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Poésies posthumes

Augusle-Harïe Dondey, dit Théophile Dondey (il parait que ce nom de Théophile, qu'il a porlé toute sa vie, n'est pas dans son acte de naissance), esl né le 30 janvier 1811; il avait douze ans quand je l'ai ■connu, et j'en avais dij. Nous étions ensemble élèves externes dans la petite institution Lemasson; nous ne suivions pas les classes du collège, et M. Lemasson nous donnait seul l'instruction sçcondaire ; M. Félix Ravaisson, de l'Institut, a été son élève en même temps que nous. Dondey et moi fûmes bientôt liés; j'étais faible de corps et myope; Dondey paraissair vigoureux, mais il était myope à tel point qu'en comparaison je pouvais passer pour avoir une

bonne vue ; nous n*aiinions ni l'un ni l'autre les jeux ordinaires, et les livres étaient notre grand plaisir. Nous passions des heures à lire ensemble des vers de Racine et de Boileau, car nous n'avions pas sous la main, à cet âge, les nouveautés. Nous en vînmes à établir, en entraînant quelques camarades, une espèce de petite académie qui avait ses séances et ses lectures. •

Je ne sais ce que nous pensions alors en religion, si nous pensions quelque chose. Dondey, qui avait une mère pieuse, était élevé chrétiennement; pour moi, je n'étais soumis à aucune pratique religieuse. Si nous philosophions déjà ensemble, je ne m'en souviens plus : ce dont je me souviens, c'est que nous lisions le Petit Albert et que nous en essayions les receltes, ce qui n'indique pas que nous fussions de grands philosophes. Il se livrait à ces tentatives avec une étrange ardeur : je le remarque parce qu'il a gardé toujours quelque chose de cette disposition ; devenu homme, et très-Ubre dans ses pensées, il avait besoin pourtant de rêver le surnaturel, sinon d'y croire, et il redisait avec complaisance le mot de Hamlet : « Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Horalio, que votre philosophie n'en a songé. »

: El). 1825, mon père ayant obtenu pour moi une

demi-bourse, j'entrai comme pensionnaire au collège Saint-Louis; Dondey continua de vivre chez ses parents et suivit les classes de Louîs-le-Grand comme externe. Pour moi, je restai sous le régime de l'ioternat jusqu'à vingt-deux ans, ayant passé du collège à l'École normale. Nous vécûmes donc assez séparés, quoique très-bons amis; je contractai dans rinternat d'autres amitiés, que la vie commune rendit plus étroites ; celle-là n'en fut pas moins constante et toujours égale, et il est de mes amis de jeunesse celui qui m'a été conservé le plus longtemps.

Outre les deux ans qu'il comptait de plus que moi, Dondey avait sur moi l'avantage d'une vie plus ouverte à bien des choses que n'était la mienne. 11 n'était pas enfermé entre quatre murs; il ne se plaisait pas d'ailleurs aux études du collège, et ne faisait de' grec et de latin qu'autant qu'il y était obligé; mais il lisait les journaux, notamment le Globe, et les nouveautés littéraires. C'était lui surtout qui me tenait au courant de ce qui au dehors occupait alors les esprits. 11 était libèTtii, comme à peu près tout jeune homme à cette époque, assez mal disposé pour le trône et pour l'autel; mais il se jeta surtout avec passion dans la révolution littéraire qui se déclarait alors. Elle fut pour lui une religion, et la foi romantique n'a

jamais eu de confesseur plus ardent et plus iuirépide. 11 était au premier rang parmi les bandes de jeunes gens qui soutenaient Vicfor Hugo dans ses luttes, et qui livrèrent cette bataille if ffemont, où il y eut tant de chaudes journée»'. On lit dans le Rappel du 23 février 1875, dans un article nécrologique sur Dondey, qui est sans doute de M. Auguste Vacquerie : « L'employé se ressouvint du poète et le combattant sentit se rallumer en lui tousses feux et toutes ses flammes, quand Tempire, après avoir fermé pendant dix-huit ans la porte du théâtre aux drames de Victor Hugo, l'entre-b&illa pour Hemani. Nous vîmes entrer- chez nous DD bon bourgeois, qui venait nous demander UD billet pour la première représeotation. Quand ce bourgeois nous eut dit son Dom de guerre, nous nous empressâmes de lui donner la place qu'il désirait, trouvant bien juste que celui qui avait été de la bataille fût de la victoire. » On verra tout à l'heure l'histoire de ce nom de guerre, de ces feux et de ces flammes.

