‹ Poésies posthumesChapitre 7 sur 125 · I.amort le viendra tard; sans benhenr et sang crime · texte numérisé non relu

I.amort le viendra tard; sans benhenr et sang crime

On De la lente guère ; elle est peu magnanime. Résigne-loi : tu tiens que le premier plaisir. C'est râver; eh bieni rêve; on t'en fait le loisir.

Il ne peut croire cependant à sa destinée; il ne peut s'empêcher de promener sa raain sur le drap fatal; mais quoi?

C'est du marbre, du roc; c'est un raur ioflesible : L'éccrter? îe trouerT impossible, Impossible!... Allons, puisque la mort nous dédaigne, vivons, Et puisqu'on nous défend d'agir, hélasl rêvons.

Suivent donc ses rêves, partagés en deux visions : celle des Vertus et celle de l'Amour.

La première a deux tableaux; car il y a les vertus du passé et celles du présent et de l'avenir ; les vertus de la chevalerie et celles de la démocratie et de la libre pensée; les héros des croisades et ceux de la Révolution ;

Antiques paladins, preui de la nouvelle ère. Ensemble en un seul culte il faut qu'on vous enserre... Libérateurs, vengeurs, splendides justiciers, Destructeurs de faux dieux, do faux rois, de sorciers : Dès que l'on a hanté votre gloire superbe, Salué voire épée, applaudi votre verbe, Si voué que l'on soit au servage, à l'oubli. On devient haut et ûer, on se sent anobli;

A respirer votre air, on a [sublime leurre I ) Comme un ressouvenir de vie antérieure.

Où l'on aurait aussi tonné, vengé, vaincu; L'Ame est debout, contente et toile. On a vécu.

A la suite de cette vision, il place sous ce tilre : Inlermide, un spectacle qui n'est plus un rave, ditil, mais une réalité traversant le rêve. C'est une insurrection démocratique, à la fois formidable et avortée (celle de 183/i, sous Louis-Philippe), à laquelle il s'associe sans que son esprit paraisse atteint d'aucune hésitation, ni d'aucun scrupule. Elle avait commencé au chant éclatant de la Marseiilaise, et à la Un, quand tout s'est tft, son oreille entend encore ce chant.

Sous terre ccito fois !

Et ce murmure d'en bas berce son âme, qui continue d'attendre le jour de la victoire du peuple. La scène se passe sous le gouvernement de Juillet, mais évidemment c'est contre l'Empire qu'il l'évoque.

La seconde vision, celle de l'Amour, n'est qu'une revue de toutes les belles amours de l'histoire, de la poésie et du roman ; j'entends tes amours brûlantes et abandonnées, car pour les idylles paisibles et pures à la façon de l'Àsirée, il leur accorde seulement l'hommage de quelques vers :

Mais un 6)3 de René sous vos taëlres épais

Ne peut languir lonRlemps : bergers, souffrez en paix.

Ce n'est pas là ce qu'il veut chanter, mais bien

Ces effluves de feu Par qui l'on est démon, satyre, ange, tuunme et dieu 1

il est toujours le poëte de feu et Flamme.

Tour à tour passent sons ses yeux les belles Asiatiques, les belles Grecques, les belles Romaines; puis, au moyen âge, HéloTse,la dame de Fayel, Inez de Castro, Françoise de Rimini, la princesse de Clëves, la religieuse portugaise, la Julie de Rousseau, la Virginie de Bernardin, l'Âtala de Chateaubriand, son Amélie, la Delphine de M°" de Staël, et enfin Manon Lescaulc, à l'heure de la charrette ignominieuse et de la mort. EnGn, par-dessus le monument qu'il leur consacre, il élève en douze vers ce qu'il appelle une coupole, où il inscrit les grands noms H de quatre demi-dieux n : Dante, Pétrarque, Michel-Ange et le Tasse. Les deux visions ensemble, celle de l'héroïsme et celle de la passion (avec l'In~ termède entre les deux) sont si pressées qu'elles se réduisent, pour aiusi parler, à des résumés de poésie. Tout cela tient en moins de cii^q cents vers. Je ne sais si le génie même de Victor Hugo aurait pu

