vos destinées;
■• l/liûinmo que je gouverne est dooile à mes vœux.
') Et, si vous napaisez vos forées mutinées,
n Sacliez voire avenir, sachez ce que je veux:
n Vous ne formerez pas la superbe carène
» Ou brick rapide aux fiers canons étincelants ;
» Vous ne sentirez pas la vague souveraine
w D'une étreinte amoureuse envelopper vos flancs.
» Vous ne deviendrez pas,sousles sacrés portiques. » La stalle au profil grave, au grand panneau sculpté, » Dont la fibre a frémi sous l'aile des cantiques, " Et que l'art revêtit d'éternelle beauté.
" Vous serez méprisés , quoiqu'on dise et qu'on fasse; '> Aux viles fonctions vous serez condamnés; " L'oiseau d'un vol fiévreux dévorera l'espace, " Pour ne jioint effleurer vos fronts déshonorés.
» Pliez devant la foudre et cédez à l'orage ! « Puis, quand vous serez là, couchés sur le gazon, - L'homme viendra tailler dans vos flancs sans courage » Des })oteaux de gibet, des portes de prison.
» Vous serez les valets de la vengeance humaine : " De toutes les douleurs vous subirez l'accent : » Vous entendrez râler la mort, rugir la haine. » Blasphémer le coupable et pleurer rinnoceni.
ET l>OEMr:S. 133
)) J'ai dit! — Mais à ma voix cesse votre dômenoe .
» Vous tremblez de suliir ce dégradant alTronl :
)' Jja menace répugne à ma haute éloquence :
.' Chênes, j'ai pardonné; relevez votre front!
n Préservez les roseaux, préservez les hièbles, » Et l'insecte, et l'oiseau dormant sous votre foi: 0 De votre fier destin accomplissez la loi : » (l'est le devoir du fort de protéger les faibles. »
rptenibre IsËI .