‹ Poésies posthumesChapitre 91 sur 125 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Or, ea ce temps-lft, riche d« Jeunesse, Dans une campagne un beau joar d'été, Songeant & ma Aère et tendre maltresse, Je me promenais, le cœur enchanté.

Va parc a'oBee à moi. J'en touche la grille. Elle cède, et s'ouvre à mes pas rêveurs. A l'ombre, un amoar de petite fille Jouait toute seule au milieu des fleurs,

La chère mignonne a trois ans à peine. Quels fins cheveux d'or sur ce front de lait I Jamais bonne fée, à poupon de reine, N'a fait si doux charme et si pur attrait.

Je m'approche d'elle, et fou de sa grâce. Quoique tremblant fort de lui faire peur. Mon bras mollement l'enlève — et la place Tout près de mes yeux, tout près de mon cce

J'étais animé de cette tendresse Qu'un père, dit-on, peut seul ressentir. Mon ame en goûtait l'angélique Ivresse.

De mon célibat j'avais repentir.

i POÉSIES POSTHUMES.

La gentille enfaDt, d'abord effarée, De ses petits doigts se couvre les yeux; Et puis me regarde... et, tAt rassurée. Reprend sou babil et ses ris joyeux.

Car J'avais alors ud air moins farouche; J'étais dans mes jours d'espoir triomphant; Et l'amour heureux mettait sur ma bouche Ce sourire ému qui plaît ft l'enfaut.

Donc, le petit ange en mes bras se joue. Gazouille ses mots, chante sa chanson.

Caresse à deux mains mon front et ma joue, Et pour grand ami m'admet »ans façon.

Dans l'herbe, à mes pieds, sa poupée assise De ses soins pourtant me prend la moitié. Flottant d'elle à moi, son Ame Indécise Refait tour ft tour nos parts d'amitié.

Son charmant ramage à plaisir répète Un nom ; Mlranda... Mot mélodieux Qui fait que Shalcspeare avec sa Tempête Surgit, passe en moi — sombre et radieux.

Hais de mon esprit l'enquête trompée Dans ce qu'elle dit cherche vainement Si c'est elle-même, ou.bien sa poupée Qui porte ce nom plein d'enchantement.

Soudain un appel, une voix de mère Sous les marronniers s'élève là-bas...

Le doux angelot, ma fille éphémère.

Après deux baisers, glisse de mes bras.

DI^DICACB. i

RIsDte, elle court Moi, je me dérobe.

Au seuil du JardlD, demeuré peusir, Je suia du regard sa petite robe Qui dispapatt blanche en un vert massif.

Depuis, son Image enfantine et chère, Fantûme du ciel, toujours m'a hanté.

Au fond de mon cœur, ne sais quoi d'un père. Pour son souvenir toujours est resté.

Bien d'autres enfants, lys purs, têtes d'anges, M'ont paru comblés de dons ingénus ; Mais, ces sentiments, ces regrets étranges, Pour d'autres jamais ne me sont venus.

Quand je commençai l'œuvre qu'on peut lire, Ma Muse d'abord voulut, demauda Un beau titre, un nom digne de \a) lyre... L'image survint — et dit : Miranda.

Ont, loi seule as pu, figure Ineffable, Me dicter ce nom ; car, je ne dois rien. Rien à \ii,Tempêle en mon humble fable. Rien n'y brille, hélasl de shakespearien.

C'est donc justement que je te dédie Ce bloc magistral de deux mille vers, Poème ou roman, drame ou tragédie Dont se voit privé le triste univers.

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