‹ Poésies posthumesChapitre 66 sur 125 · FRAGMENT MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

FRAGMENT MOYEN-AGE

Nous.étions tout un peuple — un jour & l'abbaye

De Saint-Or, par qui Rome est si bien obéie.

Là nos chefs et barons nous avaient rassemblés

Pour mettre le salut des vignes et dés blés

Sous la protection de la douce madone.

On chantait la grand'messe, et — que Dieu me pardonne —

On était au moment de l'élévation.

La foule, prosternée en adoration.

Sentait passer, de joie et de respect transie.

Sur ses fronts qui pliaient le sonffie du Messie.

Deux hommes, cependant, deux membres de ce chœur.

Quoique présents de corps, étaient absents de cœur.

Lepremier, c'était mol, le ^cond, lui —le traître...

Or, te secret penser qui dédoublait mon être,

C'était un vouloir &pre, un besoin singulier

D'espionner la foi du dévot templier;

De surprendre en son geste, en ses traits — quelque signe

Qui vint justifier la répugnance Insigne Que pour lui, dès longtemps, sans démêler pourquoi, Hon esprit étonné ressentait malgré sol. Donc, pendant que sur nous planait la sainte hostie. Je tenais du regard sa personne investie... Très à loisir vraiment, grftce Ji l'humble malatien Que présentait alors chaque front de chrétien. Je le vis qui riait, d'un rire de bohème, ' Sur un livre qui n*est que luxure et blasphème. Dont l'auteur est Pétrone, un vieux rlbaud romain? Ce tome remplaçait le bréviaire en sa main. Dites ; comprenez-vous l'horreur d'un tel cynlsmet Sous le toit de Jésus fêter le paganisme! Et caresser, devant l'agneau de chasteté, Abominablement le bouc d'impuretél

Quel sacrilège!... & quoi pensait donc le tonnerre De garder dans la nue un repos débonnaire!...

Ce nouveau déicide en mon entendement •

Causa tant de tumulte et d'épouvantement,

Que je ne voulus pas prendre sur moi d'en fklr»

La révélation. J'allai, touchant l'affaire.

Consulter un abbé, docteur et proresseur,

Lequel à cette époque était mon confesseur.

Il ne fut pas d'avis de rompre le silence.

— B Laissez Dieu punir seul sa païenne insolence. »

Ue dit-il : « Ce n'est pas à l'iomme k venger Dieu. ■

< Âh ! si d'autres témoins que vous, dans le saint lieu,

• Avalent vu — si le crime eût engendré scandale —

■ Nul doute que, malgré sa grandeur féodale,

a Malgré sa qualité d'Illustre chevalier

Page 1