DUO D’AMOUR
Traduit de la très-excellente histoire du Marchand de Venise par William Shakespeare.
LORENZO
La lune resplendit! Par une nuit pareille,
Tandis que le zéphyr baisait tout doucement Les arbres sans qu’un bruit vînt offenser l’oreille,
La lune resplendit — par une nuit pareille,
Troylus est monté sur le rempart fumant.
La lune resplendit ! Par une nuit pareille.
Il mit dans un baiser son pauvre cœur aimant.
Et vers sa Cressida qui reposait vermeille,
La lune resplendit — par une nuit pareille.
Vers les tentes des Grecs l’envoya mollement.
JESSICA
La lune resplendit! Par une nuit pareille.
Au rendez-vous d’amour Thisbé, vers son amant, Gourait... son pied rasait les fleurs comme une abeille.
SUR LES CHEMINS
La lune resplendit — par une nuit pareille,
Elle vit le lion — et s’enfuit follement !
LORENZO
La lune resplendit ! Par une nuit pareille,
Didon était debout au bord du flot dormant.
Elle agitait dans l’air le saule qui conseille.
La lune resplendit — par une nuit pareille.
Et suppliait l’ingrat qui fuit traîtreusement.
JESSICA
La lune resplendit ! Par une nuit pareille,
Médée allait cueillir l’eringium charmant,
Par les monts ténébreux, elle emplit sa corbeille, La lune resplendit — par une nuit pareille,
Œson meurt et renaît de son égorgement.
LORENZO
La lune resplendit ! Par une nuit pareille, Jessica, ma beauté, quitta furtivement Son vieux père, et tandis que Venise s’éveille,
La lune resplendit — par une nuit pareille,
Elle courait sans peur au bras de son galant.
JESSICA
La lune resplendit ! Par une nuit pareille.
Le jeune Lorenzo jurait — toujours il ment,
De n’aimer qu’une fois sa beauté nonpareille.
La lune resplendit — par une nuit pareille.
Le jeune Lorenzo mentait affreusement.