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PREMIÈRE VISION

Or, réclataat démoD des fières songeries L'emporta tout entier dana les chevaleries. Et noD pas seulemeat dans celles que revêt Le miracle, — où le conte et la Table ont tout fait, — Cbez qui, souple et divers, Tenthousiasme flotte Du seigneur Amadis au seigneur dqn Quichotte ; Mais dans celles encor que la réalité Anime, fait briller de toute sa clarté, Leur donnant ce cachet doublement méritoire, De valoir la légende et d'âtre de l'histoire.

Ainsi, du grand Roland 11 passe «u grand Barard, De Merlin l'enchanteur au charmeur Abilard. Le Cid et du Guesclln se partagent son âme. ' Pour Clorinde et pour Jeanne, il s'exalte, il s'enOamme. Le Vk\ Alclbiade et le beau Galsor.

Reluisent & ses yeux sur un même fond d'or. Les forêts de Dodone et de Broceltani^e, Athènes et Bagdad, Corinttae et Samarcande, A sa visite émue ouvrent tous leurs abris. Leurs caravansérails, leurs temples, leurs débris. Avec Jean Beaumanoir, pris de soif dévorante, Il boit son propre sang au dur combat des Trente. Puis, emmi les trois cents de Sparte — il est soudain. Entre Albe et Rome, 11 tient pour le troisième Albaln.

Contre Fiesque, parjure et félon, qui, de Gênes,

Sous couleur de salut, va rerorger les chaînes.

Il aide Verrioa dont le poignet de Ter

Abruptemeut fait choir le traître dans la mer.

Il guette vos lueurs dans les Panathénées,

Et vos éclairs au fort des ronl al nés journées,

Glaives d'Harmodius et d'AristogIton,

Poignards des deux Brutus, fer du libre CatonI

11 va, tout amoureux de tragiques trophées,

Des cryptes de Solime à la grotte des fées,

Du Sésame, ouvre-loi, se servant tant qu'il peut,

Et poussant à plaisir le saint cri : Dieu le veuit

En croupe de Tancrëde, aux champs de Palestine,

S'il chevauchect triomphe avec la croix latine,

Épris de Saladlo, Fémlr éblouissant.

Il entre plein d'hommage aux tentes du Crolssant-

Des vieux chrétiens d'Espagne U fôle le counage.

Tout en fraternisant avec l'Abencérage.

Hais toujours, sur les nefs des Turcs et des Rhodiens,

Il est contre Mahom, -~ toujours pour les chrétiens.

Il admire avec feu l'amant de Dulcinée,

Lorsque, Testoc au poing^l'àme déterminée.

Ce preux sublime, qui, de force, a fait ouvrir

La cage des lions, s'obstine & leur offrir

Le combat. Cette audace, aucuns la jugent folle... '

Mais elle lui parait mériter l'auréole

Autant que cet exploit de Pépin dit le Bref,

Qui, pour prouver aux siens qu'il est le meilleur chef,

Saute en un ^cirque, et là, sous sa hache affilée,

Fait rouler d'un lion la tôte échevelée.

Après s'être gaudi sur les pas fulgurants Du bataillon sacré des chevaliers errants; Aprèâ avoir goûté les Joutes triomphantes De ces purs zélateurs d'adorables Infantes ;

4lS POÉSIES POSTHUMES.

Quand 11 a bien béni ces justes et ces Torts, Pèlerins d'Idéal et redresseurs de torts; Après s'être ealvré de leurs tendres folies; Quand il a pris sa part de leurs mélancolies; Après qu'il est allé, dans leurs déserts, s'asseoir. Savourant leurs devis de l'aube, et ceux du soir; Lorsqu'il a, reflétant leurs pâles eOigies,- Redit leurs oraisons d'amour, leurs élégies; Après qu'il les a rus pourfendre dans sa tour Maint géant oppresseur des chaumes d'alentour; Et qu'il les a suivis, dans plus d'une caverne. Pour tuer des dragons et des monstres d'Averne; Quand, à travers i'iiorreur des noirs enchantements, U s'est bien ébloui des resplendissements De leurs armes de gloire exilant les vertiges. Et brisant, dissipant des mondes de prestiges;

ti.

Il lesqultte, et se mêle aux preux des temps nouveaux. Qui font, dans l'œuvre humain, de plus divins travaux, Qui les surpassent — comme, en céleste lumière, La seconde Solime effaga la première.

