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POEME EN SIX CHANT

CHAKT I.

Je dirai l'innocence en butte à Timposture,

Et le pouvoir inique, el la vieillesse impure,

L'enfance auguste et sage, el Dieu, dans ses bienfaits^

Qui daigne la choisir pour venger les forfaits.

0 fille du Très-Haut, organe du génie,

Voix sublime et touchante, immortelle harmonie,

Toi qui fais retentir les saints échos du ciel

D'hymnes que vont chanter, près du Irône éternel.

Les jeunes séraphins aux ailes enflammées ;

Toi qui vins sur la terre aux vallons idumées

Répéter la tendresse et les transports si doux

De la belle d'Egypte et du royal époux ;

Et qui, plus fière, aux bords où la Tamise gronde.

As, depuis, fait entendre et l'enfance du monde,

Et le chaos antique , et les anges pervers ,

Et les vagues de feu roulant dans les enfers,

Et des premiers humains les chastes hyménées,

Et les douceurs d'Éden sitôt abandonnées,

Viens ; coule sur ma bouche, et descends dans mon cœur.

Mets sur ma langue un peu de ce miel séducteur

Qu'en des vers tout trempés d'une amoureuse ivresse

Versait du sage roi la langue enchanteresse;

Un peu de ces discours grands, profonds comme toi.

Paroles de délice ou paroles d'effroi

l'OEMES. 213

Aux lèvres de Milton incessammenl écloses , Grand aveugle dont l'âme a su voir tant de choses!

Le soleil avait fait plus de la nr.nitié de son cours, ei le jeune Joac'.iim se préparait à sortir de BabyloBe. Tous les enfants de Juda, ses frères, l'aHendaient, répandus sur les chemins, pour le combler de bénédictions. Il allait au golfe Persique apprendre le iort d'un vaisseau chargé des trésors d'Opliirj non qu'avide d'entasser de nouvelles richesses...; mais il soulageait la captivité de ses frères..., et ses vertus leur faisaient espérer que le ciel les ferait retourner dans leur patrie, aux bords du Jourdain. La lille d'Helcias, la beUe Suzanne, son épouse, ne peut s'arracher de ses bras.

Leurs adieux, leurs aimables discours. Il lui promet de revenir sous peu de jours. (Sans oublier de parler déjà de la lille du frère mort de Suzanne, qui la nommera sa sœur, enfant de dix ans qui doit faire un rôle charmant dans cet ouvrage.) Joachim part. Tous ses esclaves, tous les Hébreux li.i souhaitent un heureux voyage et un prompt retour. Ils le voient partir avec peine. Deux seulement s'en réjouissent t ce sont deux vieillards pervers et méchants, juges du peuple et hypocrites de vertu. Leurs anges, qui sont du nombre des anges que le Fils de Dieu précipita dans les enfers, lorsque... (imiter Hilton), ont fait parvenir à Joachim de fausses alarmes, pour l'écarter et servir les desseins des impudiques vieillards. L'un est un tel, l'autre ertnn tel. La chaste et vertueuse beauté a allumé dans leurs cœurs une incestueuse llamme. Le bonheur d'un couple de gens de bien a produit sur eue l'effet qu'il produit toujours sur des mcclianls, l'envie et la rage de le troubler. Des longtemps ils en cherchent les moyens. Jadis, à l'insu l'uu de l'autre, ils enfantaient les mêmes projets. Depuis, les deux méchants se sont reconnus, et ils méditent ensemble leurs coupables desseins. Sous le voile de l'amitié, ils se sont insinués chez Joachim. Ils le louent , ils lui demandent ses conseils pour juger le peuple. Ainsi, chaque jour, ils repaissent leurs infâmes regards de la vue de sa belle épouse, dont l'àme, pure comme le ciel, leur savait gré de leur tendresse pour son époux. Elle les reçoit avec m sourire, et ne soupçonne pas que ses Yeux puissent leur inspirer le crime.:

et quand la nuit tranquille

Commençait de s'asseoir sur les tours de la ville , Tous les deux , se glissant par des chemins divers , Retournent vers ce toit où leur âme est aux fers. Au seuil de Joachim ils arrivent ensemble. Se rencontrent. Chacun veut fuir, recule, tremble, Craint les regards de l'autre, inquiet, incertain,

Confus de son silence. Et Manassès enfin : « Mais, Séphar, je croyais qu'au sein de ta fiamille Tu pressais dans tes bras et ta femme et la fille. J'attendais peu qu'ici, pour ne te rien celer...

