SALOMON DE CAUS
Le soleil s'est levé! si le sceau du mvstère
Quelquefois dérobe à la terre Ces secrets imposants, ils viendront en leur lieu. Comme une graine obscure à Ja glèbe livrée,
Leur semence germe ignorée Pour ne mûrir enfin qu'au jour marqué de Dieu.
Voyez ces fumantes colonnes Dominer les toits des cités !
Écoutez les bruits monotones De ces marteaux précipités !
Partout les brûlantes usines , En accélérant leurs machines , Doublent les produits du travail.
De cette industrie incessante, Qui marche, toujours plus puissante, La vapeur est le gouvernail.
0 vapeur! reine de la terre!
Que rêva Salomon de Caus , Vapeur ! dont l'active Angleterre Employa les moteurs nouveaux , Gloire à toi , puissance infinie, De la chaleur à Fonde unie Sombre et mystérieux hymen !
Découverte à jamais féconde Qui lègue aussi vos noms au monde, Papin, Watt, FuItonr Neucommen!
Les ouragans , Tonde animée Ne retardent plus les vaisseaux J Sous leur panache de fumée , Fulton les lance sur les eaux.
Ils enchaînent par la pensée, A l'Amérique hier laissée L'Europe qu'ils verront demain ; Et , de l'un à l'autre rivage.
Sur un Océan sans naufrage, Les peuples se tendent lai main. •
Couvrant les continents immenses De ses chemins , vaste réseau , Stevenson franchit les distances Avec les ailes de l'oiseau»
Dispersant partout les lumières, La vapeur détruit les frontières Et le commerce est délivré.
Concitoyens par l'industrie, Les peuples n'ont plus pour patrie Que le nioddê régénéré.
Homme, atome d'une journée, Jeté sur un globe perdu * A quelle haute destinée Par ton savoir moriteras-tu ?
Ardent à vouloir l'impossible, Sur quelque puissance invincible Tu poses ton pied conquérant ; Et , pour réaliser ton rêve,
SÀLGMQN DE C4US. *7fr
Le monde à ta voix se soulève :
Homme, que ton pouvoir est grand !
Tu marches chaque jour de miracle en miracle, Sans cesse grandissant, renversant chaque obstacle,
Sans t'arrêter dans tes revers , Et peut-être demain, à l'étroit dans ce monde, Tenteras-tu d'aller, sous la voûte profonde,
Conquérir un autre univers.
Qui sait? Tu trouveras des ailes plus légères. Tu toucheras du pied ces éternelles sphères
Que déjà mesure ton œil.
Mais à chaque échelon que franchit ton génie, Tu te crois le premier dans l'échelle infinie,
Tu te gonfles dans ton orgueil.
Tremble, présomptueux! ton orgueil est ta perte; Ta force te trahit dans chaque découverte ;
Tes vaincus. maudissent leur frein.
Le terrible moteur dompté par ton courage, Comme un lion captif, se tourmente avec rage,
Et ronge son caehot d'airain.
Dans ce vaisseau fumant, qui des vagues se jojie , La goutte 4'frui)e absente arrête quelque roue ;
Un sourd murmure q. retenjj...
Un craquement Jiorrible, un cri se fait entendre...
Tout saute... et l'air encor est obscurci de cendre, Que les flots ont tout englouti.
Sous ce char flamboyant qui vole avec son maître, Par la main du hasard , la main de Dieu peut-être,
Un seul grain de sable est placé.
L'homme n'a pas prévu l'invisible menace, Et ses lambçaux sanglants se mêlent dans l'espace
Aux débris du char fracassé,
Si demain, découvrant une force ignorée, Pour franchir à ton gré le céleste empirée
Tu t'ouvres un chemin de feu , Quelque atome inconnu te brisera les ailes; Car tu te croirais roi des voûtes éternelles,
Tu dirais : — « C'est moi qui suis Dieu 1 »
Homme ! c'est pour cela que toujours sur ta route, L'obstacle le plus vil et que nul ne redoute
Réprime ton essor géant ; Pour que tu sois forcé, dans ton audace alfcière, D'humilier ton front, de baiser la poussière, Et de confesser ton néant.
Aussi quand la vapeur a brisé son écorce, Quand la matière esclave un jour reprend sa force
Et se venge en te dévorant , Prête l'oreille aux voix qui grondent sur ta tête, Et tu les entendras crier dans la tempête :
— « Dieu seul est fort! Dieu seul est grand! »