Comme on vit les chrétiens surpasser les Hébreux, Oh! les grands chevallersl les magnitiques preuxl Certe, ils ont bien placé leur foi, leurs vœux, leurs flammes. En prenant les couleurs des trois mystiques dunes Pouvant seules sauver la nef Humanité, Qu'on appelle Raison, Justice et Liberté !• Philosophes, savauts, penseurs, tribuns, poètes, Qu'ils sont beaux, défiant mages, docteurs, prophètes. Satrapes, rois et dieux I D'abord, sereins, courtois, lU, prétendent n'ouvrir que champs clos et tournois.

LBS VISIOKS D'On HORT VIVANT. 413

Où U vieille équité des lois clievaleresques Règle des passions les luttes gigantesques. Ab 1 rhODneurl -. L'autre camp déclare être au-dessus. Ceux-là, qui des héros se vaDtent d'être Issus, Ne se font pas scrupule, avec leurs adversaires, De combattre en félons, de traiter en faussaires. Dana l'Intérêt du ciel et de la royauté. Mentir, c'est piété; trahir, c'est loyauté. Quoll maudits, l'on vous donne entrés à des agapes. Et VOUS empoisonnez les coupes, fils de papesl Guerre à mort, maintenant ! L'on ne vous doit plus rien Qu'extermination. Pardieu, vous êtes bien Les neveux, les enfants des carnassières races. Les disciples mauvais des vieux cultes voracesl Donc, «rrlèrel Anathème et mine aux mangeurs D'hommes, de nations, de droits! Place aux vengeursl Lance en arrêt, chargez, mes paladins terriblesl Les vrais monstres sont Ik. Les autres,— bien qu'horribles. A cdté sembleraient des agneaux, des ramiers. Susl que leurs corps méchants fassent de bonaruraleral Tolci les v^ais géants. Les autres — dont la trace Efflràye encor — n'étaient géants que dans l'espace ; Eux, le sont & la fois dans l'espace et le temps. Hais, que vous fait cela? N'êtes-vous pas Titans? Nfl pétrissez-vous pas fer, granit, bronze et pierre? Re vous nommez-vous pas Mirabeau, Robespierre, Tergnlaud, Coadorcet, Saint-Just, Carnot, Danton? N'avez-vous pas pour vous, lù-haut, Brute et Caton ? Rasez les toursl Fauchez les monstrueuses tëtesl Hais... quel déchaînement d'eSt-oyablea tempêtes I Oleul robacurité vient. Le jour, comme H s'enfuit I Quelle nultl Quelle Immense et formidable auitl Atal ces invasions d'orage et de ténèbres. Des sorciers de l'autel sont les exploits funèbres. • »5.

Les aDclens enchanteurs, daas leur œuvre pervers, Pour agents et servants, n'avaient que les enfers; Plus puissants, les nouveaux, dans leurs noirs maléfices. En outre des enfers, ont les cieux pour complfcesl Par cette double force Ils ont pu se flatter Dé faire reculer — ou, du moios, d'arrêter —

' Des champions du droit l'assaut vaste et sublime. Cbimëre! Osant toujours, bravant même l'abfme. Devenus dans la nuit fanatiques et fous, Nos deml-dleux ne fout que redoubler leilrs coups. Malheur I Lutter sans voir, dans ce tourbillon sombrel Méconnaître les siens ! S'entretuer dans l'ombre!... Deuil éteroel I Frapper le juste et l'inuocentl... Ahl d'hypocrites pleurs ne souillez pas ce sang, Magesl Trêve d'emphase et de sensibteriel Oui, c'est épouvantable I Oui, ce sang fume et crie I Contre qui? Contre vous. Sa plainte ne poursuit Que ceux dont la noirceur, la h^ne, ont faif la nuit Mais, du sein des vapeurs sanglantes, les doctrines Surgiront dans l'éther, car elles sont divines. De réveil en épreuve et d'épreuve en rév«!l1,

. Lea brillants girondins, chevaliers du soleil, Les sombres montagnards, chevaliers de l'Érèbe, Tous régénérateurs de la souffrante plèbe, Doivent, dans l'équitable et logique avenir, Se réconcilier, se comprendre et s'unir.

Des cboCE de ce chaos terrible et grandiose. En regardant au loin, le songeur se repose. De ces preux pleins de Tondre II volt les écuyera iQui valent du vieux temps les meilleurs chevaliers), Pendant l'éruplion des centrales discordes,. Défendre la frontière, et repousser les hordes Des pauvres serfs trompés que la fourbe des rois Luce costre an pays qui pour tous veut des droits.

Beau groupe de yalllaots :']a plupart sans reproche,

Tous sans peur; l'excellent Marceau, l'aimable Hoche;

Le fulgurant Eléber, le rustique Augereau;

Et ce Corîolan futur, le grand Moreau ;

Desaix le -doux stoîque, et l'altier Bonaparte,

Qui plus taiyl. .. mais il semble encore enfant de Sparte.

