‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 13 sur 93 · LE JEU DE PAUME · texte numérisé non relu

LE JEU DE PAUME

Ciloycns, tous laulque nous sommes, Tout mortel dans sou cœur cache, mêine à se? veux

L'ainbilion , serpent insidieux , Arbre impur que déguise une brillante ëcorce.

L'empire, l'absolu pou\oir Ont, pour la vertu même, une mielleuse amoice. Trop do désirs naissent de trop de force.

Qui peut loul-pourra trop vouloir.

(1 pourra iiccli'jcr, sur du commun sujTrage ,

El rc(|uilal)lo liumauilé,

Et la dciciice au doux langage.

L'obstacle nous fait grands. Par l'obstacle excité, l/lioiniiie, heureux à poursuivre une pénible gloire. Va SI" pLidic à Icçuçil de la prospérité, ^^^^

\uuicu par sa propre victoire.

Mais au peuple surtout sauvez l'abus amer

De sa subite indépendance.

<"i):i tenez dans son lit celle orageuse mer. l'ar vous seuls dépouillé de ses liens de fer,

Dirigez sa bouillante enfance.

Vers les lois, le de\oir, et Tordre, et l'équité.

Guidez, hélas! sa jeune I.hnlé.

Gardez que nul remords n'en allrisle la fétc.

Repoussant d'anli(iues affronts, ' Qu'il brise [tour jamais, dans sa noble conquête^ Le joug liuuknx qui [)esail sur sa tète

Sans le poser sur d'autres fronts.

Ah! ne \r laissez pas, dans sa srmglanle r;i;jo,

D'un ressentiment inhumain

Souiller sa cause el \tilie ouvrage.

xui LE JEU DE PAUME.

Ah! ne le laissez pas sans conseil et sans frein, Armant, pour soutenir ses droits si légitimes, La torche incendiaire et le fer assassin, Venger la raison par des crimes.

xvn.

Peuple ! ne croyons pas que tout nous soit permis.

Craignez vos courtisans avides, 0 peuple souverain! A voire oreille admis. Cent orateurs bourreaux se nomment vos amis»

Ils soufflent des feux homicides.

Aux pieds de notre orgueil prostituant bs droits.

Nos passions par eux deviennent lois.

La pensée est livrée à leurs lâches tortures.

Partout cherchant des trahisons, A nos soupçons jaloux, aux haines, aux parjures, Ils vont forgeant d'exécrables pâtures.

Leurs feuilles noires de poisons Sont autant de gibets affamés de carnage. e«»9«»' h

Ils attisent de rang en rang

La proscription et l'outrage.

Chaque jour dans l'arène ils déch[renl le flanc U^r

D'hommes que nous livrons à la fureur des bêles. '

Ils nous vendent leur mort. Ils emplissent de sang

Les coupes qu'ils nous tiennent prêtes.

Peuple, la liberté, d'un bras religieux,

Garde limmuable équiUbre De tous les droits humains, tous émanés descieut Son courage n'est point féroce et furieux,

LE JEU DE PAUME. xliii

El l'oppresseur n'est jamais libre.

Périsse l'homme vil! périssent les flatteurs.

Des rois, du peuple, infâmes corrupteursl L'amour du souverain, de la loi salutaire,

Toujours teint leurs lèvres de miel.

Peur, avarice ou haine est leur dieu sanguinaire. Sur la vertu toujours leur langue amère

Distille l'opprobre et le fiel.

Hydre en vain écrasé, toujours prompt à renaître^

Séjans, Tigcllins empressés

Vers quiconque est devenu maître; Si, voues au lacet, de faibles accusés Expirent sous les mains de leurs coupables frères; Si le meurtre est vainqueur, si les bras insensés

Forcent des toits héréditaires,

C'est bien. Fais-loi justice, ô peuple souverain,

Dit cette cour lâche et hardie.

Ils avaient dit : C'est bien, quand, la lyre à la mam, L'incestueux chanteur, ivre de sang romain ,

Applaudissait à l'incendie, âiinsi de deux partis les aveugles conseils

Chassent la paix. Contraires, mais pareils. Dans un égal abîme, une égale démence

De tous deux entraîne les pas.

L'un, Vandale stupide, en son humble arrogance.

Vl'uI être esclave et despote, cl s'^fense ^f ' offendeti

C'ue rqmpei' soit honteux et bas; L'autie arme son poignard du sceau de la loi sainte,

H \eul du faible sans soutien

Savourer les pleurs ou la crainte.

xLiv LE JEU DE PAUME.

L'un, du nom de sujet, l'autre de citoyen, Masque son âme inique et de vice fléluie; .. t^ere^

L'un sur l'autre acharnés, ils comptent tous pour rien Liberté, vérité, patrie.

De prières, d'encens prodigue nuit e( jour,

Le fanatisme se reJé\o.

Martyrs, bourreaux, lyraiis, rebelles (our â tour; Ministres e£frayanls de concorde cl d'amour

Venus pour apporter le glaive , Aidents contre la terre à soujever les cieux,

lîivaux des lois, dliiuubics séditieux, De trouble et d'analhcme artisans implacables...

Mais où vais-je! i/ccil tout-puissant Pénètre seul les cœurs à l'homme inipénélrables.. Laissons cent fois ccii;ippcr les coupables

Plutôt qu'outrager l'innocent.

Si phis d'un, pour tromper, étale un faux scrujM;!»,

Plus d'un, par les méchants conduit,

K'esl que vertueux cl crédule.

De l'exemple éloquent laissons germer le fruit. La >erlu vit encore. Il est, il est des âmes Où la patrie aimée et sans faste et sans bi i:il

Allume de constantes llammes.

Par ces sages esprits, forts contre les excès.

Rocs affermis au sein de l'onde , Piaison, fille du temps, tes duraLic^ sumî i^ur le pouvoir des lois établiront !j pa.i;

LE JEL DE PAUME. Ltjt

Et vous, usurpateurs Ju inonde, Rois, colosses d'orgueil, en délices noyés,

Ouvrez les yeux, hâlez-vous. Vous voyc^ Quel tourbillon divin de vengeances prochaines

S'avance vers vous. Croyez-n»oi , Prévenez l'ourajïan et vos chutes coi lamos. Aux nations déguisez mieux vos chaîues;

Allégez-leur le poids d'un roi.

Effacez de leur sein les livides blessures.

Traces de ^os pieds oppresseurs.

Le ciel parle dans leurs murmures.

Si l'aspect dun bon roi peut adoucir \os mœurs, Ou si le glaive ami, sauveur de rosciavagc, Sur vos fronts suspendu, peut éclairer vos cœurs

D'un effroi salutaire et sage ,

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