‹ Poésies posthumesChapitre 90 sur 125 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Pour moins râver dsns l'ombre où Je vis prlsounler.

J'ai repris, j'ai relu, j'ai refu, l'an dernier,

Tout ce drame — œuvre mienne — au vers parfois sonore,

Grave péché commis quand j'étala Jeune encore.

Lequel, dans mon terrier, véritable inpace.

J'avais depuis ce temps Justement délaissé.

Hais si j'ai fait piusim de nouvelles ratures,

SI J*ai mis des raccords, pratiqué des soudures,

Ja n'ai voulu tenter nul changement profond,

Ne touchant qu'à la forme — à peine — et point au fond.

Conservant bleu l'allure et la couleur — en somme

Maintenant, respectant le cachet du jeune homme.

Et pour ajuster l'œuvre, arrivant, je te crois.

A retrouver la mUn qui la fit autrefois.

Par Plntont que de soins, que de zèlel Est-ce à dire Qu'en sa chose l'auteur et se mire et s'admire. Et prenne -- lui trouvant un air monumental — Le stuc pour du granit, le hols pour du métal T Non ; il n'est pas Infirme k ce point. S'il est père, Son paternel souci de raison se tempère. Pour lui, c'est avéré, positif et flagrant. Que, dans l'œuvre qui suit, rien n'est beau, rien n'est grand. Hais, à défaut du grand, peut-être — Il le suppose — A-t-il su quelquefois friser le grandiose.

s» POÉSIES POSTHOHES.

Blurre — tl le sait bien — plutAt qu'original,

n prétend qu'^i reninclLâ U n'est guère banal.

11 se flatte d'avoir dans cette rude escrime

Détaché ça et là quelque raUIante rime.

Et d'être couttunier d'nn retentissement

Qui pourrait des experts gagner l'assentiment.

Il va même plus loin, le vieux reltre ; — il estime

Qu'en plus d'un vers — il a le don de flamme lottOfli

Que son grand dénûment de scénlque action

Se compense de traits, d'éclairs de passion ;

Et queseslongs discours, soua les nœuds de leurs branektfi

Font deviner parfois la strophe aux ailes blanches...

— Tudieu I Je le prends Ijk se sculptant un blason.

Est-ce bien un souci tempéré de raison!

Chez lui, si te bon sens parlait seul — faisant taire

Son délire sournois : — le pile solitaire

Saurait qu'il n'a rien fait de ce qu'il a rêvé.

Et que l'art, dieu jaloux, le traite en réprouvé.

Pauvre drame! an tiroir faut-Il donc qu'il retourne. Et que — jusqu'à la fin des temps — 11 y séjoumeT Ahl ceci m'eût donné tant de contentement De pouvoir l'Imprimer mystérieusement, A riOBu des bourgeois, des Journanx, des libraires, Le tirant seulement à cinquante exemplaires! Ce petit nombre eût fait sa gloire et son salut. Maint fervent bouqulneur — qui ne l'aurait pas tn— - Pour sa rareté sainte, avec le plus grand culte, L'aur^t admis, gardé dans son musée occulte. En bonnes mains toitjours transmis et conservé, Après quelques mille ans— vierge— on l'eût retrouva Ainsi que l'on retrouve un Pharaon d'Egypte, En entier dans sa gaine, au profond de sa crypte. H n'y faut pas songer. La dure pauvreté Frappe de son veto cette humble vanité.

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Prendral-je cependant le soin de le transcrire? Doux Phébus! à quoi bonT A qui le faire lireT Je sois bien quelque part deux ou trois grauds liseurs, Que la prose et les vers des plus mluces faiseurs N'épouvantent pas trop. Bénévoles dans l'ftme, A coup sâr, ils Iraient jusqu'au bout de mon drame; Faisant cela pour mol — non par grâce et pitié — Mais par opiniâtre et charmaate amitié.

Quoi qu'il en soit, devant l'insipide besogne De me recopier, j'ai paresse et vergogne. Pour exhiber mes vers mis au net de mon mieux. Pour les pousser aux gens— ne 8uls-je pas bien ïieuxï... Les registres du temps, sur leurs feuillets de bronze. Marquent mon premier Jour en l'an mil huit cent onze... Or — tout jeune — déjà, malgré le sang d'auteur, A l'endroit de mes vers, j'étais plein de pudeur. Aiij')'"^'^''"^'' ruminant plus d'un ancien mécompte, Ma pudeur ulcéréo, hélas ! tourne a la honte. . Triste muse! il nous sied — sans plainte ni témoin — D'attendre la vieillesse et La mort — dans mon coin.

Ohl la jeuaessel ohl dieux, la féerique jeunesse 1 Certe, il rallie, l'orgueil, elle rit, la sagesse. En osant affirmer qu'on peut perdre un tel bien. Et puis s'en consoler. Frères, Il n'en est rien. SI ferme que l'on soit, si forte qu'on ait l'âme, Lorsque le temps nous cueille au front ce lys de fldmme. On se sent tout à coup déchu, déshérité, Comme un roi que décolCTe un vent de liberté. Être jeune! être jeune!— û charme! û don suprême! Avoir vingt ans lavoir vingt-cinq ans I trente ansmême! Jeunesse toute seule — oui, sans antre bonheur — Quel trésor! quel éclat ! quel titre! quel honneur!

f» POÉSIES POSTHUMES.

Ce qut pare les dieux, ce n'est pas leur puissance Ni leur éternité; non, non r c'est lenr jouvence I Êtr& jeune 1 un blason qui brave impunément Toute démocratie et tout nlvelleraentl Que sont de nos vieux ans les meilleures journées Près des plus mauvais jours de dos jeunes années? L{i3 nuages de mal ne sauraient envier Le soleil de décembre et Tazur de Janvier. Qelt jeunesse et printemps! sainte synonymlel Prisme, joyau, pûfum, gr&ce, fleur de la viel Être Jeune! adorable. Incomparable motl Sûr prestige qui fait reluire même un sotl Quel sceptique nierait que jouvence est déesse7 Elle a — sur toute fée et sur toute princesse — Va avantage unique, Immense ; elle a toujours L'espérance aux yeux gais pour sa dame d'atours. Êtes- vous jeu ne î Eli bien! folie, extravagance. Fatuité, tout vous sied, tout vous est élégance : Vos torts, on leur sourit; vos travers sont goûtés; On vous pardonne tout, même vos qualités. Soyez Jeune et malade : un rayon sympathique Vous translîgure et fait votre mal poétique. Soyez jeune et mourez : cbarmant martyr du sort, Vous rayonnez jusque dans tes bras de la mort.

A cette façon d'bymne en valu je m'évertue. J"ai l'esprit morne et noir, la pensée abattue. PourmillauC dans mon cœur, mille chagrins amers Finiraient, je le sens, par sourdre dans mes vers. Si Je ne me hâtais de sortir de préface. Pour me réfugier dans une dédicace Oà l'évocation d'un gentil souvenir Vam'6ter au présent, me cacher l'avenir.

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