LE ROSSIGNOL PRISONNIER
A l’heure où le bourgeois docile Dans ses foyers rentre à pas lents,
A l’heure où les sergens de ville Guettent les voleurs indolents,
Où promenant ses rêveries A travers la grande cité.
Le poète en rimes fleuries Dilate son cœur agité.
Je m’en vais songeur triste et sombre Là-bas, dans un vilain quartier,
Pour écouter perdu dans l’ombre La voix d’un oiseau prisonnier.
C’est un rossignol dans sa cage.
Son maître lui creva les yeux.
TRISTESSES ET JOIES
Pour qu’il charmât le voisinage Et pour qu’il égayât les deux.
Longtemps se tut la voix ailée,
Mais toute douleur a sa fin;
Il eût pu prendre sa volée,
Mais il faut bien gagner son pain.
Repoussant la mort et ses voiles.
Il fit le jour dans son tombeau.
Ralluma toutes les étoiles;
— Le chanteur chanta : c’est son lot!
Quand viennent les premières brises Du gai printemps et des beaux jours, il croit aux feuilles, aux cerises.
Mais il ne croit plus aux amours.
Il croit aux haines éternelles.
Au noir chagrin, aux lois du fort;
Il croit parfois qu’il a des ailes,
Mais il croit surtout à la mort !
O rossignol ! comme moi-même Captif, toi l’enfant des bois verts.
Le triste chanteur, que Ton aime Pour ta voix et pour tes concerts,