Je suivais Dondey sans hésitation dans son libéralisme, quoique avec un tempérament moins fou-

1. H. Doscband, qui U raconte si bien dans «es conliireiices, n'y k pu oublié Dondey.

gueus. Pour le romantisme, je résistais ; mes prîacipes de bon élève et de futur professeur ne pouvaient s'accommoder de' cette révolte. le me garderai d'argumenter ici contre lui pour justilîer ceux de mes scrupules d'alors qui me paraissent avoir été légitimes, iliime mieai reconnaître que je n'avais pas toujours raison, et qu'il m'arrivait quelquefois d'opposer à ses enthousiasmes, au lieu des vraies délicatesses de la conscience Itiiéraire, une intolérance de goûl qui est une faiblesse et non un mérite. Le zèle de Uondey me forçait, heureusement à étudier au lieu de trancher.

La révolution de Juillet le transporta, et il ne tarda pas à la dépasser. Mais il ressentit surtout le contre-coup que ce grand accident politique eut dans les ratons de la littérature et du sentiment. It s'enrôla dans une espèce d'avant-garde de l'avenir, qui prétendait renouveler et refaire de fond ea comble l'art d'abord, et, au moyen de Tart, la société. La liberté qu'iJ poursuivait n'était pas seulement la liberté politique, ni mâme la libre pensée : c'était la liberté du moi, ou plutàt son règne; l'imagination et la passion absolument déchaînées, contentes et sûres d'elles - mêmes dès qu'elles se sentaient grandes, et mesurant celle grandeur sur leur orgueil,

En Î832, Dondey perdit son père, frappé par le

tt NOTICE.

choléra, gui, à celle date, était toujours foudroyant. Sa mère restait sans fortune avec un fils et une fille. M. Dondey comptait plus de vingt-neuf ans de services au ministère des finances; il n'avait pas les trente ans et sa veuve n'avait droit à rien. Son fils était depuis dix-huit mois sornumérai/e au ministère ; on le nomma employé ; voilà sa destinée fixée à vingt et un ans.

C'était une assez triste entrée dans la vie pour cette nature romanesque ou romantique, comme on voudra l'appeler. Dans la situation étroite faite à sa mère et à sa sœur, son métier, qui était sa seule ressource, dérobait à l'art la plus grande partie de son temps, il ne se sentait pas d'ailleurs ce superflu de vie qui permet de se partager entre deux tâches, et pour ainsi dire entre deux existences : avec les apparences de la force, il n'avait pas la santé. Au dehors, le temps était fort sombre : l'émeute, l'insurrection, le choléra, qui Gt l'année 1832 si lugubre pour tous et si cruelle pour lui et les siens. Sa grande distraction était de songer ; il rêvait seul des rêves assez noirs; il rôvait aussi en compagnie, quoiqu'on ait dit que cela ne se peut pas. C'est ce qu'il faisait pourtant, ce me semble, dans ces réunions de jeunes hommes de l'art, dont il a fait le tableau en vers. C'est en 1833 que parut Fe» e( Flamme, par Phi-

htkie (fNeddy (anagramme de Théophile Doodey), an titre qu'il jeta pour ainsi dire au nez des gens, comme un drapeau et comme un épouvantail : épouvantai! pour mettre en déroute le vulgaire; drapeau pour rallier les résolus et les ardents. Le livre parut imprimé, et très-jolimeat imprimé, chez MM. Dondey-Dupré père et fils, l'oncle et le cou-^in de Doudey. Il y a un frontispice : une eau-forte de Cèles* tin Nanteuil, qui appartenait comme lui au cénacle romantique, et qui est mort un peu avant lui. Le volume est devenu très-rare, et à la vente des livres de Charles Asselineau, il a été poussé jusqu'à 300 francs'.

