AUX PREMIERS FRUITS DE MON VERGER
Précurseurs de l'automne, ô fruits nés d'une terre Où l'art industrieux, sous ses maisons de ver:«, Des soleils du Midi sait feindre les chaleurs , Allez trouver Fanny, cette mère craintive. A sa fille aux doux yeux, fleur débile et tardive, Rendez l-i force et les r ouleurs.
Non qu'un péril funeste assiège son enfance ; Mais du cœur maternel la tendre défiance N'attend pas le danger qu'elle sait trop prévoir. Et Fanny, qu'une fois les deslins ont frappée, Soupçonneuse et longtemps de sa perle occupée, Ticdoule de loin leur pousoir.
I/élé va dissiper de si promptes alarmes. Nous devons en naissant tous un tribut de larmes. Les siennes ont déjà trop satisfait aux dieux. Sa beauté, ses vertus, ses grâces naturelles, Wont point des dieux sans doute, aipsi que des niu- icllesy Armé le courroux eiuicuA.
Belle bientôt comme elle , au retour d'Érigoiie L'enfant va ranimer, nourrisson de Pomone , Ce front que de Borée un souffle avait terni. Oh! de la conserver, cieux, faites votre étude; Que jamais la douleur, même l'inquiétude, N'approchent du sein de Fanny.
Que n'est-ce encor ce temps et d'amour et de gloire Qui de PoUux, d'Alcesle , a gardé la mémoire , Quand un pieux échange apaisait les enfers ! Quand les trois sœurs pouvaient n'être poiut inflexibles. Et qu'au prix de ses jours , de leurs ciseaux terribles On rachetait des jours plus chers!
Oui, je voudrais alors qu'en effet toute prête, La Parque , aimable enfant, vînt menacer ta tèfc, Pour me mettre en ta place et te sauver le jour; Voir ma trame rompue à la tienne enchaînée, Et Fanny s'avouer par moi seul fortunée , Et s'applaudir de mon amour.
Ma tombe quelque jour troublerait sa pensée. Quelque jour, à sa fille entre ses bras pressée , L'œil humide peut-être , en passant près de moi : « Celui-ci, dirait-elle , à qui je fus bien chère. Fut content de mourir, en songeant qu€ ta mère N'aurait point à pleurer sur toi. •
A FANNY'
Non, de tous les amants les regards, les soujnrs
Ne sont point des pièges perfides.
Non , à tromper des cœurs délicats et timides
Tous ne mettent point leurs plaisirs.
Toujours la feinte mensongère Ne farde point de pleurs , vains enfants des désir».
Une insidieuse prière.
Non , avec votre image , artifice et détour,
Fanny, n'habitent point une âme ; Des yeux pleins de vos traits sont à vous. Nulle femme
Ne leur paraît digne d'amour.
Ah ! la pâle fleur de Cîytie Ne voit au ciel qu'un astre; et l'absence du jour
Flétrit sa tête appesantie.
Des lèvres d'une belle un seul mot échappé
Blesse d'une trace profonde Le cœur d'un malheureux qui ne voit qu'elle au monda
Son cœur pleure en secret frappé ,
Quand sa bouche feint de sourire.
Il fuit; et jusqu'au jour, de son trouble occupé,
Absente , il ose au moins lui dire :
« Fanny, belle adorée, aux yeux doux et sereins,
Heureux qui n'ayant d'autre envie Que de vous voir, vous piaire et vous donner sa vie.
Oublié de tous les humains , Près d'aller rejoindre ses pères , Vous dira , vous pressant de ses mourantes mains : Crois-tu qu'il soit des cœurs sincères? »