‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 72 sur 93 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

Flore met plus d'un jour à finir une rose. Plus d'un jour fait l'ombrage où Paies se repose ; Et plus d'un soleil dore , au penchant des coteaux Les grappes de Bacchus, ces rivales des eaux. Qu'ainsi ton doux projet en silence mûrisse, Que iious tes pas certains la route s'aplanisse. Qu'un œil sûr te dirige , et de loin avec art Dispose ces ressorts que l'on nomme hasard. Mais souvent un jeune homme, aspirant à la gloire De venir, voir et vaincre et prôner sa victoire, Vole et hâte l'assaut qu'il eût dû préparer.

L'imprudent a voulu cueillir avant l'aulomue L'espoir à peine éclos d'une riche Pomone ; Il a coupé ses blés quand les jeunes moissoas Ne passaient point encor les timides gazons.

Si d'un mot échappé l'outrageuse rudesse A pu blesser l'annour et sa délicatesse , immobile il gémit, songe à tout expier. Sans honte, sans réserve, il faut s'humilier; Églé , tombe à genoux , bien loin de te défendre ; Tu le verras soudain plus amoureux, plus tendre,

t'ULMLS. 2;

Courir et t'arrêler, el lui-même à genoux

Accuser en pleurant son injuste courroux.

Mais souvent malgré toi, sans fiel et sans injure.

ïa bouche d'un trait vif aiguise sa piqûre ;

Le trait vole, tu veux le rappeler en vain ;

Ton amant consterné dévore son chagrin :

Ou bien d'un dur refus l'inflexible constance

De ses feux tout un jour a trompé l'espérance.

11 boude : un peu d'aigreur, un mot même douteux

Peut tourner la querelle en débat sérieux.

Oh ! trop heureuse alors si, pour fuir cet orage.

Les Grâces t'ont donné leur divin badinage,

Cet air humble et soumis de n'oser s'approcher,

D'avoir peur de ses yeux et de t'aller cacher,

Et de mille autres jeux l'inévitable adresse.

De mille mots plaisants l'aimable gentillesse,

Enfin tous ces détours dont le charme ingénu

Force un rire amoureux vainement retenu.

Il t'embrasse , il te tient , plus que jamais il t'aime ;

C'est ton tour maintenant de le bouder lui-même.

Loin de s'en effrayer, il rit, et mes secrets

L'ont instruit des moyens de ramener la paix.

Quand Junon sur l'Ida plut au maître du monde, Nous l'avait tenue au cristal de son onde , Et sur sa peau vermeille une savante main Fit distiller la rose et les flots de jasmin. Cultivez vos attraits ; la plus belle nature Veut les soins délicats d'une aimable culture. Mais si l'usage est doux, l'abus est odieux. Des parfums entassés l'amas fastidieux,

De la triste laideur trop impuissantes armes ,

A d'indignes soupçons esposoraient vos charmes.

Que dans vos vètemenis le goût seul consulté

N'étale qu'élégance et que simplicité.

L'or ni les diamants n'embellissent les belles ;

l.e goût est leur richesse; et, tout-puissant comme elles,

il sait créer de rien leurs plus beaux ornements ;

Et tout est sous ses doigts l'or et les diamants.

l'aime un sein qui palpite et soulève une gaze.

'j'heureuse volupté se plaît, dans son extase,

A fouler mollement ces habits radieux

Que déploie au Cathay le ver industrieux.

Le coton mol et souple, en une trame habile,

Sur les bords indiens , pour vous prépare et file

Ce fissu transparent, ce réseau de Vulcain,

Qui, perfide et propice à l'amant incertain,

Lui semble un voile d'air, un nuage liquide,

Où Vénus se dérobe et fuit sou œil avide.

Crains que l'ennui fatal dans son cœur introduit Puisse compter les pas de l'heure qui s'enfuit. Il est pour la tromper un aimable artifice : Amuse-la des jeux qu'invente le caprice ; Lasse sa patience à mille tours malins, Ris et de sa faiblesse et de ses cris mutins, ïii braves tant de fois sa menace éprouvée, Elle vole, tu fuis; la main déjà levée, Elle te lient, te presse; elle va te punir. .Mais vos bouches déjà ne cherchent qu'à s'unir. Le ciel d'un feu plus beau luit après un orage, i/amour fait à Paphos naître plus d'un nuage.

Mais c'est le souffle pur qui rend réclal à l'or,

Et la peine en amour est un plaisir encor.

Le liasai' i à ton gré n'est pas toujours docile?

Une belle est un bien si léger, si mobile !

Souvent tes doux projets, médités à loisir,

D'avance destinaient la journée au plaisir;

Non, elle ne veut pas. D'autres soins occupée.

Tu vois avec douleur ton attente échappée. .

Surtout point de contrainte. Espère un plus beau jour,

Imprudent qui fatigue et tourmente l'amour.

Essaye avec les pleurs, les tendres doléances,

De faire à ses desseins de douces violences.

Sinon, tu vas l'aigrir; tu te perds. La beauté.

Je te l'ai fait entendre , aime sa volonté.

Son cœur impatient, que la contrainte blesse.

Se dépite : il est dur de n'être pas maîtresse.

Prends-y garde : une fois le ramier envolé

Dans sa cage confuse est en vain rappelé.

Cède; assieds-toi près d'elle; et, soumis avec grâce.

D'un ton un peu plus froid, sans aigreur ni menace,

Dis-lui que de tes vœux son plaisir est la loi.

Va, tu n'y perdras rien, repose-toi sur moi.

Complaisance a toujours la victoire propice.

