Ailleurs jl dËSuit Dieu a le moi de l'inliDi n
de faire précisément à leur maaière ce qu'ils reprochent à la théologie :
Aussi haut que la foi, votre négation Proclame l'homme roi de Iq créalionf
Edûd il tranche avec un sarcasme :
Le mystique est un fou, le nihiliste un sot!
Après tout, ce qui domine dans sa dociriae, et on doit s'y attendre de la part d'uu poëte, ce n'est pas précisément l'argumentation ; ce sont les réclamations pressantes de l'imagination et de la passion, qui se croient blessées. Il lui semble que le pur rationalisme attente d'abord à soa amour, à cet amour qui était déjà saint à ses yeux quand il l'était le moins aux yeux des autres, et qui a maintenant la consécration de la mort. Il se sent offensé dans son élan vers l'idéal, dans sa foi en la liberté et en la vertu. Il demande compte aux néantins, comme il se platt à appeler ses adversaires, de tout ce qu'il y a de grand dans la vie ; il leur reproche d'en faire un sacriGce au néant.
Cet autre dieu jaloux ;
puis, tout à coup, par un mouvement d'esprit bien périlleux, il se met à défendre, que dis-je? à exal-
ter, uoQ plus le spiritualisme seulement, mais tout soDge, toute illusion, toute chimère. 11 en appelle aux fantaisies de Platon, aux visions de Jeanne d'Arc, aux utopies de la Convention, à la dévotion de l'Amérique du riord, combattant contre le Sud avec des jeûnes et des prières, au romantisme des poètes allemands après 1813 ; il demande si tout cela n'a pas enfanté de grandes choses, et apostrophant ces illustres enthousiastes de l'histoire :
0 régénérateurs! qu'importe si ces Oammes Viennent directement du foyer de vos âmes, Ou, comme le prétend votre modeste orgueil, Partent de l'infini, notre éternel écueil f
Ou voit qu'une pareille défense du mysticisme est terriblement sceptique. 11 est très-vrai d'ailleurs historiquement que l'humanité étant plongée depuis tant de siècles dans la foi, l'enthousiasme ne s'y est guère montré sans l'accompagnement du rêve; mais qui doute aujourd'hui que ces deux éléments ae puissent se séparer, et que la raison la plus ferme ne puisse avoir ses héros et ses martyrs?
11 me parait bien qu'au temps où il écrivait ce morceau, plein de chaleur morale, sinon précisément de poésie, lui-même se sentait entraîné vers le doute. 11 venait de lire précisément à cette date
uD morceau de Prevost-Paradol, que ceux qui l'ont lu n'ont" pas oublié. La philosophie y était représentée comme un parc magnifique, où le sage se promène, les yeux enchantés par des vues ravissantes et des perspectives qui d'abord semblent infinies; mais tout à coup, au détour d'une allée, il retrouve le mur dont le parc est Impitoyablemnnt fermé partout. Dondey a été saisi comme tout le monde par cette image, mais ce qui lui reste de foi résiste à ce qu'elle a de décourageant. Il ne recule pas devant l'obstacle infranchissable; il demeure au pied de la muraille,
Toujours la regardant, comme si son regard La pouvait à la fia trouer de part en part... Et, l'âme invulnérable au rire, à l'aDathèine, Produisant, défaisant, reraisant maint système ; Lesquels mis bout à bout ne sauraient (c'est pitié 1 ) De la hauteur du mur atteindre la moitié.
Il rêve obstinément : il rêve des échelles pour escalader la muraille; des ailes pour s'envoler au delà; mais quoi! s'envolerl si au delà il n'y avait rien.
Rien qu'une immense mer de lénèbres...
n'hésiterait-il pas à ouvrir ses ailesî 11 n'hésiterait
pas; il les déploierait, même à travers la nuit et le vide ;
Oui, mon vot dans l'espace irait éperdùment;
et il ne pourrait s'empêcher d'espérer que quelque part, si haut ou si bas que ce fût, il rencontrerait euQn la lumière.
Ainsi donc, jusqu'à ce moment, l'espérance au moins, sinon la foi, avait le dessus dans son âme; mais tout à coup cela change, et le scepticisme, si longtemps repoussé, l'envahit. Ou plutôt le scepticisme est si peu selon sa nature, qu'il ne fait, à vrai dh'e, que remplacer une foi par une autre, l'optimisme par le pessimisme ; il dira à peu près comme Proudhon : Dieu, c'est le mal,
Et l'athéisme alors l'ineffable ironie!
Devient une doctrine attrayante et bénie;
et plus loin :
Un grand fait se remarque au destin des empires, Celui-ci, que les plus longs règnes sont les pires; Alors cet univers est à jamais maudit ; Son monarque ayant nom l'Ëlernel, tout est dit.
C'est là qu'il jette en passant ces huit vers, d'un si bon tour :
Qu'est-ce? un brarapologne : il est le qui m'obsàde ; Il ricane, il m'excile à le rimer : je cède. Un jour certain dervis rencontre au coin d'un boia Des marmols se battant pour quelques las de noii. « Enrants, dit-il, vos parts, je puis les faire comme Dieu môme les ferait; voulez-vousî~0ui, saint hommel Oui 1 dit la bande. » -- Alors il donna bel et bien Tout au plus petit nombre, au plus grand nombre rien ■.
Il revient alors sur les actes de foi qu'il proférait jadis si ûëremeot, pour les rétracter et les
effacer :
Je ne ^ais, mais ce soir ma muse est peu pressée De crier : L'absolu, frères, c'est la Pensée*!
Et cette formule de DescartGS, à laquelle il s'était confié, que contient-elle?
