MAITRE ALAIN CHARTIER
QUE LA REINE MARGUERITE D'ECOSSE AVAIT EMBRASSÉ PENDANT QU'lL DORMAIT
Ah ! maître Alain , que vous êtes heureux ! Front qu'a baisé la bouche d'une reine , Avez senti son odorante haleine Passer en songe à travers vos cheveux !
Quand vous dormez tant d'honneur vous requière. Si pareil los advient rien qu'en dormant; Pour obtenir semblable enchantement , Voudrais dormir , dormir ma vie entière.
Mais le baiser qu'aimerais obtenir N'est point celui qu'une reine vous donne; Car celle-là ne porte de couronne De qui voudrais un si doux souvenir.
Si fait pourtant; sou front charmant que j'aime, Par sa beauté de tous autres vainqueur , Des fleurs des champs moins pures que son cœur , Parfois se tresse un léger diadème.
Est reine aussi , reine de mes amours , Et j'ai bâti sofi trône dans mon âftiê ; Y régnera , sans révolte et sans blâme. A son empire ai cédé pour toujours.
Ah 1 maître Alain , que ne puis-je prétendre Avoir un jour , pouh té prix de ma foi , De celle-là qui me tient sous sa loi , Pareil baiser!... dussé-je encor le rendre!
CÀSîMitt bfcUViGSÈ
POÈME Qai a obtenu à Roses ne Médaille 4e Temeil
A LA NÔftMANÔIE
SHÎ ne zft*âcUAirait pas , il he ih'eùt pas chanté
Casimir Delayigne.
Pleurez , Muses, pleurez! —Et toi , chère Neustrie , Toi le plus beau fleurofi de ma belle patrie , Penche-toi sur ton fleuVè aux flots irrésolus ; Cache ton noble front sur un funèbre voile ; Notre ciel a perdu sa plus brillante étoile : Pleuré ! Delavigae n'est plus !
France qu'il aimait tant, H n'est plus ton Poëte ! La mort a mis son doigt sur sa bouche muette. Qui dira comme lui tes splendeurs â venir? Il a pleuré ton deuil et chanté tes victoires. France, tous tes malheurs, France , toutes tes gloires Le lèguent à ton souvenir.
Il n'est plus! —Que de fois, au milieu des orages, 0 Poète ! chantant tes immortels ouvrages , Le peuple , avec espoir, leva son front plus fier! Ta voix, brillant écho de ta haute pensée, Faisait , dans cette foule à te suivre empressée , Passer un sympathique éclair!
Aux champs de Waterloo , lorsque l'Europe entière Insultait à nos preux tombés dans la poussière; Quand la patrie à peine osait gémir tout bas, Le chant qui résonna sur la harpe du barde Fut un hymne de pleurs pour l'héroïque Garde Qui meurt et qui ne se rend pas !
Quand Botzaris leva sa tête révoltée , A tes accents Argos crut entendre Tyrtée , L'Albanie opprimée enfanta des soldats ; Athènes secoua ses entraves servîtes , Et Sparte réveilla l'écho des Thermopyles Au grand nom de Léonidas !
Si tu ressuscitais un héros des vieux âges, C'était Colomb trouvant, malgré tant de naufrages, Malgré les envieux plus cruels que les mers , Cette Amérique , en maux plus qu'en trésors féconde , Et, pour prix de sa peine, en échange d'un monde , De son roi recevant des fera!
Ou c'était Jeanne d'Arc , qui de sauver la France . Bergère, concevait l'incroyable espérance,
Se levait, combattait, écrasait l'ennemi; Puis, captive et traînée au bûcher funéraire, Se prenait à pleurer , songeant à son vieux père Qui l'attendait à Domrémy.
La grande ombre de Foy se mêlait , dans tes rêves, Aux vieux noms évoqués sur les romaines grèves; Tu passais , dans ton vol , de Tyrtée à Byron ; Tu nous chantais aussi les trois sombres guerrières Qui vinrent, du sommet de ses gloires altières, Précipiter Napoléon 1
Mais d'où partent ces cris ! Que veulent ces tempêtes? Le canon de Juillet a grondé sur nos têtes : Paris brise en trois jours sa vieille royauté. Tu te lèves' soudain , ap bruit de la bataille, Et ton vers citoyen tonne, avec la mitraille, Le réveil de la Liberté !
