LES BŒUFS
A CH. r>E LORCAC.
La pourpre du couchant de leurs robes ombrées
Faisait reluire les poils roux, Les tons fauves prenaient des teintes mordorées ,
Les tons heurtés devenaient doux; Ils s'en allaient, suivant la route désignée
Par le fouet ou les cris du chien, Calmes, l'air magistral , la face résignée.
Humant en paix l'air tiède, ou bien Ruminant, et rêvant les prés, les hautes herbes.
Les fossés où dans les roseaux Jadis ils s'enfonçaient, lo\ant leurs fronts superlios
Et plissant leurs larges na-^eau\ , Et la plîiine sans (in, et les gras pâturages,
Où le tronc gris des saules creux .
Penché sur l'eau, ])rojelte au 'oin l'humide ombrage
De ses rameaux aventureux.
Maintenant tout est dit; — l'agreste métairie Ferme ses établcs sur eux;
Adieu les champs dorés, la paisible prairie
Où l'on cheminait deux à deux; Adieu les toits de chaume où les ramiers fidèles
Roucoulent quand vient germinal; Adieu les chants d'amour , les doux battements d'ailes,
Le clairon du coq matinal, El le soleil oardant sa couronne embrasée
Au front pâle de l'horizon, Et le scintillement des perles de rosée
Qui roulent sur le vert gazon ; Adieu, luzerne en fleurs, foins jaunis et pâture,
Abris des troupeaux triomphants , Adieu le sein fécond que la mère Nature
Offre sereine à ses enfants !
Le bouvier en sitflant excite le chien fauve
Qui joyeux aboie et vous suit , Et si quelqu'un de vous se détourne et se sauve,
Pressentant où l'on vous conduit.
Le chien court, l'homme arrive , et l'aiguillon terrible
De son fer lui crève la peau, La révolte s'apaise, et, devenu paisible,
Le fuyard rejoint le troupeau.
Lentement, lentement, baissant ses regards mornes,
Haletant d'angoisse, hébété, Et ne comjtrcnant pas qu'au bout de ses deux cornes
Le ciel a mis la liberté !...