ECRITES SÛR UN EXEMPLAIRE DE PAUL ET VIRGINIE
A MARIE DÉSIRÉE
Veux-tu relire encor cette touchante histoire Qui, jadis, arracha des larmes à tes yeux , Et dont le souvenir, au fond de ta mémoire , Se conserve plus doux qu'un parfum précieux?
Qu'on aime , n'est-ce pas , les premières années De ces deux beaux enfants, fraîches fleurs des déserts! Et que Dieu fait pour eux de suaves journées , Dans leur île , berceau caressé par les mers !
Leurs jours passent, voilés d'un si tendre mystère!
Le récit en est calme et pur , comme la voix
Du bengali chantant son amour solitaire ,
Qu'ils entendaient la nuit, sous l'ombre des grands bois.
Que Ton voudrait pouvoir , dans leur verte retraite , Les laissant l'un à l'autre , et pour jamais heureux, S'arrêter à la page où leur bonheur s'arrête , Et rêver que l'amour n'a pas fini pour eux !
Nos cœurs, ô Désirée, ainsi que ces cœurs d'ange, Furent faits l'un pour l'autre et se sont rencontrés; Dieu les a confondus par un suave échange : A nous aimer comme eux il nous a consacrés.
Mais pour nous les douleurs ne seront pas si grandes. Si nos yeux , quelquefois , laissent tomber des pleurs , L'espoir les essuîra; de nos fraîches guirlandes La tempête jamais n'emportera les fleurs !
Dans notre asile obscur, sans tourment, sans envie , Oiseaux joyeux blottis au fond du même nid , Nous vivrons d'un seul cœur et d'une seule vie : Rien ne séparera ce que Dieu réunit.
Jusqu'à la fin ensemble , à l'heure où tout s'oublie , Nous verrons nos regards à la fois s'assoupir. Et, lasses à la fois de la course accomplie, Nos âmes s'exhaler dans un même soupir.
Tels, au soleil couchant, deux rayons de lumière Dans un sentier désert s'égarent confondus , Puis, ensemble, brillant de leur clarté première, Remontent vers le ciel dont ils sont descendus.
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