Souvent de tes désirs l'utile sacrifice.

Comme un jeune rameau planté dans la saison ,

Te rendra de doux fruits une longue moisson.

Flore a pour les amants ses corbeilles fertiles ; Et les fleurs, dans leurs jeux , ne sont pas inuli'es. Les fleurs vengent souvent un amant courroucé Qui feint sur un seul mot de paraître offensé.

Il poursuit son espiègle, il la tient, il la presse , Et, fixant de ses flancs l'indocile souplesse, D'un faisceau de bouquet en cachelle apporté Châtie, en badinant, sa coupable beauté, La fait taire et la gronde, et d'un maître sévère Imite, avec amour, la plainte et la colère; Et négligeant ses cris, sa lutte, ses transports, Arme le fouet léger de rapides efforts , Frappe et frappe sans cesse, et s'irrite et menace, Et force enfin sa bouche à lui demander grâce. Telle Vénus souvent, aux genoux d'Adonis, Vit des taches de rose empreintes sur ses lis. Tel l'Amour, enchanté d'un si doux badinage. Loin des yeux de sa mère, en un charmant rivage. Caressait sa Psyché dans leurs jeux enfantins, Et de lacets dorés chargeait ses belles mains.

Fontenay! lieu qu'.\mour fit naître avec la rose, J'irai (sur cet espoir mon âme se repose), J'irai te voir, et Flore et le ciel qui te luit. Là je contemple enfin (ma déesse m'y suit), Sur un lit que je cueille en les riants asiles, Ses appas , sa pudeur, et ses fuites agiles , Et dans la rose en feu l'albàlre confondu. Comme un ruisseau de lait sur la pourpre étendu.

Offrons tout ce qu'on doit d'encens, d'honneurs suprêmes Aux dieux, à la beauté plus divine qu'eux-mêmes. Puisse aux vallons d'IIémus, où les rocs et les bois Admirèrent d'Orphée et suivirent la voix , L'Uèbre ne m'avoir pas en vain donné naissance! Les Muses avec moi vont connaîtra Byzance;

Et si le ciel se prête à mes efforts heureux,

De la Grèce oubliée enfant plus généreux,

Sur SCS rives jadis si noblement fécondes ,

Du Permesse égaré je ramène les ondes.

Pour la première fois de sa honte étonné,

Le farouche turban, jaloux et consterné,

D'un sérail oppresseur, noir séjour des alarmes,

Entendra nos accents et l'amour et vos charmes.

C'est là, non loin des flots dont l'amère rigueur

Osa ravir Sestos au nocturne nageur.

Qu'en des jardins chéris des eaux et du zéphyre ,

Pow vous, rayonnant d'or, de jaspe, de porphyre,

Un temple par mes mains doit s'élever un jour.

Sous vos lois j'y rassemble une superbe cour

Où de tous les climats brillent toutes les belles :

Elles régnent sur tout, et vous régnez sur elles.

Là des filles d'Indus l'essaim noble et pompeux,

Les vierges de Tamise , au cœur tendre, aux yeux bleus,

De Tibre et d'Éridan les flatteuses sirènes,

Et du blond Enrôlas les touchantes Hélène s.

Et celles de Colchos, jeune et riche trésor.

Plus beau que la toison étincelante d'or.

Et celles qui, du Rhin l'ornement et la gloire.

Vont dans ses froidstorrentsbaigner leurs pieds d'ivoire,

Toutes enfin ; ce bord sera tout l'univers.

L'amour croît par l'exemple, et vit d'illusions.

Belles, étudiez ces tendres fictions

Que les poètes saints, en leurs douces ivresses.

Inventent dans la joie aux bras de leurs maîtresse»

De tout aimable objet Jupiter enilammé,

Et le dieu des combats par Vénus désarmé,

Quand, la lèlc en son sein mollement étendue,

Aux lèvres de Vénus son âme est suspendue,

Et dans ses yeux divins oubliant les hasards.

Nourrit d'un long amour ses avides regards;

Quels appas trop chéris mirent Pergame en cendre;

Quelles trois déités un berger vit descendre,

Qui, pour briguer la pomme abanrlonnant les cieux,

De leurs charmes rivaux enivrèrent ses yeux,

Et le sang d'Adonis, et la blanche hyacinthe

Dont la feuille respire une amoureuse plainte;

Et la triste Syrinx aux mobiles roseaux ,

Et Daphné de lauriers peuplant le bord des eaux ;

Herminie aux forêts révélant ses blessures;

Les grottes, de Médor confidentes parjures;

Et les ruses d'Armide , et Tamoureux repos

Où , sur des lits de fleurs, languissent les héros;

Et le myrte vivant aux bocages d'Alcine.

Les Grâces dont les soins ont élevé Racine

Aiment à répéter ses écrits enchanteurs.

Tendres comme leurs j^eux, doux comme leurs faveurs.

Belles, ces chants divins sont nés pour votre bouche, La lyre do Le Brun , qui vous plaît et vous touche. Tantôt de l'élégie exhale les soupirs.

Tantôt au lit d'amour exhale les plaisirs. Suivez de sa Psyché la. gloire et les alarmes; Elle-même voulut qu'il célébrât ses charmes, Qu'Amour vîntpour l'entendre ; et dans ces chants heureux 11 la trouva plus belle et r€;doubla ses feux. Mon berceau n'a point vu luire un même génie : Ma Lycoris pourtant ne sera point bannie. Comme eux, aux traits d'Amour j'abandonnai mon cœur, Et mon vers a peut-être aussi quelque douceur.

POEMES. 25t

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