SCÈNE V. DORI^"E, RÉGNIER
DORIKE.
Bonjour, maître Régnier.
RÉGNIER
Ah ! te voilà, Dorine; Nous avons des cancans, je le vois à ta mine. Allons, que disait-on ce matin de nouveau?
DORINE
Racine à demi-voix causait avec Boileau.
kir un sujet tragique?
REGNIER
DORINE
Eh oui! sur sa disgrâce.
RÉGNIER
Encore I — Touslesjours, c'est trop : — une fois, passe !
DORINE
Il (lisait en beaux vers le courroux du graml roi.
RÉGNIER
Eu vers ! c'est hieu assez don être; mort, ma foi ! Sans forger là- dessus do lamentables rimes! Et Boileau?
DOBINE.
Sur les vers il promenait ses limes.
nÉGMER.
Je le vois bien, Dorine, alors, rien de nouveau.
nORtNE.
Ronsard avec Dorât, Jamyn, Muret, Belleau, Joacliim du Bellay, Sainte-Marthe et Jodelle, Pindarisait.
RÉGMER.
Toujoui's la Pléiade lidcle !
DORINE
Malherbe, dans son coin, roulait des yeux fâchés.
RÉGMER.
Clerc dévoyé, pied-plat, lécheur do vers léchés ! Pense-t-il, des plus vieux offensant la mémoire, Par le mépris d'autrui s'acquérir do la gloire?
DORINE
Tout beau!
DE SC.VPIN. 100
RIÎGNIEII.
C'est du liàlou qu'il lui faut!
DORINE
Doucement!
nÉGNIEK.
Plaisant réformateur ijue ce cuistre normand! Nul aiguillon divin ! S'il a fait quelque chose. C'est proscr de la rime et rimer de la prose. Passons.
DOr.lXE.
Le grand Corneille, immobile à l'écart, Etudiait Brutus causant avec César.
r.ÉGKiEn, se découvrant.
Fort bien. — Et Lafontaine? As-tu vu le bonhomme?
uoni.\E.
Couché sur le gazon, tout prêt à l'airc! un somme. Il écoutait, distrait et songeant à demi, La cigale jaser avecque la fourmi.
Illustre paresseux, content à sa manière ! C'est tout?
DOniAE.
Oui.
nÉGNlER.
Grand merci.
UOniINE.
Vous venez voir Molière?
Il est sorti, je vais le chercher.
RÉGMEn.
Bien : j'attends.
DORiNE, à part.
Pour l'amener ici ne perdons pas de temps. Sur le pauvre Scapin le danger plane encore; Oui! mais je saurai hicn le sauver.
[Elle sort.)