Le doute et la souffrance :
Je souffre, donc je suis; je doute, donc je pen!e... Alors, oui, c'est blal, de toute éternité. Quelque chose a souffert, quelque chose a douté. Logique, allons, tais-loi ; la fièvre me déroule : Non, l'Absolu n'est pas la souffrance et le doute.
1. Le mËme apologue a litù rais en vers par M. Eugène Uanuel {Poeints popuiairts, 1S72, p. 314).
9. Il l'aviit dit dans un dea pruniers Tragmcnts des Vtlliiiit.
Et à propos du cri de Pascal : « Le silence absolu de ces espaces inflnis m'effraye n :
0 lerreurl l'Absolu, c'est peut-être la nuiti
Voici eoGn, dans des vers que je citerai tout entiers, le deroier mot de sa douloureuse philosophie ! ,
Quand j'abordais, jeune homme, avec un sombre zèle,
La question de vie ou de mort élernelle.
De la mort, du néant mon cœur épouvanté,
A tout prix réclamait une immorlalité.
Cesser d'étro à jamais me semblait plus terrible
Que toujours exister dans quelque sphère horrible :
Alors je n'avais pas encore assez souffert
Pour savoir préférer le néant à l'enrer.
J'ai vécu ; sort d'esclave, espérances dupées.
Lâchetés, vils dédains, chères âmes frappées,
L'horameinfâmeauihonneurs.l'hommejuste aux mépris,
Tout cela m'a changé r maintenant j'ai compris.
Aussi je cède, imbu d'affaissement farouche;
Dans un coin, comme un chien flagellé, je ma couche,
Etje dis dans mon coËur, dans ma chair, dans mes os:
Rien n'est plus savoureux qu'un éternel reposi
Ni ces impressions, ni ces images, ne lui étaient en réalité aussi nouvelles qu'il l'a cru en écrivant ces vers. H retombait, sans s'en apercevoir, sur les mêmes idées noires qui fimestent déjà Feu et
Flamme, Il sent toujours de méiâe, mais il s'enfonce maintenant jusqu'au fond et pour jamais dans les pensées qui alors traversaient seulement son ciel comme des nuages sombres. Autrefois son désespoir était en dehors de sa philosophie et en désaccord avec elle; il est devenu sa philosophie même. 11 avait reçu le coup, si je ne me trompe, A^ Poisies philosophiques de M"" Ackermaun, qui n'avaient pas encore paru réunies, mais qui arrivaient jusqu'à lui, une à une, et qui le troublaient et le saisissaient dans leur beauté, comme elles ont saisi plus tard un public distrait pourtant par les plus cruelles préoccupations politiques.
D'ailleurs on sent passer à cette date dans ses vers reCTro) de la maladie déchaînée et de la mort qui approche ;
Quoi I mâmo encor tu vas, tu marchee, tu regardes? Moilié sourd, presque aveugle, ainsi tu te hasardes? L'abtme est là pourtant; la vague vient toucher Mugissante ton pied qui commence à broncher.
C'est là qu'il a placé, sous le titre à'Èpisode, un morceau en trente sixains, imité d'une pièce de Schiller 1 l'Image voilée de Sais (1795). Cette image est celle d'Isis; la déesseseulepeutsoulever son voile pour se montrer telle qu'elle est; nul autre ne doit
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avoir cette audace, CepeodaDt un jeune homme a pénétré dans le sanctuaire, et il a levé le voile divin. On le trouve abattu aux pieds de la statue; il vît, mais il est comme anéanti; aucune parole ne sort do sa bouche ; il languit sous le poids d'une tristesse profonde, et ne larde pas à mourir. Malheur, dit le poète en terminant, à qui va à la vérité par une voie coupable ! » Dondey retranche cette respectueuse réserve, son thème est simplement : Malheur à qui voit la vérité 1 11 a d'ailleurs beaucoup amplifié l'original, et il s'en excuse en flnissant:
Va, ae m'accuse pas d'avoir cru faire mieux: J'ai voulu seulement, triste, malade et vieux. D'un long rhylhme bercer mon cœur sevré des cieux.
Les quatre pages qui restent encore des Velléités philosophiques sont pénétrées de scepticisme d'une part, de pessimisme de l'autre. Ce scepticisme s'attaque même à la physique, comme celui de Montaigne; le poète demande si on est bien sOr que la terre soit ronde : c'est en revenir à l'antiquité et aux Academica de Cicéron,
Leg savants, il est vrai, dans leurs calculs sublimes, Sont tous tombés d'accord, demeurent unanimes; Si cela ne prouvait, ô désolation I Qu'une conformité d'hallucination T
Et qui esH;e qui parle aiosi? ce sont les sages, si nous l'en croyons : '
Et les sages disaient...
C'est par ces mots que le fragmeot commençait, et il se termiDe par ces quatre vers :
Ce qui restait de jour de plus en plus bai^Jt ; Autour d'eux l'horizon partout se noircissait, Et, comme dit un vers latin riche de nombre. Ils allaient en aveugle en pleine nuit par l'ombre*.
L'œuvre est couronnée par un sonnet désespéré que je donne tout entier :
Or qu'est-ce que le Vrai î Le Vrai, c'est le malheur ; Il soufiQe, et l'heur vaincu s'éteint, vaine s[^>arence: Ses pourvoyeurs constants, le désir, l'espérance, Sous leur flamme nous font mûrir pour la douleur.
Le Vrai, c'est l'incertain ; le Vrai, c'est l'ignorance; C'est le lAtonnement dans l'ombre et dans l'erreur; C'est un concert de fêle avac un fond d'horreur; C'est le neutre, l'oubli, le froid, l'indifTérence.
C'est le pauvre insulté jusque dans sa vertu ; C'est au pied des tyrans l'homme libre abattu ; C'est d'un amour trahi l'angoisse inexprimable.