‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 49 sur 76 · SABINUS · texte numérisé non relu

SABINUS

Eh bien !

Tout est-il préparé?

ClVlLlS.

Mon dernier entretien A des principaux chefs exalté le courage ; Tous sont dans le complot; et de plus, un message Que m'a fait parvenir Antonius Primus, Qui soutient Vespasien contre Vitellius, Me prouve qu'il nous faut agir de suite : en somme, Il me conseille, afin d'occuper loin de Rome Les légions du Rhin que mande lEmpereur, D'exalter des Germains l'inquiète fureur;

DE VELLEDA. 103

Hordennius Flaccus comme lui favorise Vespasien, et m'écrit en ce sens. Or, la crise Nous est propice; il faut agir sans hésiter; Qu'ensuite les Romains viennent nous arrêter 1 On n'apaise pas plus un peuple qui se lève Qu'on n'apaise la vague envahissant la grève.

SABINDS.

Bien dit, mon frère!

ARIOVI-TE.

Il faut, en effet, se hâter; Le moment est venu, sachons en profiter.

Réfléchissez avant d'agir. Pour moi, je pense, Si le projet est grand, que l'obstacle est immense ! La puissance de Rome est terrible ! Vraiment, Je crains pour l'entreprise un sombre dénouement... Une défaite, enfin !

SABIMJS.

Par ces tristes présages, Penses-tu, Bojorix, amollir nos courages?

BOJORIX.

Tu vois avec le cœur, je vois avec les yeux;

Tu vois plus haut, je vois plus bas, mais je vois mieux.

Vous voulez abaisser la puissance romaine;

Vous rêvez la vengeance, et faites de la haine

Un piédestal sanglant à votre liberté :

Ce sont de nobles vœux; mais la réalité

Brise de vos projets le vain échafaudage. Soyez moins empressés, et songez à Garthage Renversée, aux Gaulois asservis. Les revers De ces peuples vaillants ont instruit l'univers. Rome répand partout une clarté féconde ; Youloir l'anéantir, c'est replonger le monde Dans la nuit du chaos et de l'aveuglement; G'est arrêter l'essor de tout grand mouvement ; C'est hriser le soutien de l'univers qui penche ; G'est abattre le tronc pour sauver une branche ! Givilisation, grandeur, tout est perdu, Tout s'écroule, s'éteint ou s'arrête éperdu. Et vous faites régner sur la terre appauvrie La nuit de l'ignorance ou delà barbarie.

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