— Toi-même, dit Séphar, qui peut t'y rappeler? Joachim est absent, tu le sais... Dans ton âme, Peut-êire pensais-tu que l'amour de sa femme

L'a déjà, malgré lui... — Non, non, dit Manassès, Pour un plus long séjour j'ai vu tous ses apprêts. Je venais.,. Sur ce seuil c'est lui qui me rappelle. Il se peut que déjà quelque esclave fidèle Soit venu. » Mais Séphar sourit et l'interrompt. Et d'un regard perçant, et secouant le front : « Va, je sais quel projet t'amène et te tourmente;

Suzanne!... Manassès, tu l'aimes, je le voi. Mais j'ai des yeux aussi ; je l'aime comme toi.

— Oui, tu dis vrai, Séphar; oui, je l'aime. Et je doute Que pour toi contre moi... — Tiens, Manassès, écoute: Nous régnons sur le peuple unis jusqu'aujourd'hui; C'est par là , tu le sais , que nous régnons sur lui.

Tu me hais , je te hais. Si tu veux me détruire,

Tu le peux. Si je veux, je puis aussi te nuire.

Mais, ennemis secrets ou sincères amis,

Toujours même intérêt nous force d'être unis.

Les attraits d'une femme ont fasciné ta vue ;

A ses attraits aussi mon âme s'est émue.

Nous sommes vieux tous deux ; mais quel œil peut la voir

Sans pétiller d'amour, de jeunesse, d'espoir?

Ne soyons point jaloux. Faut-il qu'un de nous pleure?

Pour qu'elle soit à l'un, faut-il que l'autre meure?

Quand j'aurai de ma soif dans ses embrassements

Rassasié les feux et les emportements,

Envîrai-je qu'un autre, attiré par ma proie,

Aille aussi dans ses bras chercher la même joie ? Va, tu peux sur sa bouche éteindre tes ardeurs; Ty peux de mon amour épuiser les fureurs , Sans qu'elle ait rien perdu de sa beauté suprême. Nous la retrouverons tout entière la même. Aidons-nous : ce trésor peut suffire à tous deux -, Elle possède assez pour faire deux heureux. »

Il dit, et sur les plis de leurs sombres visages Éclate un noir sourire. « Oui, Séphar, soyons sages, Dit Manassès. Aimons, ne soyons point amisj Et, pour tromper toujours, soyons toujours unis. Laissons à Tinquiète et vaine adolescence De ses amours jaloux Tenfantine imprudence. Viens; au sortir du temple où ces temps malheureux Attirent plus souvent les timides Hébreux, Nous irons concerter chez moi , dans le mystère , Les moyens de séduire et de nous satisfaire. »

Cependant on va au temple. Un jeune prophète éloquent, âgé de quatorze ans ( Daniel ), y explique la loi. Il s'est rendu déjà célèbre par sa liberté avec les rois et... Tout le peuple accourt... Suzanne avec toute sa maison et sa jeune sœur... Description de sa démarcbe et de sa contenance. Tout le peuple la respecte, l'admire en la regardant marcher, et ils se disent l'un à l'autre : < Certes, il n'y avait que Joachim qui méritât cette fennne. Et sans cette femme, il n'y avait point d'épouse pour Joachim ; > et ils bénissent le cheveux blancs du bon Helcias, qui pleure de joie en regardant ta fille. Le jeune prophète chante ainsi : € sur la captivité des Juifs..., description ; et •ur ce que rinii|uité des hypocrites a été cause...» [imiter Milton et les livres juifs). Suzanne rentre chez elle...; elle se couche..., et, dans l'absence de Aon mari, on dresse à côté d'elle un lit pour sa jeune sœur... Sun sommeil .st troublé... Description... Elle se réveille... ; elle s'écrie : < Dieu ! quelles agitations inquiètes! pourtant je suis sans remords. Le crime, si le crime ixiste, est étranger à mon cœur... » Son discours réveille sa jeune sœur qui Jormait à côté d'elle... Description de son doux et aimable sommeil... Son discours touchant et enfantin... « Si elle est malade... > (en tutojant comme dans tout l'ouvrage). Suzanne répond... Elle ne peut se rendormir...; elle appelle son esclave chérie, qui se nomme... Elle lui fait part do ses insomnies; elle veut descendre dans ses jardins.

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