‹ Poésies posthumes. Avec une noticeChapitre 62 sur 76 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

r.i';cNiEn, «•«/. (// se promrnc lentement en rêvant.)

Cette aurore Eternell-e et m'irrite et me lasse. — Les jours S'y succèdent égaux et semblahles. — Toujours Ce calme élyséen où l'on s'immobilise, Ce repos monotone, égal, prévu, sans crise ! Ici les mêmes fleurs et le même gazon, Là haut le même ciel et le même horizon. Ah! c'est bien ennuyeux, le bonheur! — Sans vergogne L'ambroisie, ù Jupin, ne vaut pas le Bourgogne ! {Un silence. — Il s'assied sous la tonnelle.) Hier, à ce propos, je regardais là-])as Lutèce, ensevelie au milieu des frimats, Et je suivais des yeux, par la route neigeuse, Un chœur de jeunes gens d'allure voyageuse,

Tous marchant en cadence, échappés le matin

Des hùtels peu garnis du vieux quartier Latin :

Les docteurs sans chents, les poètes sans rente

(Ils sont toujours nomhreux!) de cette troupe errante

Composaient le noyau. — Vous arriviez après,

Stagiaires sans cause et peintres sans portraits,

Joyeux, riant, chantant, faisant tète à la hise,

Saluant l'avenir, flagellant la sottise,

Puis acclamant en chœur, nohle péroraison,

L'auberge dont le toit fumait à l'horizon!

On frappe, on ouvre, on entre, et du chef de cuisine

Comme un soleil levant la face s'illumine ;

Servantes et matrone ébauchent vingt caquets,

Voici grogner le dogue et glapir les roquets,

L'âtre noir déjà flambe et l'hôte pronostique

Une omelette au lard, un lapin authentique,

Un petit vin du crû, clairet, vermeil et pur.

Qui du coteau voisin est le fds, — Du vieux mur

La faïence descend en grand' hâte. — La cruche

Se remplit, cependant que se vide la huche ;

Pain bis, nappe embaumée et fille en jupon court.

Qui rit à belles dents, qui va, qui vient, qui court,

Qu'on lutine d'un bras hardi, qui s'en fait gloire

Par honneur pour l'état, sans penser au pour-boire.

Et le départ bruyant, et le retour joyeux....

Qu'on parle après cela de la table des Dieux !

0 jeunes gens, aimez! gardez en votre voie

La sève du printemps, la sève de la joie,

Cueillez votre jeunesse, et nargue des pédants

Qui font nique au fruit vert quand ils n'ont plus de dents !

202 LA DERNIERE FOURPERIE

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