‹ Poesies: Premiere SerieChapitre 15 sur 81 · UNE TEMPÊTE AU CAP SAINT-VINCENT · texte numérisé non relu

UNE TEMPÊTE AU CAP SAINT-VINCENT

Puisqu’il faut renoncer un jour aux lendemains.

Et que je te voyais des roses plein les mains ! Cependant, ballotté par la mer en furie,

Dans la vague qui pleure et dans le flot qui crie.

Je tressaille... Est-ce un rêve? ou suis-je déjà mort ? N’ai-je point entendu tout à l’heure à bâbord Un coup de mousqueton suivi d’une réplique ?

Cela semblait venir du large; je m’applique A distinguer les bruits dans ces bruits discordants. Timide, j’intercède auprès des commandans.

Regardez !... dans l’horreur des ténèbres profondes N’apercevez-vous pas s’abaissant sur les ondes La lueur d’un fanal qui tremble, et par instans Se relève au milieu des flots retentissans?

C’est quelque barque en peine : Alerte, camarades. Virons! s’il faut mourir, mourrons-nous plus malades? Les braves gens ! déjà nous voici dans les eaux Des naufragés joyeux dont on voit les signaux,

C’est un navire anglais, démâté, sans bordage,

Sans voile et sans canot, neuf hommes d’équipage,

A moitié morts, vivans arrachés au cercueil !

La malle-poste anglaise en avait fait son deuil.

Les ayant vus, et, comme il faut qu’elle dépêche.

Avait fait à la mort sa part de viande fraîche.

Nous sommes moins pressés, nous Français; nousavons Le temps; puis le danger convient aux vagabonds.

SUR LES CHEMINS

(( Pour porter une amarre à bord, il faut quatre hommes De bonne volonté... Commandant, nous en sommes! Bien, mes enfans ! Partez dans le porte-manteau.

Et nous nous reverrons soit ici, soit là-haut ! ))

L’amarre est élongée, et sans autre aventure On traverse la nuit, une nuit longue et dure.

Ainsi qu’un naufragé qui s’accroche avec peur,

La barque menaçait d’aborder son sauveur.

Et venait par instans, jouet de la tempête.

Nous talonner ou bien nous frapper de la tête Comme un bélier rétif et prompt à s’irriter;

On manœuvre, et la nuit se passe à l’éviter.

Le calme reparaît sur les flots, et, moins blême,

La lune montre au ciel sa face de carême...

Mais enfin tout va mieux, et le matin plus clair Rayonne. La bourrasque a fui comme un éclair. Sauvés ! Le soleil brille, et la mer au loin fume;

Nous en serons, je crois, quittes pour un gros rhume, Et déjà nous entrons, ô Cadix, dans tes ports. Aujourd’hui, le trois mai, fête du sacré Corps!

A bord de la Bretagne, 3 mai iSSq.

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