‹ Poesies: Premiere SerieChapitre 14 sur 81 · UNE TEMPÊTE AU CAP S A I NT -VI N C E NT · texte numérisé non relu

UNE TEMPÊTE AU CAP S A I NT -VI N C E NT

Il avait fait un jour charmant et clair : la nuit S’annonça mal. Le flot qu’une autre vague suit. Déferlait sur le pont avec des bruits funèbres.

La lune par instans, du milieu des ténèbres. Emergeait, et blafarde au fond d’un ciel tout noir, Soudain disparaissait, et ne laissait rien voir.

Le vent sifflait très- fort à travers la mâture;

Le navire roulait, et comme à l’aventure Allait et se plaignait avec ces voix qui font Frissonner, et la nuit dans un effroi profond. S’accouder pour entendre une âme plus qu’humaine Crier et sangloter parmi les ais du chêne.

SUR LES CHEMINS

Énorme, monstrueux, noir et fendant le flot,

Le navire avançait pareil au cachalot.

Masse prodigieuse, effrayante, où la vie Aux lois du mouvement se montrait asservie.

La chaudière sifflait comme par un évent Et mêlait sa terreur à la terreur du vent.

Nous allions.

Moi, penché sur l’Océan qui gronde.

Je songeais à ma vie errante et vagabonde. J’interrogeais le ciel et l’horizon plus noir Que mon cœur, et désir même du désespoir.

Je songeais longuement dans ce péril extrême. Oublieux de la vie et de tous ceux que j’aime.

Que tout allait pour moi finir sans nul effort.

Et que l’éternité s’ouvrirait comme un port.

N’être rien, et sentir que pour briser cet être Chétif et misérable et prêt à disparaître.

Il faut que la Nature entre en convulsions.

Et que sur l’Océan Dieu lâche ses lions;

Ameuter contre soi la vague et la tempête.

Et menacer la mort et relever la tête Et dire : Il ne faudra rien moins que l’Océan Pour me vaincre et jeter mon cadavre au néant; C’est une joie exquise et c’était ma fortune!

Que n’as-tu donc, ô mort, assouvi ta rancune,

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