Jean DnKignour. — i Le jeune statuaire avùt ipstalli
Au untre de la salle, autour d'une urne eu Ter, Digne émule en largeur des coupes de l'enrer. Dans laquelle uo beau punch, aux prismatiques Oammes, Semble un lac sulfureux qui fait bouler ses lames, Vingt jeunes hommes, tous artistes dans le cœur, La pipe ou le cigare aux lèvres, l'œil moqueur. Le temporal oroé du bonnet de Phrygie, En barbe jeune-France, en costume d'orgie, Sont pachalesquemeat jetés sur un amas De coussins dont maint siècle a troué le damas, Et le sombre atelier n'a pour tout éclairage Que la gerbe du punch, spiritueux mirage.
Et plus loin :*
Tout chez eux puissamment concourt à proclamer Qu'ils portent dans leurs seins des cojurs prompts (I s'armer De haine virulente et de pitié morose Contre la bourgeoisie et le Code et la prose; Des cœurs ne dépensant leur exalta^on Que pour deux vérités, l'art et la pafsioul
' Je ne transcrirai pas de nouveau la tirade déjà transcrite par Asselineau, où le chaos des propos
son atelier dans une boutique do fruitière, au coin de la rae Vau^rard, en face de cette fontaine représentant une nymphe
TfltOPfliLE GïimEii, Hiiloire du
échangés à travers le punch est comparé à celui d'une ville espagnole bouleversée par uD trembleméat de terre, qui mêle et confond ensemble les palais et les masures, les églises et les mauvais lieux. Ainsi se mêlent dans les discours l'idéal et te grossier, les traits de poésie et les jeun de mots cyniques ou bâtes. On parle des femmes, bien entendu ; on en parle sur tous les tons et dans tous les styles :
De la création La femme est à la fois l'opale et le haillon.
Puis de ce fond une voix se détache, et elle récite a des strophes de Victor ». Je dirai à ce propos que Dondey lui-même récitait les vers avec une votx chaude et pénétrante qui leur donnait tout leur elTet, et rendait les auditeurs également sympathiques au poëte et à lui-même. Après les vers du maître, quatre discours se font entendre. Le premier est de Reblo (Petrus Borel), puis Beblo ayant fini :
Après quelque silence, un visage mauresque Leva tragiquement sa pâleur pittoresque, Et, faisant osciller son regard de maudit Sur Te conventicule, avec douleur il dit : ... <
i. ■ Quand Philotiiée O'Neddy fréquentait la cave de Petrus ^ la boutique de Jeban... c'était un garfou qui oSnit cette
12 KOTICE.
Ce qu'il dit, c'est qu'il y a trop longtemps que le poëte marche courbé sous les gouvernements et sous les codes; mais ici il faut bien que je cite, même ce qui a été déjà cité :
Si, me jugeant très-digne, au fond de ma (ierté, De marcher ea detiors de la société.
Je plonge fans combat ma dague vengeresse An cou de l'insutleur de ma dame et maîtresse, Les sols, les vertueui, les niais m'appelleront Chacal... Tout d'une voix ils me décerneront Les honneurs de la Grève * ; et si les camarades Veulent pour mon salut faire des algarades, Bourgeois, sergents de ville et valets de bourreau Avec moi les cloùront au banc du tombereau... Ciel et terre t Est-ce que lee Ames de poëte N'auront pas quelque jour leur revanche complète? Longtemps â deux genoux le populaire effroi - A dit : Laissons passer la justice du roi. Ensuite on a crié, l'on crie encore : Place I La justice du peuple et de la raison passe.
particularité d'eire hititê de peau comme un mul&tre et d'avotr des cheveux blonds crêpés, toufTus, abondanta, comme un Scandinave; aa bouche était Torle, rouge et lenauelle, De cet ensemble résultùt une sorte de galbe africun, qui avait valu à Philothée le sobriquet d'Othello, s
Ta. Gadtiis, Histoire du romantismt.
1. On guillolinut encore alors solennellement , à quatre lieures aprèa-inldi, en place de Grète.
Est-ce qu'épris enOn d'un plus sublime amoar, L'homme régénéré ne criera pas un jour : Devant l'Art-Diea que tout pouvoir s'anéanligse , Le poêle s'en vient; place pour sa justice?
le passe les discours de Noël, l'architecte (Léon Clopet) et de doa José {Joseph Bouchardy). Ces discours s'achèvent au milieu des acclamations, et la pièce finit avec la soirée dans un étrange tapage : • Ce fut UD long cliaos de jurons, de boutades, De hurrahs, de tollés et de rodomontades, Dont les bruits jaillissant clairs, discordants et durj, Comme une mitraillade allaient cribler les murs I Et jusques au matin les damnés jeune-Frances Nagèrent dans un flux d'indicibles démences... Pareils k des chevaux sans mors ni cavalier, Tous hurlant et dansant dans le fauve atelier. Ainsi que des pensers d'audace et d'ironie Dans le crâne orageux d'un homme de génie !