On peut distinguer aujourd'hui dans Feu et Flamme ce qui caractérise le temps et ce qui fait connaître Dondey lui-même. Pour le premier point, il faut voir surtout, avec la préface, la grande pièce

i. HH. Dondey-Dapré svaiont imprima son liire, mais Dondey tenait b dire que ces mesBïenrs ne l'aTaient pas édita i ■ Notez ce point-ci. Tous deux, hommes dé grand savoir d'ailleurs, eiécraienl le romantisiiie, surtout l'oncle, qui avait dans ritumear quelque chose de l'immortel Gillenormand. Ftv HFIamme n'a pas eu d'éditonr. II a dû faire son chemin tout seul, c'est-ï-dire qu'il ne l'a pas Tait du tout... FettttFlamrne o's Été tiré qu'à 300 exemplaires. > LtUrt à Charlet Asselintav (1803). Huit ans plus Urd, ayant su que H. Stanislas Dondey-Dnpré, petit-BU de son oncle, avait publié ■TenlSSfi*

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8 MOTICE.

qui ouvre le livre : Nuit prr.mière, Pandxmanium, 1833. — Il y a deux parties dans le volume: Nuits, au nombre de dis, et Mosaïque, en six fragments. — Ch. Asseliaeau, dans sa Bibliographie ronwmtique, s'est arrëlé à cette pièce, et elle ne pourra être négligée dans aucune histoire du romantisme. . La préface, avec cette épigraphe parodiée de Boileau :

Un auteur, Tront levé, dans sa Sère préface, Au public qu'il insulte a beau s'écrier : Placel...

commence ainsi :

t Assez longlemp?, immobile et les bras croisés sur le seuil de ma case de paria, j'ai contemplé, dans une oisive admiration, les adolescentes murailles de la Babel artistique el morale que l'élito des inlclligences de noire âge a entrepris d'édiGer,

un volume de nouvelles signé Oneddy Vitreuil, il se plaignait qu'on lui eût ainsi comme dérobé son anagiamme, et il écririUt que les Dondey, à cette époque, < n'étaient plus cousins du tout, n 11 ajoutait ; a Voir dans La Bruyère !o beau parallélisme : Il est riche... 11 est paurre. ■ — Un 1S33, Dondey dtait encore en bons rapports avec son oncle, et l'onclo ne pouTsit qu'être bienveillant envers son neveu, au moment où celui-ci venait de perdre son père. Cependant Dondey pays les trais d'impression de son livre, ou tout au moins, un à «ompte de SOO francs, dont le reçu s'«st conservé.

» Deyeoue, à ceUa heure, plus profonde, plus impériease, plus exaltée, ma sympathie m'ordoDoe de mêler un peu d'action à cette contemplation, d'aller me confondre dans la foule des travailleurs.

■ Donc, me voici : j'apporte aux gigantesques dalles une cbéiive poigcée de ciment.

> Ouvriers musculeus et forts, gardez-vous de repousser ma faible coopération; jamais vous n'aurez assez de bras pour l'érection d'une si grande œuvrel bt peut-être ne suis-je pas tout à fait indigne d'être nommé votre frère. — Comme vous, je méprise de toute la hauteur de mon ime l'ordre social et surtout l'ordre politique qui en est l'eicrêment; — comme vous, je me moque des anciennisles et de l'Académie; — comme* vous, je me pose incréduleet froiddevant la magniloquence et les oripeaux dsi religions de la terre; — comme vous, je n'ai de pieux élancements que vers la poésie, cette sœur jumelle de Dien, qui départ au monde physique la lumière, l'harraoDie et tes parfums; au monde moral, l'amour, l'intelligence et la volonté î •

Il est clair que cette prose ne pouvait être que la préface d'un volume de vers. De telles ambitions ne se déploient à l'aise qu'en s'enveloppaot du prestige d'une langue k part.

Pandiemonium est le tableau d'une assemblée de romantiques dans l'atelier de n Jehan, le statuaire h *.

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