L'ANNEAU ENCHANTÉ
« D'exagérer enfin rexagératlon 1... » —
Tout beau, seigneur lecteur, caIme>toI, Je te priel
Ta crainte est sans raisoD ; sur mes alexandrins
Daigne attacher des jeux molnsdursetmolttscbagrliu;
Qs vont bourgeoisement, sans airs de seigneurie,
Sans se faire le char de quelque théorie.
Sans tambours triomphaux, sans clairons sonveraÎDS,
Abdiquant volontiers leur droit d'être rhapsodes;
Bien chez eux ne ressemble au grand faste des odei;
Nul somptueux manteau ne leur charge les relus.
Au reste, ne voulant doter ce péristyle Que d'un bref exposé de l'csuvre que voilà, ]e ne sais pas comment je pourrais trouver là Hotif à bruit pompeux de donnée et de style, Matière à monument; car, 11 n'est question Que d'une fable, hélasl bien Mvole et futlte, Que d'un humble roman dont la narration Le dispute en folle & sa conception.
Ah I si c'était, lecteur, un de ces romans graves, Soldats de la Justice et de la Vérité, Dont l'éloquence lime avec ténacité Les préjugés d'airain, les antiques entraves, Qui garrottent le corps de la société, — Un de ces grands romans qu'on dit humanitaires. Penseurs, néo-chrétiens, moraux, utilitaires; SI c'était un de ceux dont le culte savant. Des gothiques tombeaux nous déchiffrant les dalles. Ressuscite les mœurs et la fol féodales. Le blason, le missel, la dague, les sandales, Le moine, le seigneur, le cbftteau, le couvent^ Si c'était un de ceux qui, d'un œil sympathique, 5'évertuant & lire au livre énigmalique Des deux sphinx qu'on appelle et la léte et le coevr, Teolent faire aux bourgeois godter le ; enr« tnlims.
(Ce pauvre genre auquel les reullletons en chœur Naguère ont refusé l'honneur de leur estime); — Tu pourrais craindre alors qu'orgueilleux préfacier, Posasse me construire un portique princier!
Hais non; que ton esprit nullement ne s'effare; Je ne peux ni ne veux entonner de fanfare, Mon conte n'ayant pas d'autre prétention. Dans son étrangeté que le bon sens condamne. Que celle de paraître, à l'instar de Peau tCâne, Due chose amusante en fait de fiction.
Oui, mon but, mon dessein, mon vœu, c'est qu'il amuse: D'aucun autre souci je n'ai troublé ma Muse ; Ifodeste, j'ai voulu donner tout simplement Aux MiUe et une Nuit» un bout de supplément. Donc, c'est une Insolite et fantasque épopée; Cest, — en pleine chimère, — une franche équipée. Une œuvre invraisemblable, un essor turbulent. Une course au clocher, sans cordeau, sans balustre... Puisse au moins quelque peu de verve et de talent Sur le style et la forme avoir jeté du lustre I
Or, si mon jugement faisait loi, —je dirais Qu'en fait d'art fabuleux et de système épique. On doit trouver cent fols, mille fois plus d'attraits A la course au clocher qu'à la course olympique; Qu'il faut un bras plus ferme et de plus sûrs jarrets, Qu'il faut être doué d'un cœur plus impavide Pour lancer son cheval au profond des forêts, A travers les rochers ceints d'un brouillard livide. Par delà les buissons, par delà les guêrets. Aux bords étroits, glissants d'un précipice avide, Et parmi les hasards, les pièges d'un marais, — Que pour faire voler un char dans la carrière, Sur l'arène aplanie, au long de la t)arrlère. — Et je crois que mon dire en sa témérité
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De mes contemporains serait assez goûté ;
Surtout des jeunes fils qu'on voit par myriade
Parodier l'humeur du fol Alcîbiade.
fJe devrais m'arrâter : ce propos devient long.
Pourtant mon dernier mot, Tai-je dit7 Vraiment non
Je me confesse à toi, sire lecteur, mon maître.
Je ne t'ai pas parlé très-franchement peut-être
Quand je t'ai déclaré, d'un ^r victorieux,
Que le livre présent n'a rien de sérieux. A travers son parlage aux recherches frivoles, Sous ses légèretés, d'ailleurs point malévoles, Quelques traits, je l'avoue, éclatent par moments De généreux pensers et de fiers sentiments. On y sent résider quelque mélancolie ; Quelque raison remue au fond de sa folle. Parmi ses riens moqueurs volontiers se fait jour Le langage sacré du véritable amour.
