‹ Poésies (volume 2)Chapitre 115 sur 208 · LA COLOMBE BLANCHE · texte numérisé non relu

LA COLOMBE BLANCHE

— Dis-moi , dis-moi , colombe blanche, Qu'es-tu, toi qu'on aime toujours?

Viens à moi de la haute branche,

De l'espace immense où tu cours !

— Ma patrie est aux cieux ; la terre N'a jamais touché mes pieds nus.

En Grèce je fus Pérystère, Blanche compagne de Vénus.

Mahomet aux croyants fidèles Me montre au milieu des Houris, Et l'Inde croit que sous mes ailes Brahma réchauffe les Péris.

Le Christ m'orna d'une auréole, Et j'apparais sur les autels Comme un mystérieux symbole Au-dessus du sens des mortels.

C'est mqi qui porte la couronne Et du martyre et du bonheur; J'aime, je bénis , je pardonne, Je suis l'Esprit saint du Seigneur.

Je suis cette blanche colombe, Qui sauve et console toujours, Oiseau du ciel et de la tombe, Oiseau des dernières amours.

Au pauvre tremblant dans la boue J'envoie un peu de Tor d'Ophir, Au roseau que le vent secoue Je ramène un plus doux zéphyr.

Au magistrat je dis : — « Fais grâce ! » Au pontife : — « Sache bénir 1 »

A l'homme heureux : — « Le bonheur passe ! » Au malheureux : — « 11 va venir! »

Au tombeau qui c|Ç pleurs s'arrose, Je dis : — a Faip , tombeau triste et noir, De chaque pleur naître une rose, De chaque doujeur un espoir. »

Je suis çe^e J?lancbe colonie, Qui sauve et console toujours , Oiseau du ciel et dp 1? toimbg, Oiseau des dernières grftoprs.

LA COLOMBE 6LAKCHE. &7

— Bîattche coltimbe (|ui consoles , Accours â moî d'un roi léger.

Écoute, écouté mes paroles ; Je ssite dès maux à soulagée.

Auprès d'tirie champêtre église, Dans 16 champ; d'éternel repos , Une crôtè dé bois est assise Entre des1 lis et des pavots*.

Sans doute Une lumière sainte Devra te guider dans ces lieux , D'où , lorsque la vie est éteinte, L'âme s'élàncé vers les cieux ;

Car c'est là que, du corps de fange, L'âme de l'enfant regretté S'éleva, comme un lis qu'un auge Dans l'espace aurait emporté.

Vole, vole, blanche colombe !

Sauve et console-nous toujours , Oiseau du ciel et de la tombe, Oiseau des dernières amours.

Monte, avec la chaste prière Et l'encens brûlé sur l'autel ; Trouve cette âme de lumière Dans les plus beaux parvis du ciel.

Parle, comme au roi sur son trône, A ce nouveau-né du Seigneur, Et demande-lui son aumône D'un peu d'amour et de bonheur.

Si quelque retour vers la terre Arrache une larme à ses yeux , Verse dans le cœur de sa mère Ce diamant tombé des cieux ;

Et quand , d'amertume oppressée, Elle pleureray que ses pleurs Soient comme la douce rosée Qui brille au matin sur les fleurs.

Vole ! vole ! blanche colombe !

Sauve et console-nous toujours , Oiseau du ciel et de la tombe, Oiseau des dernières amours.

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