porter le poids d'une telle œuvre ; Dondey, à cette date, n'a pas suffi à cet effort. Ce poëme n'est guère qu'un témoignage des idées dont son imagination se nourrissait et de la passion avec laquelle il les embrassait toujours; mais il laisse tomber ses vers; il n'a plus la force de manier l'outil avec lequel il les forgeait autrefois. La maladie qui couvait en lui alourdissait déjà son sang et sa verve.

En 1863, il reprit sous un autre litre : le Cul-de- Jolie, le thème du mort vivant, sans prétendre cette fois à construire sur ce thème toute une Légende des siècles. 11 retrouva alors tout son talent ; mais avant d'arriver à cette pièce, je parlerai des Velléités philosophiques*.

C'est une série de pensées en vers : elles n'ont point de dates. Il y a un morceau où il est parlé du dévouement de la guerre de sécession aux Élats- Unis, et qui ainsi est daté de 1865. Dans ces pièces, il n'a demandé au vers ni musique ni images, mais seulement cette forme arrêtée qui en pressant la pensée l'enfonce dans l'esprit. Il fait à dessein de la prose mesurée et rimé».

Quant au fond, les Velléités philosophiques relèvent de deux inspirations fort différentes. Les cin-

1. VtUéitif philoiophiquts, par Auguîtc-Harie Doudef de SuiteD)', docteur gallican,

quante-deux premières pages du manuscrit, qui en a soixante-douze, sont franchement spiritualistes. Doadey a gardé jusqu'à près de soixante ans la foi de sa jeunesse (je ne dis pas de son enfance) : après avoir cessé d'être chrétien, il demeura religieux, et non-seulement religieux, mais mystique, mais superstitieux quelquefois ; ce n'est pas moi qui le dis, c'est lui-même. Il est vrai que c'est dans un sonnet amoureux, et qu'en amour on peut laisser aller l'imagination'. Un autre sonnet, intitulé Trouble mental, en dit plus peut-êlre :

Il est, le croiriez- vous? des dates et des nombres Dont l'aspect me saisit d'un épouvantement; Que ma raison railleuse attaque- vainement. C'est une impression pareille aux terreurs sombres

Que le pâtre attardé proche de saints décombres Éprouve quand il voit, on croit voir foDemeni, Devers lui défiler et glisser lentement Des groupes vaporeux de fantâmes et d'ombres.

Un cafard me dirait : C'est le dieu des chrétiens, Qui fâché de l'entendre en argutêur impie D'incrédules propos semer tes enireliens,

1. Le Bonnet est intitulé Superstition; il s'sgit de celle riu nombre treize, et voici le dernier tercet i

Et voulant, esprit Tort, que ton orgueil s'eipie, Donne ainsi pour esclave à tant d'absurdités

Ta créance, rebelle aux saintes vérités!

Cependaat il n'était pas superstitieux tous les jours, mais il était croyant (croyant à un Dieu), et il voulait l'être. 11 adressait à celle à qui il parle dans les Tablettes amoureuses une véritable profes-sion de foi. Il lui disait :

Ainsi je t'ai juré que mon philosopbisme

Ne pousserait jamais jusques à l'atliéisine... etc.

Mais elle se déûe ; elle craiat qu'il ne tienne pas sa promesse : il la tiendra, et ce ne sera pas seulement par Gdélité :

Dès longtemps de ma Toi ce grand principe ost maître, Qu'une âme immense emplit l'infiniié de l'être; Que tout pense, tout corps, toute forme, tout lieu ; Que Dieu renferme tout, que tout renferme Dieu.