Ce n'est pas tout encor : Thalie et Melpomène Ont promis à son front les lauriers de la scène. Silence 1.... Un noble éclat dans ses regards a lui ; Mille héros divers se dressent devant lui. Sors du tombeau sanglant , Faliéro , triste Doge ! Le sang victorieux dont s'empourpre ta toge , Le vieux sang de Zara ne te sauvera pas; II faut subir la honte et subir le trépas ! Sombre Plessis-lès Tours ,. renais de tes ruines ;
Garde écossaise, , au poste ! Et vous , Coytier , Commines , Tristan , relevez- vous ! Toi , reviens de l'enfer , Courbe-les tous encor sous ton sceptre de fer , Monarque au cœur pétri de limon et de bronze ,
Hypocrite, haineux et cruel Louis-Onze!
Et vous , faibles enfants , dignes de tant d'amour , Fils d'Edouard , rentrez aux cachots de la tour ! Gïocester vous poursuit d'une sombre colère ; Offrez vos jeunes fronts aux baisers d'une mère , Qui vous baigne de pleurs pour la dernière fois; Enfants, il faut mourir.... vous êtes fils de rois!
Toi qui sais au néant arracher ces figures,
Femmes, vieillards, enfants, guerriers sous leurs armures,
De qui donc le tiens-tu ce magique pouvoir
De nous prendre à ta guise et de nous émouvoir ,
De nous faire subir amour, espoir, alarmes ,
Et de nous rendre heureux en nous tirant des larmes?
Oui , tu le tiens du ciel , et ton âme de feu ,
Par la création , se rapproche de Dieu.
Tu veux ! un monde naît de t$ seule pensée !
Du fond des temps , la honte ou la gloire passée ,
Pour éclairer nos cœurs , se lève a ton appel ;
Et ce que son doigt touche , il le crée immortel !
Ainsi, quand Pàolo,* pieusement infâme ,
En poignardant son frère a cru Sauver son âme ,
Tressaillant tour à tour de terreur, de pitié ,
Nous pleurons avec toi ta féroce amitié.
De Lindsey , qui poursuit la faveur populaire ,
Nous aimons le brûlant et noble caractère ;
Et, quand il est trahi, notre cœur attristé
Maudit comme le sien la popularité.
La popularité, faveur vide , ombre vaine,
Qu'un rien a fait grandir et qu'un rien tourne en haine !
Dédaignons-la toujours, et, fussions-nous trahis,
N'ayons de but, d'espoir, que le bien du paysl
Faisons comme le Cid , qui , chassé par ses princes ,
S'en allait en exil leur gagner des provinces !
O poète ! le Cid , le Cid Campéador
Fut "ton dernier héros , fut le dernier trésor
Que nous légua ta Muse! — Alvar , Rodrigue, Elvire,
Venez mêler vos pleurs ! venez , le Cid expire ,
Et comme toi , Poète , il meurt victorieux ,
Il s'éteint dans sa gloire 1 .... — O sort mystérieux !
Pour chanter ce héros, la merveille espagnole,
Tu semblais de Corneille avoir pris l'auréole.
Près de quitter les deux , ton astre , en son ardeur ,
Semblait grandir encor , redoublant de splendeur,
Et s'abîmait, brillant d'une gloire pareille ,
Où se leva jadis l'astre du grand Corneille !
Maintenant, la terre du deuil Couvre la dépouille modeste De celui qui fut notre orgueil.
A notre douleur il ne reste Qu'un souvenir et qu'un cercueil!
Brûlant soleil de l'Italie , Toi qu'il allait chercher, toi qu'il chantait si bien, Pour raffermir sa vigueur affaiblie , 0 soleil! tu ne pouvais rien!
Si quelque Heu sur terre eût pu calmer la flamme Qui dévorait ce corps trop faible pour son âme , C'était le sol natal 1 Peut-être qu'au retour Le parfum de ses bois, de sa brise attiédie Eût encor réveillé sa vigueur engourdie ,
Et de toi , verte Normandie , Pour la seconde fois il eût reçu le jour !
Vallon de Pressagni , champs fleuris par a Seine , Coteaux qu'il préférait, que ne l'accueilliez- vous? Hélas ! sa chère Madeleine , Ces lieux si beaux , ces lieux si doux , Ils n'étaient plus à lui! — La pelouse fleurie, Le parc baigné des eaux , la maison , le verger , Tout ce qui fut jadis sa retraite chérie, L'auraient pu méconnaître ainsi qu'un étranger !
