‹ Poésies (volume 2)Chapitre 116 sur 208 · SALOMON DE CAUS · texte numérisé non relu

SALOMON DE CAUS

L'ean montera par aide dn feu plus hant que son niveau.

S. de Caus. (1615).

Parmi les insensés au fond d'un cachot sombre , Voyez cet homme assis dans l'ombre.

Parfois il pousse un cri qui n'a plus rien d'humain;

Parfois l'œil immobile et la tête baissée, 11 semble suivre une pensée :

Tel il est aujourd'hui, tel il sera demain!

Souvent il se réveille, il s'agite, il s'écrie : — t Je suis le roi de l'Industrie!

Un moteur invincible est soumis à mes lois;

Co levier tout puissant que rêvait Archimède, Je l'ai découvert. Par son aide

Ma main de l'univers va déplacer le poids.

v Voyez ces tourbillons ! c'est la vapeur brûlante Qui s'exhale de l'eau bouillante.

Je clos le vase où plonge un long tube de fer ;

J'active le brasier; l'eau mugit renfermée, Et, sous la vapeur, comprimée,

Monte eri jet par te tàbe et s'élance dané l'air.

« Par la vapeur de l'eau vous verrez les machines Extraire les fardeaux des mines ;

Le lin se tissera sous les doigts des métiers;

Les vaisseaux, dédaigneux des vents et des étoiles, Vogueront sans agrès, sans voiles;

Les chars devanceront le galop des coursiers 1 »

Les geôliers le font voir au passant incrédule Qui rit, au seuil de la cellule,

Des songes creux éclos dans ce cerveau de plomb.

Ainsi lorsque Colomb, de son doigt prophétique, Montrait aux Génois l'Amérique,

Les Génois s'égayaient aux rêves de Colomb l

De Caus avait osé soumettre sa pensée Au roi qui déchira la requête insensée

Avec un mépris obstiné.

Il avait de ses plans fatigué les ministres , Si bien qu'un jour, saisi par des agents sinistres ,

A Bicêtre il se vit traîné.

SALdMoN DE GAtJS. Mi

Qu'il dut être assailli d'une douleur immense Ce grand homme insulté dans son intelligence,

Par le dédain et le courroux , Ce penseur néoonwi dont Te puissant prdbtàrrië Décernait à la France un nouveau diadème,

Et qu'on jetait parmi lès fous !

Combien de tempe, parmi ees âmes dégradées* , Au mal contagieux qui trouble les idées ,

Put-il résister pas à pas ?

Combinant se9 desseins dans sa vaste mémoire, Combien de temps encore espéra-t-il la gloire*?

Mais la gloire h'&rrîvait pas.

Enfin un de ces coeurs que charme la science, Un Anglais, Worcester, ambassadeur eh France,

A Bicêtre vient par hasard. •* Il entend le captif, il s'étonne, il admire : — « Ouvrez luil ce n'est pas un esprit en délire;

Qu'il soit libre!... » Il était trop tard !. .

De Caus était bien fou ! Worcester triste et sombre Sortit : — « Ce n'est plus lui , disait-il , c'est son ombre

Qui gémit dans cette prison ; Mais quand on l'y jeta c'était un grand gépie. Bourreaux 1 que son malheur soit votre ignominie,

Vous avez tué sa raison ! r>

0 Salomon de Caus ! de ton âme immortelle

Us ont étouffé l'étincelle !

Si leur dédain fatal n'eût éteint ce foyer. Tu serais parmi ceux que l'univers écoute,

Qui des humains marquant la route.

Couronnent de leur gloire un siècle tout entier.

Des sciences jadis tu sondais les merveilles , Jadis, pour éclairer tes veilles,

Devant toi le génie allumait son flambeau ;

Mais Tâme dans ton corps ne fut pas assez forte, Tu survis à ta raison morte.

Dors , cadavre animé , dans ton vivant tombeau !

Que de fois la folie, en ce monde où nous sommes, A brisé l'essor des grands hommes !

Icares inconnus vers la gloire envolés,

Ils ont fondu leur aile à son éclat sublime, Et sont retombés dans l'abîme,

Emportant leurs secrets qu'ils n'ont pas révélés.

Quel pouvoir désastreux , quelles lois acharnées Enchaînent donc ces destinées?

Pour ces flambeaux éteints n'est-il pas un réveil?

Brille, raison puissante, illumine le monde! A genoux dans la nuit profonde.

Nous attendons le jour. — Lève-toi donc, soleil !

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