Sortons dans la rue et respirons. 11 est certain qu'aujourd'hui, à la distance de plus de quarante ans, il est difficile de ne pas s'étonner en lisant ces choses. On comprend que Gh. Asselineau, en 1862, ait laissé échapper ce mot, que u dans ces haines excessives du vulgaire et du banal », il pouvait bien y avoir « beaucoup de ridicule »; mais Dondey lui répondait, fièrement et finement à la fois, en dé-
fendant' contre cet arrêt « ces bons jeunes gens » et luî-mâmè :
a Vous dites qu'ils étateol ridicules. Va tel root n'est applicable qu'à Jes sols. Pour des Tous, il faut se contenter du mol risMes. Par la mort-Dieu I c'étaient nos adversaires, les bourgeois et les diiffreurs, qui étaient ridicules >
Quant à la folie, qu'inavoué, c'est pour nous uu devoir de conscience de reconnaître qu'elle était alors épidémique ; que dans certains jours la plupart des tëles ne résistent pas à certains ébranlements ; qu'à c6té de la contagion romantique, il y eut la contagion saint-simooienne, et qu'elle atteignit jusqu'aux hommes qu'on soupçonnerait le moins aujourd'hui d'avoir pu être malades ; qu'enfin cette agitation a ouvert une des époques les plus fécondes pour l'esprit français. Si maintenant la jeunesse est plus sage, elle a acheté sa sagesse par de cruelles épreuves, et cette sagesse a besoin d'un grand effort pour n'être pas découragée, car elle sent peser sur eJle, au dehors et au dedans, des poids bien lourds.
Raisonnable ou déraisonnable, celui qui a écrit ces pages est évidemment quelqu'un qui sait faire des vers. Ici je laisse encore parler Théophile Gau-
■ Philothée eit un métrique, il rayonne bien le vers sur l'enclume, et quand il a puisé dins la forge l'alexaDdrin incandescent, il lui donne, ~u milieu d'une pluie d'ëliacelles, la forme qu'il désire, avec son opiniâtre et pesant marteau. S'il no s'était retiré si lot, il se serait lait assurément une place dans le bataillon sacré. Il avait cetle qualité rare en arl, la force. »
Je ne crois pas que personne, après avoir lu ces pages, refuse de souscrire à^ce jugement. Cherchons maintenant l'unie du poëte dans son œuvre.
Il y a une femme dans ses vers, et il n'y en a qu'une :
T..., non mystique émané d'un beau rêve, Nom vague, primitif, pur comme celui d'Eve, Nom créé par l'amour et créé pour moi seul, Dont je me souviendrai jusque dans le linceul '.
V... est mariée; mais qu'importe? Seloû le poëte, ce n'est pas le mari qui a des droits, c'est l'amanl. 11 le prouve par une pensée prise de Schiller', qui fait l'épigraphe et le thème de sa Nuit cinquième :
1. Fragment quatrième : fi mio tesoro. On verra plus loin que le nom complet est Vannioa, nom d'tdUeurs pnrement fictif, comme le troisième vers l'Indique aseei,
% DonCarloi, iv, 31.
t La douce harmonie qui dort dans la lyre apparlienlclle à celui qui l'a achetée, el qui la possède louL sourd qu'il esl? Il a acheté le droil de la mettre en pièces, mais non poinl l'art d'en tirer des sons divins, etc. »
On regrette seulement que dans la Nuit huitième (p. 80), il appuie sur cette situation avec des détails qui ne manquent pas seulement de pureté, mais de charme.
Quelques-uns de ses vers semblent exprimer l'amour heureux ; d'autres traduisent l'emportement de la passion mal satisfaite, la fougue des sens trompés, le tourment de désirs qu'il ne prétend apaiser que par l'amour :
Oh! je voudrais pouvoir m'aventurer daas l'ombre
De mon pRssé ',..
Cette note sombre est celle qui dans l'impression générale reste dominante. Comme poêle au moins, s'il se complaît dans des rêves de feu, ce ne sont que des rêves ; il tourne même volontiers la volupté