Sur eux, point de tempête. Aucun nuage obscur.

Pas de nuit. Rien que jour, plein jour. Constant azur.

Age d'or de la France où sa loyale armée

Pour la liberté seule avait l'Ume enQamméel

Parmi les tr&s>grands cœurs, dont le zèle éperdu A la chevalerie ancienne est tout vendu, 11 en est contestant, repoussant la nouvelle, Méconnaissant l'éclat du beju qui s'y révèle. De lyrisme et de prose étrange accouplement I Fantaisie énergique, et mol entendementi Cest être virtuose, en négligeant d'être homme. Cest prAner l'astrologue et njer l'astronome. C'est fermer les deux yeux au progrès reconnu. Cest rester juif après que le Christ est venu.

Antiques paladins, preux de la nouvelle ère, Ensemble en un seul culte il faut qu'on vous enserre. Ainsi qu'en un seul tome on a mis sagement. Avec l'ancienne Loi, le Nouveau Testament. Grands illuminateurs quf vivez dans les flammes, Coupeurs des nœuds gordiens qui garrottent les âmes. Libérateurs, vengeurs, splendides justiciers. Destructeurs de faux dieux, de faux rois, de sorciers, Dès que l'on a hanté votre gloire superbe, Salué votre épée, applaudi votre verbe.

m POËSISS POSTâDHES.

Si voué que l'on soit au îorvage, à l'oubli, On devient haut et fier, on se sent anobli- A respirer votre air, on a (sublime leurre!) Comme un ressouvenir de vie antérieure,- Où l'on aurait aussi tonné, vengé, vaincu. L*àme est debout, contente et forte. On a /écu.

L'Impétueux songeur! comme en son triste gfte, Sous ces rêves de proie, il tressaille et s'agite 1 Comme il voudrait briser sa botte I Quel dégoflt. Quelle horreur 11 en a! Copime il blasphème toull... Mais il est bien tenu, bien gainé. Qu'il le sache. Eb I que le songe alors le reprenne — et lui cache Encor mieux son destin I

Mais voici qu'à défaut ' Du songe, le Réel, un spectacle qui vaut Cent beaux rêves, remplit, charme sa sombre veille.

Donc, un bruit colossal tout à coup l'émerveille. Un retentissement, une sonorité.

Plus Ilpre et plus terrible eu son intensité, Que, dans le noir concours des fêtes cinéraires, Tamtams et gongs lançant leurs strideurs funéraires. 11 se recueille — ardent à bien voir ce que c'est. De sa gatoe, Il peut tout percevoir, on le sait.

Par mainte rue et place, & travers la graad'f llle, Le p«uple — aucuns diraient la multitude vile — Marche, route, insurgé, sous une chaude nuit. Sous des nappes de lune; et ce monstrueux bruit. C'est son énorme souffle, haleine de fournaise. Poussant jusqu'à Phœbé l'immense Marseillaise. Fût-on l'anii des rois et des dieux du passé. Pour le droit populaire etlt-on le cœur glacé. Fît-on l'îndiirérent, le railleur, le sceptique. Pour peu qu'on. soit doué de la fibre esthétique, H faut, bon gré mal gré, s'émouvoir, palpiter. Sentir l'enthousiasme à son crâne monter, Avoir le poil raidi, vibrer, blêmir d'extase. Être lout pénétré d'un froid qui vous embrase. Lorsqu'on entend, l'on voit, non loin de son chemin, Sur un fougueux dèbord de l'océan humain. Se déployer géant, dans ses fureurs chorales. Cet hymne, qui fait choir trônas et cathédrales. Clameur à qui le ciel et l'enfer font écho! On croirait voir la scène apparue à Vasco, L'immense Adamastor, fantôme du tropique. Se dressant, s'étalant sur la tempête épiquel

L'émeute est formidable. Elle va, rangs serrés, Foule de suburbains, d'artistes, de lettrés, Sous des chefs désignés par les convenlicules Où vit r^me des grands montagnards, ces hercules. Ce qu'elle veutT L'État sans prêtres et sans rois.

L'équilibre absolu des devoirs et des droits;

L'égalité donnant des moissons sans ivraie;

Pour culte, la raison, le progrès immortel;

Pour temple, le cosmos, avec l'art pour autel;

L'entière guérison du dévorant ulcère

Qu'ils disent incurable, et qu'on nomme misère ;

L'exorcisme dompteur' du démon de la faim;

L'indissoluble accord du. travail et du pain ;

Et l'emprise (auiremeot qu'en discours, ô vergogne!)

