SABINUS
Assez! J'admire ici combien nos oppresseurs
Savent dans nos conseils trouver de défenseurs;
Je reconnais en toi leur éloquence habile;
Aux savantes leçons tu t'es montré docile ;
Je crains de ne pouvoir atteindre ta hauteur,
Car je suis un guerrier et non pas un rhéteur.
Eh! que nous font, à nous, ces grandeurs insultantes!
Nous aimons nos forêts sauvages et nos tentes,
Nos rustiques festins et notre pauvreté,
Qui donne au corps la force, au cœur la dignité !
Notre déesse, à nous, c'est la Liberté flère,
Qui, les cheveux au vent, les pieds dans la poussière,
S'élance à l'aventure, et du cœur sait bannir
Les soucis du passé comme de l'avenir.
DE VELLEDA. 155
Tout le reste est néant, frivolité, chimère! Ton esprit, qu'a faussé la science éphémère, A bien vite oublié les leçons des aïeux.
BOJonix. Qui donc m'a pu raloir ces mots injurieux?
N'as-tu pas adopté leurs plaisirs, leurs coutumes?
Tu viens ici paré de leurs riches costumes ;
Tu t'endors sur la pourpre et bois le vin dans l'or ;
Les fleurs couvrent ton front hautain... que sais-je encor
Pour bercer vaguement ton somnolent délire,
Le son des voix s'unit aux accords de la lyre;
Les délices de Rome ont corrompu tes mœurs,
Et peut-être en secret tu chéris nos vainqueurs.
BOJORIX.
Si joies chérissais, serais-je à cette place?
Tu parles de prudence et blâmes notre audace ; Mais si, comme nous tous, humihès, proscrits, Ton âme de ce peuple eût entendu les cris; Si, t'arrachant un jour au joug de la mollesse. Ton regard du pays eût sondé la détresse, Peut-être croirais-tu qu'il faut agir,
CIVILIS
Assez , Sabinus! Oublions l'erreur des jours passés ;
Bojorix est venu, sa faute est réparée; 11 a voix au conseil. Si parfois égarée Sa raison l'abusait d'un chimérique espoir, Au combat, comme nous, il fera son devoir; J'en suis sûr.
AIUOVISTE.
Jl dit vrai. Réglons plutôt ensemble Le projet important qui ce soir nous rassemble.
IIERMANN.
A'oici mon père eniin
(Le Druide entre, suivi des vieillards et des guerriers.)
LE DRUIDE
Civilis, Sabinus, Prêtres, vieillards, guerriers, soyez les bienvenus! Vous, conseils vénérés, vous, phalange aguerrie, Qui nous prêtez appui, merci pour la patrie !