ÉPITAPHE
Passants, faites silence!
Pour elle, c'est ici que le repos commence : Chaque instant de sa vie était un noble elîbrt... Elle dort !...
Sa lampe de travail, étoile du courage, Qui Lrilhiit sur mon ciel obscurci par l'orage , Hélas ! vient de pâlir sous le vent de la mort... Elle dort!,..
C'est ma jiicrc :
Sa tendresse ineffable abrita mon berceau : Mon amour lilial gardera son tombeau :
Mon cœur auprès du sien veille sous cette pierre.
Passants, faites silence! elle dort; c'est ma mère...
LÊVENTAIL DE SUZETTE
Ma Suzon reposait seiilette.
Elle rêvait, Et TAmour veillait en cachette
A son chevet; Il posait, se glissant près d'elle
Sans l'éveiller, Son carquois d'or sur la dentelle
De l'oreiller.
(t 0 Suzon, e disait le pcrtide ,
» Pour tes beaux yeux, >' J'ai quitté les jardins de Gnido,
D J'ai fui les Dieux,»
Et plus léger que l'hirondelle
Qui fend l'azur , Il caressait du bout do l'aile
Son front si pur.
LEGENDES F,T THEMES
« Je VOUS tiens, monsieur le volage !
Lui dit Suzon ; " Entrez, entrez dans eette cage :
» Vite en prison ! »
Mais lui, riant, en vrai rebelle,
De cet arrêt.
S'échappe, abandonnant une aile ,
E[ disparait.
Il a réveillé ma Suzette
En se sauvant ; L'aile blanche en sa main fluette
Palpite au vent; Elle songe et la considère
Très en détail ; " Tiens! » se dit-elle, « j'en vais fair.:
» Un éventail. »
On va quérir lames d'ivoire.
Paillons d'or pur.
Glands et cordons, rubans de moirp.
Couleur d'azur; Chaque soir, l'éventail repose
Jusqu'au matin Ha us un coffret de bois de rose
Et de satin.
Mais hélas! depuis, que d'œillades , De billets doux !
Que de soupirs , de sérénades !
Je suis jaloux! Nuit et jour, mon âme inquiète
Est en travail :
Maudits soient l'Amour et Suzette
Et l'éventail !
Décembre 1861.