‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 44 sur 76 · LES BŒUFS · texte numérisé non relu

LES BŒUFS

A CH. r>E LORCAC.

La pourpre du couchant de leurs robes ombrées

Faisait reluire les poils roux, Les tons fauves prenaient des teintes mordorées ,

Les tons heurtés devenaient doux; Ils s'en allaient, suivant la route désignée

Par le fouet ou les cris du chien, Calmes, l'air magistral , la face résignée.

Humant en paix l'air tiède, ou bien Ruminant, et rêvant les prés, les hautes herbes.

Les fossés où dans les roseaux Jadis ils s'enfonçaient, lo\ant leurs fronts superlios

Et plissant leurs larges na-^eau\ , Et la plîiine sans (in, et les gras pâturages,

Où le tronc gris des saules creux .

Penché sur l'eau, ])rojelte au 'oin l'humide ombrage

De ses rameaux aventureux.

Maintenant tout est dit; — l'agreste métairie Ferme ses établcs sur eux;

Adieu les champs dorés, la paisible prairie

Où l'on cheminait deux à deux; Adieu les toits de chaume où les ramiers fidèles

Roucoulent quand vient germinal; Adieu les chants d'amour , les doux battements d'ailes,

Le clairon du coq matinal, El le soleil oardant sa couronne embrasée

Au front pâle de l'horizon, Et le scintillement des perles de rosée

Qui roulent sur le vert gazon ; Adieu, luzerne en fleurs, foins jaunis et pâture,

Abris des troupeaux triomphants , Adieu le sein fécond que la mère Nature

Offre sereine à ses enfants !

Le bouvier en sitflant excite le chien fauve

Qui joyeux aboie et vous suit , Et si quelqu'un de vous se détourne et se sauve,

Pressentant où l'on vous conduit.

Le chien court, l'homme arrive , et l'aiguillon terrible

De son fer lui crève la peau, La révolte s'apaise, et, devenu paisible,

Le fuyard rejoint le troupeau.

Lentement, lentement, baissant ses regards mornes,

Haletant d'angoisse, hébété, Et ne comjtrcnant pas qu'au bout de ses deux cornes

Le ciel a mis la liberté !...

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