A ANTOINE FAUCHERY, MORT A YOKOHAMA
J’ai vu, ce soir, de ma terrasse,
Son front si clair briller dans l’eau;
Pour le baiser, j’étais trop haut, —
Pour le fuir — j’avais trop d’audace!
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.
Il flottait, coupé par la lame.
Comme un gracieux nénuphar;
Ce front fuyant sera ma dame.
Je le jure par mon kandjar !
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.
Sous les roses fleurs du pêcher,
J’ai noyé le beau front rebelle,
Mais il reparaît de plus belle...
Le flot ne veut pas le cacher!
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.
Ah! pour suivre et baiser sa trace Si j’étais l’ombre du sureau!
Je m’en irais au fil de l’eau . . .
Maudit soit cet amour fugace !
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.
A l’heure où la lune se lève.
Je veux revenir chaque soir Sur la terrasse, afin de voir Radieux, se lever mon rêve!
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.
Et pour arrêter le contour Du jeune et gracieux visage Qui devant mes yeux flotte et nage, Libellule de mon amour !
Verse, Bouddha, verse l’oubli Au petit cousin de Fô-Li.