‹ Poésies posthumesChapitre 81 sur 125 · LA LÉNORE DE BURGER · texte numérisé non relu

LA LÉNORE DE BURGER

■ ■SI IH «mis FHANCOIIKI

Au premier r&joD matinal, Lasse d'un long rêve inreraal, De son Ht s'élance Lénore :

— 0 Wilhelml 0 mon fiancél Es-tu parjure ou trépassé?

Puis-je, hélasl t'espérer encorî —

A la guerre 11 était allé; Et depuis n'avait consolé D'aucun message soji amie.

[. NoTi. — CMU pile*, ébw^ia an ISt», > éli rapriH tt

LA LANORE de BDRGER.

Les rolB font la paix cependant.

Chaque annde' alors en chantant S'en retourne dans sa patrie.

Sur les chemins, de tous cAtés, Jeunes et vieux se sont portés, P&les d'espoir, à leur rencontre.

Plus d'une avise un ft^int chéri.

Biais h Lénore, au cœur marri, Nul Wllhelm, hélas I ne se montre.

En vain, blême, la fièvre an sang.

Elle monte, elle redescend Les rangs joyeux de cette foule.

Pas de Wllhelm I plus d'amoureux l Pleine de sanglots douloureux.

Elle tombe & terre et s'y roule.

Sa mère, accourue à ses cris, Sa pauvre mère en cheveux gris.

Dans ses bras tremblants la relève :

— Ayez pitié de nous, SeIgneurI Donnez, donnez un peu de trêve Aux déchirements de son cœur.

— Il est mort I Ilestmortl... ohl mamëre, mamèret Ahl périsse le monde et tout ce qu'il contient. Hol, si bonne chrétienne, et lui, si bon chrétien, Qn'avions-nous fait à DIeuT Pourquoi tant de misëref

— Ta peine, enfont, me fait mourir.

Bésignons-aous. Dieu règne. Il sait ce qull ordonne.

m POËSIBS POSTHUMES.

Implore-le. Jamais 11 ne nous abandODoe, Jusque dans les enfers 11 peut nous secourir.

— II m'a pourtant abandonnée.

Ohl ma mère, les morts sont morts. Tout est fini. La mort, voilà mon lot, voilà ma destinée. Viens, trépas, viens. Mon cœur te dira : Sofa béni. Que je voudrais n'être pas née!

Flambeau de ma vie, éteins-toi.

Que je meure dans les ténèbres!

Menteuse est l'espérance, inutile est ta foi. Enveloppez mon Ame, horreurs des lieux funèbres t Dlen n'a pas de pitié. Halbeur, malheur sur mol !

— Seigneur, contre ma fllle et ses plaintes coupables,

Ohl n'entrez pas en jugement.

Dlen sauveur, pardonnez à son égarement. Dalgnei ne point compter ses blasphèmes damnables.

Lénore, pauvre folle, dis :

N'est-ce donc pas assez que ton bonheur sur terre

Soit brisé comme verre ?

Veux'tn donc perdre encor ta place en paradis?

— L'enfer T le clelT qa'est-ce, 0 ma mère! Ls ciel, je l'avais avec lui.

Sans lui, j'ai t'enfer aujourd'hui.

Dévore-moi, douleur amëre !

Flambeau de ma vte, éteins-toi.

Que je meure dans les ténèbres!

Enveloppez mon ftme, horreurs des lieux funèbres I Dieu n'a pas de pitié. Malheur, malheur sur moil

' LA LËNORE DB BDRGER.

La malheureuse ainsi, contre toute prudence. Blasphème le Très-Haut, maudit la Providence. Dans les emportements d'un délire assassin. Elle se tord lea bras et se meurtrit le sein. De son sort éternel sa mère tourmentée. Pour aller k Téglise en pleurant l'a quittée. Elle est seule. 11 fait nuit. La lune au front blafard Brille, et jette en sa chambre un étrange regard.

Hais voilà qu'au dehors, sur le pavé qui tremble. Elle entend le galop d'un cheval... Il lui semble Que devant son logis s'arrête un cavalier... n a mis pied à terre... Il monte l'escalier... Ciel I & travers sa porte, une voix mâle et douce. Comme un souffle d'automne afHalbli dans la mousse, Après qu'à petit bruit la sonnette a tinté. Fait cet appel d'amour à son cœur transporté :

— £9-tu là7 VelUes^tu? Dors-tu, chère LénoreT De ton pauvre WUhelm as-tu mémoire encore! —

Folle de joie, elle ouvre, et jette ses deux bras Autour de l'écujer qui revient des combats. Bile étreint son armure :

Est-ce toi, ma lomièreï Toi, vlvantT De la tombe as-tu brisé la pierre? Je veillais. Je pleurais. Sans toi, j'avais l'enfer. J'ai le ciel avec toi. Ça, ton habit de fer, Ote-le. Viens t'asseoir au foyer qui pétille.

—Non. Je pars. Je t'emmëne-Allons, prends ta mantille. Dn pied heurtant le mur hennit le destrier.

»8 POftSlES POSTHUMES.

L'éperon qui résonne appelle l'étrier.

dunsae-tol. Viens en croupe. Il faut, puisque Ton m'alm

Four le Ut nuptial partir & l^eure même :

— Entends-tu dans les bols gémir la biseT

— Enfant, lialase dans la forêt, laisse mugir le vent. La naît est pure. Aucuns nuages aux voûtes bleues. Hâte-toi. Nous avons à faire au moins cent Ueues.

— Quoi ! si tard 7 Minuit sonne.

—Oh! l'heure ^t bien ainsi.

— Comme ton lit de noce est loin t

— Oui, loin d'Ici.

— Est-il beau?

— Non. Ce n'est qu'une simple couchette: Quatre planches avec une double planchette. U est dans un abri sûr, calme et ténébreux.

— Pour deux a-t-il assez de placeT

— Assez pour deux.

Tiens, viens. Gagnons Ift-bas, là-bas, d&ns l'herbe verte, La chambra nuptiale : elle attend, fraîche ouverte.^

Ils sont en selle. A peine atteint de l'éperon, Le cheval noir s'élance... On dirait l'aquilon... La mère, qui revient et qui les voit partir, En fait d'incident noir ne sait que pressentir!

Ils allaient. Us allaient d'un galop pins rapide Que l'élan fabuleux du centaure Intrépide. Cheval et cavalier

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