Mais vous que sa bonté , sa tendre bienfaisance Soulagea tant de fois , vous , pauvres d'alentour, Vous l'eussiez accueilli ; les chagrins de l'absence Ne vous l'auraient pas fait dédaigner au retour. Tu l'aurais reconnu , passagère hirondelle , Toi qui, tous les étés, saluant son séjour, Revenais habiter la persienne fidèle,
Qu'il n'osait pas ouvrir à la saison nouvelle , De peur de troubler ton amour !
Majs il était trop tard.... Rive de sa naissance,
Toi son bonheur, son espérance, Neustrie , où tant de fois il vit les fleurs s'ouvrir, Ton aspect n'aurait pu ranimer sa faiblesse,
Ni prolonger d'un jour sa précoce vieillesse
Delavigne devait mourir !
Et , comme une harpe sonore , Échappant tout à coup à d'inhabiles doigts ,
Tombe , se brise et vibre encore....
Il tomba , le Poète.... et sa mourante voix Chantait encor , chantait pour la dernière fois ! C'étaient de longs fragments d'une œuvre commencée , Qui déjà palpitait au fond de sa pensée ,
Mais qui n'existait qu'en lui seul ,
Et qui s'est avec lui glacée
Dans les plis muets du linceul !
Ainsi la fleur, cueillie avant d'être formée,
Tombe et meurt inconnue aux pieds du moissonneur,
Emportant avec elle , en son urne fermée ,
Les suaves parfums qui dormaient dans son cœur.
. Février 4844.
LA CHANSOtf DES BOIS
SONNET
A MARIE DÉStftÊE.
La connais-tu, cette chanson plaintive, Que dans la nuit les bois disent aux cieux? Às-tu longtemps, d'une oreille attentive , Bu ces soupirs lents et mélodieux ?
As-tu senti la brise fugitive
Porter là-haut des parfums précieux ,
Et regretté que ton âme captive
Ne pût monter dans l'espace avec eux?
C'est que , la nuit, dans l'ombre et le mystère. Aux astres d'or gravitant à l'entour , La terre envoie un baiser solitaire ;
Du haut des cieux , les astres à leur tour , Laissent glisser leurs baisers sur la terre , Et l'univers est enivré d'amour.
LE CHAPîT PES COLONS
Lorsque la ruche est trop pleine d'abeilles, Un jeune essaim, vers des vallons meilleurs, S'en va chercher, sur des fleurs plus vermeilles. Le butin d'or promis aux travailleurs.
Tels, pleins d'espoir, fils de la République, Nous ouvrons l'aile et nous nous envolons. Toi qui d'en haut nous as montré l'Afrique, Dieu protecteur , sois en aide aux colons 1
La foule, au port, nous suit et nous devance ; De tous les yeux coulent des pleurs touchants; Mais avec soi lorsqu'on a l'espérance , Les pleurs sont vite étouffés par les chants. Bien qu'à regret nous quittions la patrie, C'est une France encore où nous allons ; Et du Prélat la sainte voix nous crie : Dieu protecteur, sois en aide aux colons !
Oui ! c'est la France , elle est bien achetée ! Et nos soldats , tombés au premier rang,
Sur cette terre à jamais adoptée
Ont tous écrit leurs noms avec du sang.
Nos bras moins fiers , de moissons magniûques
Vont enrichir ces glorieux valions.
Toi qui bénis nos drapeaux pacifiques ,
Dieu protecteur , sois en aide aux colons !
Vous qui là-bas nous offrez ces campagnes , Nous vous jurons que, dignes de tels biens, Tous les enfants de nos jeunes compagnes , Fils du travail , seront bons citoyens.
Ils grandiront pour être un jour utiles, Comme la graine aux bords que nous peuptons. Pour que leurs mains rendent nos champs fertiles, Dieu protecteur , sois en aide aux colons !
Adieu donc, France; adieu , mère adorée ! Souvent le soir , à notre doux foyer , Nous parlerons de la terre sacrée Qui nous berça sur son sein nourricier. Nous fonderons son grenier d'abondance , Et des Romains rouvrant les vieux sillons , Nos bras aussi pourront nourrir la France. Dieu protecteur , sois en aide aux colons !
NAHLEH