MI
A FANNY
Fanny, l'heureux mortel qui près de toi respire Sait, à te voir parler, et rougir, et sourire. De quels hôtes divins le ciel est habité. La grâce , la candeur, la naïve innocence
Ont, depuis ton enfance.
De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.
Sur tes traits, où ton âme imprime sa noblesse. Elles ont su mêler aux roses de jeunesse Ces roses de pudeur, charmes plus séduisants, Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage,
De ce miel dont le sage Cherche lui-même en vain à défendre ses sens.
Oh 1 que n'ai-je moi seul tout l'éclat et la gloire Que donnent les talents, la beauté, la victoire. Pour fixer sur moi seul ta pensée et tes yeux ! Que, loin de moi, ton cœur soit plein de ma présence.
Comme, dans ton absence.
Ton aspect bien-aimé m'est présent en tous lieux.
Je pense : Elle était là. Tous disaient : « Qu'elle est belle I d Tels furent ses regards, sa démarche fut telle, Et tels ses vêtements, sa voix et ses discours. Sur ce gazon assise, et dominant la plaine,
Des méandres de Seine , Rêveuse, elle suivait les obliques détours.
Ainsi dans les forêts j'erre avec ton image ; Ainsi le jeune faon , dans son désert sauvage. D'un plomb volant percé , précipite ses pas. Il emporte en fuyant sa mortelle blessure;
Couché près d'une eau pure.
Palpitant , hors d'baleinc , il attend le trépas.
A FANNY
Mai de moins de roses, l'automnd De moins de pampres se couronne, Moins d'épis flottent en moissons , Que sur mes lèvres , sur ma lyre , Fanny, tes regards , ton sourire , Ne font éclore de chansons.
Les secrets pensers de mou âme Sortent en paroles de flamme , A ton nom doucement émus :
Ainsi la nacre industrieuse Jette sa perle précieuse , Honneur des sultanes d'Ormuï.
Ainsi sur son mûrier fertile Le ver du Cathay mêle et file Sa trame étincelante d'or.
Viens , mes Muses pour la parure De leur soie immortelle et pure Versent un plus riche trésor.
Les perles de la poésie Forment sous leurs doigts d'ambroisie D'un collier le brillant contour.
Viens, Fanny : que ma main suspends Sur ton sein celte noble offrande...
A 1 ANNY MALADE.
Quelquefois un souftle rapide Obscurcit un moment sous sa vapeur humide L'or, qui reprend soudain sa brillante couleur Ainsi du Sirius , ô jeune bien-aimée !
Un moment l'haleine enflammée De ta beauté vermeille a fatigué la fieur.
De quel tendre et léger nuage Un peu de pâleur douce , épars sur ton visage , Enveloppa tes traits calmes et languissants! Quel regard, quel sourire, à peine sur ta couche
En tr'ouvr aient tes yeux et la bouche!
Et que de miel coulait de tes faibles accents!
Oh ! qu'une belle est plus à craindre Alors qu'elle gémit, alors qu'on peut la plaindre, Qu'on s'alarme pour elle. Ah! s'il était des cœurs,. Fanny, que ton éclat eût trouvés insensibles,
Ils ne resteraient point paisibles Près de ton front voilé de ces douces langueurs.
Oui , quoique meilleure et plus belle , Toi-même cependant tu n'es qu'une mortelle; Je le vois. Mais du ciel , toi , l'orgueil et l'amour, Tes beaux ans sont sacrés. Ton âme et ton visage
Sont des dieux la divine image ; Et le ciel s'applaudit de t' avoir mise au jour.
Le ciel t'a vue en tes prairies Oublier tes loisirs , tes lentes rêveries , Et tes dons et tes soins chercher les malheureux, Tes délicates mains à leurs lèvres amères
Présenter des sucs salutaires , Ou presser d'un lin pur leurs membres douloureux.
Souffrances que je leur envie I Qu'ils eurent de bonheur de trembler pour leur vie. Puisqu'ils virent sur eux tes regrets caressants I Et leur toit rayonner de ta douce présence,
Et la bonté , la complaisance , Attendrir tes discours , plus chers que tes présents !
Près de leur lit, dans leur chaumière, Ils crurent Toir descendre un ange de lumière, Qui des ombres de mort dégageait leur flambeau ; Leurs cœurs étaient émus , comme aux yeux de la Grèce,
La victime qu'une déesse Vint ravir à l'AuIide, à Calchas, au tombeau.
Ah ! si des douleurs étrangères D'une larme si noble humectent tes paupières Et te font des destins accuser la rigueur, Ceux qui souffrent pour toi, tu les plaindras peut-être^
Et les douleurs que tu fais naître Ont-elles moins le droit d'intéresser ton cœur?
Troie, antique honneur de l'Asie, Vit le prince expirant des guerriers de Mysie D'un vainqueur généreux éprouver les bienfaits. D'Achille désarmé la main amie et sûre
Toucha sa mortelle blessure.
Et soulagea les maux qu'elle-même avait faits.
A tous les instants rappelée.
Ta vue apaise tnusi l'âme qu'elle a troublée. Fanny, pour moi ta vue est la clarté des deux; Vivre est te regarder, t'aimer et te le dire ;
Et quand tu daignes me sourire , Le lit de Vénus même esc sans prix à mes yeux,
'262 OULS.