SCÈNE III
non BKEKKnS. Pandam
Quel silence I — Personne encor. — D'où vient celaî D'ordinaire, k cette heure — avant même, elle est là. — Allons, sols rranc, Brennus. Ingénument confesse. Que ce n'est pas l'amour, mais la peur qui te presse. L'absence de l'idolQ est ton moindre souci. Ton vrai déplaisir, c'est d'être tout seul ici. — 0 verg(%nel En effet, moi que partout l'on vante Comftie m brave — i présent Je connais l'épouvante. Je vais, préoccupé d'étranges visions
34» POÉSIES POSTUOUES.
Que je voudrais pouvoir traiter d'illusions. Par l'Enfer! qu'elles soient fausses ou'trop réelles. Sachons lutter, osons nous retourner contre elles. Toisons-les. Touchons- les, superbe et menaçant. Puisque nous nous sentons pressé, soyons pressant!
— Et d'abord, revoyons d'un œil lucide et mâle. Tout ce qui m'a troublé, tout ce qui m'a fait pfLle. Donc, cette nuii, j'arrive, et j'entends ce propos :
— « Le spectre du marquis, sorti de son repos, « Erre dans le manoir. On l'a vu. n La nouvelle. Comme un vol de hibou, m'offusque la cervelle. Mais bientôt mon vouleir, ma force', mon orgueil; Puis, du bonhomme Orco îa simplesse et l'accueil; Puis, l'entrain des ardeurs qu'à sa foi je confie; Tout cela me dégage et me revivifie.
J'avais repris enfin possession de mol... Quand soudain, m'accablant d'un monstrueux eïfrol. Le spectre signalé s'élance des ténèbres, Et contre moi se rue avec des cris funëbresl De terreur et d'horreur Je tombe enveloppé... Orco m'assiste, et dit : — Quel mal vous a frappé? — Lui, n'a rien entendu, rien vu. Calme, il m'Invite A chercher l'air du parc. J'y descends au plus vite.
L'aube se devinait au bord lointain du ciel. Parmi les fleurs flottait une brise de miel. Je marche. Mes esprits renaissent. Je respire. —Maître Orco dit-il vrai7 n'est-ce qu'un vain délire? Au surplus, ce fantôme, on peut le braver... Car, Ce n'est pas Rinaldo; non, ce n'est rien qu'Alvar! — Je m'assieds sous un arbre où court de feuille en feuille Un souffle parfumé. Ma raisou se recueille Et m'apaise. L'air pur annonce un jour si beau Qu'il fait céder et-fuir les afl^es du tombeau. • Délivré, reposé, jouissant de la trêve.
HIRANDA. Ml
J'oublie, et Je m*endors...
J'entre alors dans un rêve.
11 commence & ravir. Il est l'iieureux écho De mes vœux. Je me trouve, accompagné d'Orco, Près d'un lit où le ptomb d'un léthargique somme EnchalDe MIranda. Hon geste, au majordome Fait remarquer combieD propice est le moment. Son sourire animé dit son assentiment.
Déjà nous avancions pour enlever la belle. Qui gagnait en prestige à n'être point rebelle. Un pas de plus, un seul, et le coup s'achevait... Jeux d'oulre-tombe!... & droite, k gauche du chevet. Deux fantômes... ouii deux ! surgissent Tormidables, lluets...spectresjumeaux tout pareils, tout semblables) Ce n'est pa^ un Alvar, puis un Rinaldo. Non... Ce Bontdeux Rinaldol... Ma chair n'est que frisson... Je veux fuir... Mais je* sens que je deviens de pierre. Je veux fermer les yeux... C'est en vain ; ma paupière Se révolte béante. Orco — reflet spectral — Les bras croisés, affecte un sang-froid magistral. Le double revenant dont le pouvoir m'arrSte, A l'air d'être vivant, porte un habit de fête. Nulle blessure au cou. Nulle entaille au pourpoint. Chacun fait sentinelle, ceil Rxe, dague au poing. Cependant, Mintnda remue — et sur sa couche Se dresse lentement, sardonique, farouche. Elle tient un poignard, qui dans ses mains grandit Et que, vers mon front blême, elle allonge et brandit. Opco, le lâche Orco, d'une étreinte féroce He saisit — et m'amène, avec un atr atroce. Aux atteintes de fer de Miranda. Ce fer A plaisir me laboure, ainsi qu'un soc d'enfer!.. . Tandis que l'on m'Immole, — au fond le mur s'entr'ourre... Une autre vision It mes yeux se découvre...
312 POÉSIES POSTHDMES.
Cest le feu roi don Pèdre — oui, je le reconnais —
Qui préaide à la mort des assassins d'Inez.
Sur leur écharaud même, au grand soleil, il sîége,
n me regarde. Il rit de me voir pris au piège.
Avec l'autre supplice il savoure le mien;
Et, joyeux, à sa fille 11 crie : — Enfant, c'est bien !...
Ici, l'excès du songe en me brisant— m'éveille...
Or, sous l'avènement de l'aurore vermeille, Tout rayoqnait de grâce et de sérénité. Mais tout demeure noir en mon sein dévasté. Et je vague — et je traîne un horrib'e mal-étre... Seul dans ce lieu... Quelqu'un ne va-t-il pas paraftreî... Oppressé, haletant, la fièvre au .sang, hagard. Je n'ose, k mes côtés, hasarder un regard. Je tremble d'entrevoir, d'envisager dans i'ombre, Un sombre spectre à gauche — à droite un spectre sombre...
Bolà! Brennus, du cœur! Tul'as promis. — Les forts Bravent non-seulement les vivants, mais les morts, Tu leur céderais — toi, front d'airain, main rapide?... Çà, regarde à ta gauche, et d'un œil intrépide I Et, s'il se produit là quelque fantôme — eh bien. Pousse résolument droit à luil...
Il le Mon* *l lecarde sTM BU élan nieor, «t 11 ruU ilomié st titïihil d* ne pu lolr d'apparition.
Rien, non, rien.
— Chez moi, ce serait donc noire humeur, maladie, Trouble mental auquel Salerne remédie — Achevons. Regardons à droite maintenant.
— Riennonplus.— *
détagéf, in'il <*er{ofl 11180. ,
Mais... quevols-je7...0h!certean revenant Serait ifloinsmerveHleusl...quoil le joup, la lumière.
UIRANDA. H3
Rentrent dans ce palaist quoi I notre veuve altlëfe A bien pu l'ordonner? car, un tel changement Ne peut qu'être l'effet de son commandement. Alors, sans le savoir, sa douleur capitule. La nature tout bas réclame — et l'on recule. Cette bonne naturel A sa suite, on va loin. Alors, ^ur triompher, je n'aurais plus besoin, Ni de mon rapt, emprise un peu trop barbaresque, Ni du réveil magique en mon jardin raoresque, Tout se ferait de soi...
Enlrt la majSTJaoi».