‹ Poésies posthumesChapitre 119 sur 125 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Il a vingt ans & peine. Il vague par un sit« Plein de merveille— où toutle charme— où toutTescIte. Do aolell d'Orient. — Des cleux profonds et purs. L'éclat changeant d'un fleuve entre des bois obscurs. De grands blés d'or flottant sous des vignes fleuries. Une montagne augustei et de nobles prairies. Puis, des tertres de mousse et des buissons de fleurs. Des platanes groupés tout pleins d'oiseaux chanteurs. Puis, par les verts sentiers, les sylvestres arcades. Robes aux pans soyeux, galantes cavalcades. Malote embarcation féerique sur les eaux. Colombes dans l'azur. Nymphes dans les roseaux. Dbdb l'écho, sons de harpe et de flûte enchantée. Que relèvent au loin des clairons deTyrtée. Sur l'écorce des pins, distiques labgoureux. Sur les cimes, drapeaux et fanaux généreux. Et partout vie ardente, air saturé de sére; Partout rayon, nerveur, sourire, espoir sans trêve. Grand souffle olympien de lyrisme et d'amour.

Il aperçoit — non loin du plus beau carrefour

408 POÉSIES POSTHCUES.

De la forêt sonore, — à travers la ramure, — Un édifice où rëgae un incessaat murmure D'armes et de chevaux. Par moments, des piliers Il sort un flot brillant de jeunes chevaliers. C'est là qu'ils ont trouvé casque, épée et monture. Lui, superbe, à son tour veut tenter l'aventure. 11 lui faut un cheval, des armes. Pourquoi pas? . Il va pour aborder l'enceinte. — Au premier pas. Par derrière, une main surhumaine, invisible. Le prend, le tient, — et puis, le traîne, irrésistible, Dans un prochain fourré. Là, sur le frais gazon, Un cercueil s'offre, ouvert, vide. En cette prison, La main de fer le met vivant, l'étend, le couche. Et sur lui pose, ajuste, avec un soin farouche. Non un couvercle, mais un large et long drap noir. Qu'on dirait volontiers vain obstaci::, tt le voir. Mais qui réellement pèse plus qu'une pierre, Et dont les quatre coins s'enfoncent dans la terre Comme racine d'arbre. A son oreillQ, alors u — a Tu peux — dit une voix — t'épulser en efforts, ■ Dépenser la vigueur de ta mâle jeunesse, <lelle des ans futurs que le Destin te laisse. Aucun de tes fougueux sursauts ne parviendra A rejeter, ni même à remuer c^drap.

Tu ne quitteras plus cette étroite deme<ve. T'y voili prlsounier jusqu'à ta dernière heure. Et ne te tlatte pas d'y dormir I Dans tes sens, - Dans ton rœur, ton esprit, mille troubles puissants Mèneront aésormais des tempêtes de flamme. D'autre part, l'univers, perceptible.& ton âme. T'enverra tous les bruits, les retentissements De ses bisns, de ses maux, de ses événements ; Ses hymnes de triomphe et ses cris de désastre; Ses rumeurs quandselëveoulorsque tombe un astre...

PROLOGUK. M9

Et, dans toi, hors de toi, ce Tracas sans pareil. Saura comme Macbeth te sevrer de sommeil. La mort te viendra tard. Sans bonheur et sans crime Oo ae la tente guère. Elle est peu magnanime. Hésigne-tol. Tu tiens que le premier plaisir. C'est rêver. Eh blen'l rôve. On t'ea fait le loisir. »

I] souffre ea damné. Mais, quoique dans l'ombre, il garde Dn visage stoïque. Il sait qu'on le regarde. Cependant, avec doute, il promène sa main Sur son ciel de drap noir. Décisif examen 1 C'est du marbre, du roc. C'est un mur inHexible. ^L'écarter7 le trouer? Impossible! impossiblel ■ Çà, palpite en silence, 0 mon cœur furibond! Pourquoi, pourquoi sonner si fort i chaque bond? Kages, qui m'étrelgnez dans ces parois nocturnes. Dévorez-mot, c'est bien; mais soyez taciturnes. Allons, puisque la mort nous dédaigne, — vivons, Et puisqu'on nous défend d'agir, — hélas I rêvons. »

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