De votre délivrance, Italie et Pologne!

Aux Tenétres, lis sont épiés des bourgeois. Comme une incursion de Jacques, d'albigeois. Leur foi, par les chlffreurs, les juifs, calomniée* Est des vieux libéraux l&chement ren^e.

Plus d'une cloche au loin frappe de sourds éclats L'air pur. Est-ce un tocsin de victoire? Est-ce un glasî Parfois, le vaste chant, qui sur eux se balance, S'interrompt, disparaît dans un vaste sltence. On n'entend plus alors que le piétinement Farouche, tourmeotê, du long rassemblement. L'œil citadin s'effare à dénombrer ces Jacques, Tour à tour a'enfonçant dans les ombres opaques Des' murs — et ressortant sous les vives clartés Que prodiguent d'en haut les rayons argentés. Flux d'apparitions également funèbres Dans la blanche lumière et les noires ténèbres.

Quelques succès d'abord. Des postes enlevés. De bons fusils conquis sonnant sur les pavé^.

LBS VISIONS D'UN MOBT VIVANT.

Un preste exhaossemect d'abruptes barricades, Écuells des cav^Uers. D'heureuses mousquetades. L'annonce que le peuple est maître dans Lyon. Le prélude grondant d'un réveil de lion. Ta revancbe espérée, 6 spectre de Lamarque !

Mats le roi-clto;en, llbérâtre monarque.

Trône encor dans su force. Une insurrection Ne saurait se parfaire en révolution.

L'armée est à lui, bien qu'il tourne au pacifique.' Il est l'amour, le dieu de la garde civique. Du maltûtier superbe à l'humble regrattier, ' Le négoce de France est en lui tout entier. II a sbires, sergents, mouchards, — horrible meute. Il peut entrer en chasse. Hourrah! sus ^ l'émeutel Chambre haute, en séancel Au fond de ta torpeur, Trouve de l'énergie à force d'avoir peuri

La troupe abonde. On a vidé chaque caserne. A bataillons épais, lentement on les cerne. Va-t-on les canonnerT On ne s'en peut tenir. Le programme de l'ordre est : qu'ii faut en finir. Donc, les voilà parqués dans leur réseau de rues. Pour eux, dorénavant, il n'est plus de recrues. Le contingent futur s'abstient ; il a compris Qu'en fait d'heure opportune on s'est encor mépris. Leur nombre et leur espoir se mettant à décroître, Us songent aux vaillants que naguère ton cloître, Antique Saint-Merry, vit tomber glorieux.

430 POÉSIES POSTHUUES.

Pour s'élever plus haut que des victorieux! Comme eux. Ils ue sont plus bientôt qu'une poignée, Au martyre exemplaire ardemment résignée. Le cercle des royaux se rétrécit. Leur feu, Sor les républicains, converge de tout lieu. Ceux-ci, dans un Instant vont manquer de cartouches. De fraternels adieux s'échappent de leurs bouches. La canonuade, ouverte avec acharnemeat, Les couvre d'un dernier et Uche écrasement. • Christ et peuple ! sur eux, fous, sauvages, féroces. Les vainqueurs font jouer baîonuetles et crosses. Tout D'est pas cependant litière Aux égorgeurs. Une part vous est faite, alguazils et jugeurs!

Bourgeois, gaudiasez- vous. C'est fini. Vordre règne. Insultez aux vaincus. Que rien ne vous contraigne. — Non. Ce D'est pas fini. Le livre et le journal Ne sont pas retournés t l'abîme iDferD^. La tribune est debout. L'ordre ue saurait vivre. Avec ces dissolvants : jouroal, tribune et livre. On en Oterait deux, le livre serait seul, 11 suffirait, vieux monde, à tisser ton linceul. D'arômes généreux l'atmosphère se charge. Une aube Immense au loin blanchit l'horizon large. La terre a, sous les pieds, des trépidatioDs. Les cœurs ont, sous les cieux, mille aspirations. Cette électricité iusqu'au soDgeur pénètre. 11 est triste et joyeux de sentir que doit oaltre Un alTraDchissehient dont il ne sera pas. D'un platonique amour, dans sou vivant trépas, 0 belle liberté, l'iLme amère, il t'adore!

D.3l.za..ïG00gli;

— Cependant, fl écoute II croit entendre encore

L'hymne des Marseillais sous terre, cette fois

Dans une profondeur assourdlssai^t les voix.

Que ces beaux groademeuts lui soient comme un orchestre

Aidant son ftme i fuir sur quelque cime alpestre,

A se rérugier dans l'espoir des grands jours,

A trouver l'Idéal, ce stoïque recours!

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