I.es pleurs des malheureux n'ont point teint ces lamhris
D'un feu religieux le saint poëte épris
Cherche leur pur éther et plane sur leur cime.
Mer bruyante, la voix du poëte sublime
Lutte contre les vents , et tes llols agités
Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.
A l'aspect du volcan , aux astres élancée.
Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée.
Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand :
Seul, il rêve en silence à la voix du torrent
Qui le long des rochers se précipite et tonne ;
Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne.
Là je vais dans mon sein méditant à loisir
Des chants à faire entendre aux siècles à venir;
Là , dans la nuit des cœurs qu'osa sonder Homère ,
Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire.
Souvent mon vol , armé des ailes de Buffon ,
Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newlon,
La ceinture d'azur sur le globe étendue.
Je vois l'être et la vie et leur source inconnue ,
Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants.
Je poursuis la comète aux crins étincelants,
Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;
Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.
Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux,
Dans l'éternel concert je me place avec eux :
En moi leurs doubles lois agissent et respirent ;
Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent.
Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour.
Les éléments divers, leur haine, leur amour,
POEML^. 250
Les causes, l'infini s'ouvre à mon œil avide.
Bientôt redescendu sur notre fange humide ,
J'y rapporte des vers de nature eniîanmiés,
Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés.
Écoulez donc ces chants d'Hermès dépositaires,
Où l'homme antique, errant dans ses roules première.^,
Fait revivre à vos yeux l'empreinte de ses pas.
Mais dans peu, m'clançant aux armes, aux combats,
ic dirai l'Amérique à l'Europe montrée;
J'irai dans cette riche et sauvage contrée
Soumettre au Mançanar le vaste Maranon.
Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom ,
Celui de cette Europe en grands exploits féconde,
Que nos jours ne sont loin des premiers jours du mondft.
Il se promeltait encore de € comparer les premiers bommes civilisés, qni vont civiliser leurs frères sauvages, aux éléphants prives qu'on envoie apprivoiser les farouches, et par quels moyens ces derniers. » — Hasard charmant! l'auteur du Génie du christianisme, celui même à qui l'on a dO de connaître d'abord l'étoile poétique d'André et la Jtune captive *, a rempli comme à plaisir la coniparaisou désirée, lorsqu'il nous a m'ontré les missionnaires du Paraguay remontant les fleuves en pirogues, avec les nouveaux catéchumènes qui chantaient de saints cantiques : < Les néophvtes répétaient les airs, dit-il, comme des oiseaux prives chantent pour attirer dans les rets de roiseleiii les oiseaux sauvagts. >
Ainsi, quand de l'Euxin la déesse étonnée Vit du premier vaisseau son onde sillonnée. Aux héros de la Grèce à Colchos appelés Orphée expédiait les mystères sacrés Dont sa mère immortelle avait daigné l'instruire. Près de la poupe assis , appuyé sur sa lyre , Il chantait quelles lois à ce vaste univers Impriment à la fois des mouvements divers,
• H. de Chateaubriand tenait cette pièce de madame de Beaumont, sœur de H. de la Luzerne, sous qui André avait été attaché à l'ambassade d'Augleterre; elle-même avait directement connu lesoete.
Quelle puissance entraîne ou fixe les éloiles; D'où le souffle des vents vient animer les voiles; L>ans l'ombre de la nuit, quels célestes flambeauj Sur l'aveugle Aniphitrite éclairent les vaisseaux. Ardent à recueillir ces merveilles utiles, Autour du demi-dieu , les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient suspendus, Et recopiaient encor quand il ne cbantait plus.
Le poëte, pour complcler ses tableaux, aurait parlé prophcliqaement de la découverte dn nouveau monde : € 0 destins , hàtez-vous d'amener ce grand jour qui... qui... ; mais non, destins, éloignez ce jour funeste, et, s'il se peut, qu'il n'arrive jamais! > El il aurait fle'tri les horreurs qui suiviifnt la conquête. Il n'aurait pas moins présagé Gama, et triompbé avec lui Jes périls amoncelés que lui opposa en vain
Des derniers Africains le cap noir de t<?mpèfes !
Voici l'épilogue de l'Hermès presque achevé : toute la pensée pbilosophi» que d'André s'y résume et s'y exhale avec ferveur :
0 mon fils, mon Hermès, ma plus belle espérance, 0 fruit des longs travaux de ma persévérance, Toi , l'objet le plus cher des veilles de dix ans , Qui m'as coûté des soins et si doux et si lents; Confident de ma joie et remède à mes peines; Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines, Compagnon bicn-aimé de mes pas incertains , 0 mon fils, aujourd'hui quels seront tes deslins? Une mère longtemps se cache ses alarmes : Elle-même à son fils veut attacher ses armes ; Mais, quand il faut partir, ses bras, ses faibles braSç Ne peuvent sans terreur l'envoyer aux combats. Dans la France, pour toi , que faut-il que j'espère? Jadis, enfant chéri, dans la maison d'un père Qui te regardait naître et grandir sous ses ^eux. Tu pouvais sans péril , disciple curieux.
Sur tout ce qui frappait (on enfance attentive
Donner un libre essor à ta langue naïve.
Plus de père aujourd'Iiui I le mensonge est puissant,
II régne ; dans ses mains luit un fer menaçant.
De la vérité sainte il déteste lapproche;
Il craint que son regard ne lui fasse uu reproche;
Que ses traits, sa candeur, sa voix, son souvenir,
Tout mensonge qu'il est , ne le fassent pâlir.
Mais la vérité seule est une, est éternelle;
Le mensonge varie , et l'homme trop fidèle
Change avec lui : pour lui les humains sont constants,
Et roulent de mensonge en mensonge flottants...
Ici il y a lacune ; le canevas en prose y supplée : < Mais quand le temps aura précipité dans l'abîme ce qui est aujourd'hui sur le faîte, et que plusieurs siècles se seront écoulés l'un sur l'autre dans l'oubli, avec tout l'attirail des préjugés qui appartiennes à chacun d'eux, pour faire place à des siècln nouveaux et à des erreurs nouvelles....
Le français ne sera dans ce monde nouveau Qu'une écriture antique et non plus un langage ; Oh! si lu vis encore, alors peut-être un sage, Prés d'une lampe assis , dans l'étude plongé , Te retrouvant poudreux , obscur, demi-rongé , Voudra creuser le sens de tes lignes pensantes : Il verra si du moins tes feuilles innocentes Méritaient ces rumeurs , ces tempêtes , ces cris Qui vont sur toi, sans doute, éclater dans Paris...:
alors, peut-être... on verra si... et si, en écrivant, j'ai conna d'autre pasfsM
Que ramoiir des humains et de la vérité ! •