Dieu se manifeste surtout par l'amour :

Et si l'uoivers pense, et s'il aime surtout,

Voilà Dieu constaté; l'athéisme est à bout.

Donc h tes pieds divins, reine, l'amour achève

De prouver à mon cceur que Dieu n'est pas un rêve.

On ne trouvera peut-être pas-une pareille théo-

git NOTICE,

logie très-sérieuse; mais tout est sérieui chez Dondey, et l'amour plus que tout le reste. Là encore il 3 été fidèle bien au delà de la m«rt de celle à qui il avait promis, et on verra bien que ce n'est pas sa faute si, à la fin et bien tard, il a senti sa foi ébranlée.

Cette foi est toute philosophique ; les premiers vers des Veilèiiès le disent nettement tout d'abord :

Si je suis athée? oui, Ihéologiquement ; Pliilosoptiiquement, non; l'extrâme alhéisme N'est que l'absurde envers de notre dogmalisme.

Et dans un autre fragment :

Le théologien dit, dans la nue augiisl« : Pécheurs, il est un Dieu ; donc il faut âtre juste. Le philosophe dit, dans un plus clair milieu : Homme, il faut être juste, et cela marque un Dieu.

Voilà le thème qu'il va développer constamment dans la première moitié du recueil. Il ne croit pas au Dieu de l'Église, mais il a un Dieu, et il'croit que tous le reconnaîtraient s'ils n'étaient rebutés par le catéchisme. L'incrédulité n'est que l'envers de la foi aveugle, et elle est absurde comme cette foi elle-même.

Il combat cette incrédulité sous sa forme la plus moderne, le positivisme :

Philosophes, d'accord ; saluez le connu ; Que le chiffre pour vous reale le bisDvenu; Hais après le certain pressentez le possible, Et du visible enSn concluez l'invisible.

A ceux qui lui disent que ce qui dépasse l'expérience est chose superflue, il répond par le vers de Voltaire ;

Le superflu, chose si nécessaire.

11 écrit encore :

C'est envers la Raison se déclarer rebelle,

C'est mériter son dédaigneux courroux,

Que d'oser mettre en parallèle

Les songes d'or planant au-dessus d'elle

Et les contes bleus rampant au-dessous.

11 s'attache à Descartes, comme Cousin et ses disciples :

Je pense, donc je suù. Verbe de l'évidence I Fiat lux de la fiaison...

Et, comme il est arrivé à plus d'un cartésien, son théisme est uo panthéisme :

H est tout, la raison dernière et la première; Le fini, l'tnGni; l'ombre avec la lumière; Le plus ancien, le plus nouveau; l'enfant, l'aïeul ; Le grand, le fort, l'entier, l'un, le tnêmè, !e SEUL!

C'est le terme d'une tirade de vÏDgt-deux vers'.

Un morceau de œnt trente vers s'adresse directement à Auguste Comte. Il a beau jeu contre la religion où ce penseur avait aboutis et dont il s'était fait le grand-prêtre.

Mortels, Dieu n'est plus Dieu, mais je suissonpropbèlel

La phllosoptiie même de Comte le blesse, par son dédain à l'égard de l'esprit religieux. Il respecte cependant sa science et l'édifice imposant de son système, et il lui demeure reconnaissant d'avoir établi sur la nature seule l'autorité du droit et du devoir. Tout en se séparant de Comte, il n'est pas loin de Littré.

Ne pouvant s'empêcher d'être inquiet pour ses croyances, il recourt à une ressource à laquelle n'ont pas dédaigné de recourir des esprits dominés par une théologie bien autrement dogmatique : il se sert du doute pour protéger la foi. Il oppose aux négateurs le &ue saù^ef

Rien pour prouver le tout; rien pour prouver le rien.

Il les accuse d'avoir, comme les théologiens, des mystères, et quand ils soutiennent, par exemple, qu'il n'y a de pensée nulle part que chez l'homme,

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