Les plis capricieux de sa robe moresque Couvrent les battements d'un chœur chevaleresque. Du moins (car je dois âtre un peu plus humble ici). J'ai fait tous mes efforts pour qu'il en filt ainsi. J'ai voulu, j'ai t&ché qu'une idéale flamme Pénétr&t dans ce conte et lui fit comme une âme. Petit livre, à quoi bon tout ce bruit et ce feu ? Pourqu<ri tant marchander ta vie, 6 petit livre f Lorsque je sais, hélas ! que tu vivras si peu I Lorsque je ne sais pas même si tu dois vivrel Les prélats, le; docteurs de nos grands feuilletons. Te voudront-ils admettre à leur bénin baptême î Où sont, pour t'y mener, tes parrains, tes patrons 7 S'il te faut t'en passor, tu seras anathème I Étouffé de silence... ou lapidé d'affronts I
0 mon pauvre canot, si tu n'as pas d'étoiles Crois-en de ma raison le pronostic amer
Jamais tu ne pourras, avec ta faible voile. De la publicité gagner ta haute mer.
A peine est-Il sensé d'entrevoir l'espérance Que les préfets du port, émus de tolérance. Te permettront, chétlf, de séjourner deux Jours Sans craindre des rivaux la jalouse algarade. Parmi les canotins dont l'immense concours Incessamment encombre et voile anx yeux la rade.
DD ROUAN nE L ANNEAU.
11 est un rêve d'or qui parfois me console De roubli qui t'attend, 0 ma fable frivole I De l'oubli sans réveil où tu seras demain. —
C'est par un soir d'été, aous le beau ciel romain. J'avise, dans l'éden d'une villa de marbre. Une dame et son page assis a.a pied d'un arbre. Le page, à la faveur des derniers feux du jour, Vient de lire à sa fée, à sa dame d'amour. Ce conte où j'ai p8;lé d'amour et de féerie. Tous les deux, l'àme émne et la voix attendrie. De leur assentiment me prodiguent l'honneur. On a tant d'Indulgence aux sphères du bonheur!
Quand ils ont bien fêté, bien béni le poète, Une extase les prend — lumineuse et muette — Dans laquelle l'amante — au doigt du fier amant Qui triomphe à genoux — passe un anneau charmant.
L ANNEAD ENCHANTÉ. SIT
Pats entre eux sMnterpoae une flamme, nu mj§tère. Flamme qu'il faut voiler, mystère qu'il faut taire... Comme on voile les dieux, comme on tait leurs grandeurs, Car la Huse et te Prêtre ont tes mâmes pudeurs.
Puis le nnage tombe — et le couple se lève...
, ilespiraat des grands bols la balsamique sève, lis marchent au hasard par tes sentiers ombreux. A travers le réseau des taillis ténébreux. Au bord de l'horizon la lune, qui se penche, Les veille et leur sourit comme une dame blanche. Enlacés l'un i. l'autre. Ils vont légèrement... Tels que deux séraphins qui — daignant un moment Fouler notre humble sol — sentent toujours leurs ailes. Leurs jeux à chaque Instant croisent leurs étincelles. Volontiers — de sa voix d'azur — la Marchesa Brode un motif de Webre ou de Cimarosa... iLa voilà qui se tait, bienheureuse d'entendre lie page qui lui dit ce fonnet grave et tendre :
< Je possède un anneau dont l'or, divin miroir, ^ Absorbe ma pensée et mon cœur et mon Ame. • C'est un beau talisman de sympathique flamme -• Que je tiens de l'amour d'une fée & l'œil noir.
« Je possède un anneau dont le chaste pouvoir ■ Rend laide & mes regards toute autre que ma dame « Et fait qu^elle h son tour pour moi seule étant femme « Mes seuls embrassements la peuvent émouvoir.
< Je possède un anneau dont la sainte féerie,
< De mes songes d'amour et de chevalerie,
< A su réaliser tout l'Idéal orgueil.
tl8 POÉSIES POSTHDHES.
■ Je possède un &nae&u1...— Si l'on vient me le prendre, ( Quand je serai coucha dans la nuit du cercueil,
■ Je ressusciterai pour me le faire rendre I ■
TROIS ÉLÉGIES
TROIS ÉLÉGIES