‹ Poésies. Précedees d'une noticeChapitre 71 sur 93 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

J'accuserai les veiils et celte mer jalouse Qui retient, qui peut-être a ravi La Peyrouse. Il partit. L'amitié, les sciences, l'amour Et la gloire française imploraient son retour. Dix ans sont écoulés sans que la renommée De son trépas au moins soit encore informée. Malheureux ! un rocher inconnu sous les eaux A-t-il, brisant les lianes de tes hardis vaisseaux, Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense? Ou, le nombie et la fraude opprimant ta vaillance, Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain As-tu vu s'apprêter l'exécrable festin ? Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage, Attends-lu ton ami voguant de plage en plage; Ton ami qui partout, jusqu'aux bornes des mers Où d'éternelles nuits et d'éternels hivers Font plier notre globe entre deux monts de glace, Aux Ilots de l'Océan court demander ta trace? Malheureux ! tes amis, souvent dans leurs banquets. Disent en soupirant: « Reviendra-t-il jamais? » Ta femme à son espoir, à ses vœux enchaînée, Doutant de son veuvage ou de son hyménée, N'entend, ne voit que toi dans ses chastes douleurs, Se reproche un sourire, et, tout entière aux pleurs,

FOEMLS. 223

Cherche en son lit désert, peuplé de ton image Un pénible sommeil que trouble ton naufrage.

Un Inca, racontait la conriuèts du Mexique par les Espagnols, que peuple prenait pour des dieux, s'exprime ainsi :

Pour moi, je les crois fils de ces dieux malfaisants

Pour qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens,

Loin d'être dieuxeux-même, ils sont tels que nous sommes

Vieux, malades, mortels. Mais, s'ils étaient des hommes

Quel germe dans leur cœur peut avoir enfanté

Un tel excès de rage et de férocité?

Chez eux peut-être aussi qu'une avare nature

N'a point voulu nourrir celte race parjure.

Le cacao sans doute et ses glands onctueux

Dédaignent d'habiter leurs bois infructueux.

Leur soleil ne sait point sur leurs arbres profanes

Mûrir le doux coco, les mielleuses bananes.

Leurs champs du beau mais ignorent la moisson,

La mangue leur refuse une douce boisson.

D'herbages venimeux leurs terres sont couvertes.

Noires d'affreux poissons, leurs rivières désertes

N'offrent à leurs filets nulle proie, et leurs traits

Ne trouvent point d'oiseaux aaus leurs sombres forêts.

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