LE TRAPPISTE
Pauvre trappiste , au fond du cloître austère , Le temps me pèse , et quand Dieu me dirait : — « Demain , mon fils , tu seras sous la terre ! » Prêt à sonder le terrible mystère , Je verrais fuir le soleil sans regret.
Parfois pourtant, quand le jour étincelle , L'espoir remonte à mon front soucieux.
L'oiseau chanteur , la source qui ruisselle , Les champs , l'air pur où mon Dieu se décèle , Charment encor mon oreille et mes yeux.
Mais vient la nuit. À mes maux je succombe; Pour moi le cloître est plus qu'une prison. Je crois , vivant étendu dans la tombe , Frapper du front la pierre qui retombe.... Mon désespoir lutte avec ma raison.
Navré d'amour , en ma douleur profonde, Cherchant l'oubli comme un divin bienfait,
J'avais cru fuir et mon cœur et ie monde. Et cet habit cache un volcan qui gronde : Malheur à moi! Qu'ai-je dit? qu'ai-je fait?
Quand le matin je vais à la chapelle, Quand je s gis seul à prier dans' Je cbœur , Mon chant s'éteint dans ma gorge rebelle. Je crois entendre une voix qui m'appelle , Timide voix qui me brise le coeur.
Votre portrait , sajnte Vjerge Marie , .
Dans les vapeurs qu'exhaje l'encensoir, Prend à mes yeux une forme chérie ; Ce n'est plus vous, c'est ejte que j^ prie : Je resterais à genoux jusqu'au soir.
Un frère ajors m& tire par ma ro|)e ;
Je me relève et vais sans savoir où.
Mon pied tremblant sous mon corps se dérobe ;
Sans m'éveiller, pieu briserait le globe.
Je vais mourir ou j'en (deviendrai fou !
Mon cœur palpite à rompre ma poitrine, Ma tête brûle et j'ai froid ! Si j'osais • M'offrir en face à la fureur divine, Si je frappais ma tête que j'incline Contre le marbre et si je Ja brisais !
Non ! loin de moi cette lâche pensée 1 Pitié , Seignepr , ou je serai vaincu.