‹ Poésies (volume 2)Chapitre 149 sur 208 · L'ENFANT PERDU · texte numérisé non relu

L'ENFANT PERDU

Cm en soit le simple récit d'un bit qai a 'est passé i loatifnj, près leien,

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Enfants, ne courez pas trop avant dans les bois. De celui qui s'y perd on n'entend plus la voix ; Il ne reverra plus ni sa chère demeure, Ni les jeux qu'il aimait, ni sa mère qui pleure, Et qui l'appelle en vain dans les sentiers fleuris. Le vent de la forêt emportera ses cris.

Là-bas, pareil au nid caché sous le feuillage,

Il est un toit de chaume écarté du village ,

Par les bois entouré, seul et silencieux.

C'était là que vivaient, loin du bruit et des yeux,

Une veuve et son fils grandi sous la feuillée,

Un lutin de six ans à la mine éveillée,

Grand dénicheur d'oiseaux , chasseur de papillons ,

Plus qu'un roi dans sa pourpre , heureux dans ses haillons.

— Sous le modeste abri de leur vie inconnue ,

De la ville voisiue une femme est venue,

Une mère, amenant, peut-être pour mourir,

Sa fille qui souffrait sans espoir de guérir.

Un fils raccompagnait, ange plus frais, plus rose

Que la fleur d'églantier sur les buissons éclose ,

De sa mère l'espoir et la félicité,

Et qui trois fois encor n'avait pas. vu l'été.

Belle enfance ! âge heureux , où. l'âme pure et franche ,

Comme un lis au soleil, toute en parfum s'épanche,

Où le cœur sans détour s'ouvrant à l'amitié ,

Ne sait ni recevoir ni donner à moitié.

Le jeune villageois, dans son étroit domaine,

Accueille avec transport, avec orgueil promène

L'enfant dé la cité, pour qui tout est nouveau.

A lui le plus beau sable et le fruit le plus beau ,

Les fleurs , les papillons ; à lui mille autres choses

Qu'embellissent ses doigts si petits et si roses.

Il faut tout voir, tout prendre. — Allez, beaux étourdis,

Jouissez d'être heureux dans votre paradis ,

Sans chercher au dehors de brillantes chimères.

Allez, et suivez bien les avis de vos mères:

Dieu versa , dans ces cœurs qui vous ont mis au jour,

Sa plus sainte prudence et sort plus pur amour.

Si vos mères ont dit que vous restiez près d'elles,

Ne croyez pas qu'au loin les routes soient plus belles ,

Ne quittez pas l'enclos ! — Mais l'oiseau fugitif

Au travers de la haie a pris un vol furtlf;

Il faut trouver son nid dans sa verte retraite.

Plus loin , un papillon de fleur en fleur s'arrête ;

On court, on le poursuit sous le soleil brûlant.

Le faible enfant bientôt marche d'un pas plus lent,

L'EHFÂNT PERDU. 363

Il s'attarde aux genêts dont la fleur d'or embaume,

Aux taillis d'où la fraise exhaie un doux arôme ;

Et déjà le soleil, sous l'ombrage plus noir,

Versait obliquement ces longs rayons du soir

Où d'insecte* dorés nfl flot poudreux s'agite.

Le jeune villageois s'est avancé plus vite.

Tout à coup j au détour d'un chemin écarté.

Il s'arrête, il est seul....! À son cri répété

Rien ne répond au loin que l'écho solitaire.

Il va, tant qu'un rayon luit encor sur la terre,

Cherchant son compagnon par sa faute égaré,

La nuit se fait obscure , et , seul , désespéré ,

Il gagne en sanglotant la maison paternelle

Mais il n'ose y porter la terrible nouvelle;

Il attend avec crainte , et blotti dans un coin ,

Qu'une inquiète voix le rappelle de loin.

Enfin il se décide à quitter $a cachette»

— « Qu'as-tu fait de mon fils? »— L'enfant baisse la tète,

Il se tait; mais pour lui ses yeux ont répondu.

La mère a tout compris ; son enfant est perdu.

Son fils, dernière fleur de larmes arrosée,

Seul rayon qui brillât dans son âme épuisée ,

Seule voix qui d'espoir lui parlât en secret

Près du lit douloureux où sa fille expirait.

Perdu ! qui comprendra le terrible martyre

De ce cœur que l'angoisse en deux moitiés déchire?

Que faire? demeurer, ou courir dans les bois?

Lequel choisir? comment s'immoler à la fois

À ces deux désespoirs qui partagent son être :

Sa fille qui se meurt et son fils mort peut-être?

L'anxiété l'emporte, et, pâle, l'œil hagard, En appelant son 61g elle court au hasard. Le jour la retrouva livrée à l'affreux doute , Redemandant son 61s au passant sur la route, A la ferme isolée, au village, en tout lieu.... Personne ne Ta vu, personne.... excepté Dieu.

— Seul un vieux bûcheron , au milieu du bois sombre, A, dit-on , entendu des cris plaintifs dans l'ombre.

— Tous les gens du hameau consommèrent ce jour A courir la forêt et les bois d'alentour.

Bien longtemps les crieurs , dans la ville voisine , Firent tinter leur cloche à la voix argentine > Et retentir partout ce cri désespéré :

— a Ramenez à sa mère un enfant égaré ! »

La nuit vient de nouveau , nuit sombre , nuit d'orage ;

Ainsi qu'un linceul noir, un ténébreux nuage

S'étend sur la forêt; la foudre gronde et luit :

Le tonnerre est tombé six fois dans cette nuit !

Chacun sans espérance a gagné sa chaumière ;

Sa mère espère encore , elle court, la dernière,

Sous ces flots pluvieux dont rien ne la défend ;

Elle tremble, elle a peur,... oui , peur... pour son enfant 1

L'éclair guide ses pas, et sa voix plus perçante

Vibre dans la forêt sous le vent mugissante....

Et rien...! L'aube apparaît. Dans son dédain cruel,

La terre en s'éveilfant sourit aux feux du ciel ;

La forêt tout humide en est plus belle encore,

Et l'hymne des oiseaux a salué l'aurore.

Pauvre uière! elle va, tombant à chaque pas;

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